Lettre ouverte à Manuel Valls, ministre de l’intérieur :

Derrière vos discours où sont vos résultats ?

 

Monsieur le ministre de l’intérieur, pour un ministre de gauche, vous avez surpris les Français par la fermeté de votre discours lors de votre prise de fonction. Nos compatriotes, en attente d’autorité dans un monde ressenti comme de plus en plus dangereux et sans règles, vous ont rapidement accordé leur confiance. Et pourtant, vous êtes en train de les trahir.

Vous les trahissez en masquant la réalité de la hausse de la délinquance derrière d’acrobatiques changements d’indicateurs. Cachez ces chiffres que je ne saurais assumer et que les Français ne doivent pas voir. Votre objectif n’est pas de réduire la délinquance mais de rendre impossible toute comparaison de votre action avec celle de vos prédécesseurs.

Mais les chiffres sont là pour qui se donne le mal de les reconstituer. Jusqu’à votre arrivée au pouvoir, la délinquance poursuivait sa baisse : 69.000 crimes et délits en moins entre janvier et juin 2012. Depuis que vous êtes en charge de la sécurité des Français, elle est repartie à la hausse : en six mois, 46.000 victimes de plus, pratiquement la population de la ville… d’Evry ! Rien que pour le mois de janvier 2013, c’est +58 % de cambriolages à Paris et +100 % de vols à la tire dans les transports en Seine-Saint-Denis comparé au mois de janvier 2012.

Vous trahissez la confiance des Français en acceptant sans réagir que le gouvernement auquel vous appartenez multiplie les signaux d’impunité à l’égard de tous ceux qui ont délibérément choisi de ne pas respecter la loi de la République.

J’en veux pour preuve les propositions de la « conférence de consensus » installée par la ministre de la justice et qui formeront l’armature de la future réforme de la politique pénale du gouvernement : abandon des peines plancher pour les multirécidivistes, abolition de la rétention de sureté pour les criminels les plus dangereux… les préconisations de la conférence sont sans ambigüité. Elle « souhaite l’abandon de tous les mécanismes automatiques d’aggravation des peines ou de limitation des possibilités de leur aménagement, y compris pour les condamnés en état de récidive. »

Face à la montée des violences, la seule ambition du gouvernement est de réduire les peines de prison. Nos prisons, nous le savons, sont vétustes et surpeuplées. Au lieu de poursuivre l’effort de rénovation et de construction du précédent gouvernement, le gouvernement fait le choix délibéré de couper les investissements avec des engagements financiers divisés par sept entre 2012 et 2013. C’est s’engager dans un engrenage absurde et dangereux.

Quel résultat attendre d’une politique de sécurité qui renonce à sanctionner et ne met plus les délinquants les plus violents hors d’état de nuire ? Pensez-vous réellement que c’est en multipliant les signaux d’impunité que vous remettrez dans le droit chemin les voyous multirécidivistes qui gangrènent nos territoires ?

Oui, l’impunité est devenue la boussole de la politique du gouvernement. J’en veux pour preuve le vote à l’unanimité de vos amis sénateurs socialistes de la proposition de loi portant amnistie des faits commis à l'occasion de mouvements sociaux et d'activités syndicales et revendicatives. Il faut entendre la garde des Sceaux, Madame Christiane Taubira vanter cette loi comme « un acte de justice qui honore la République » auquel « le gouvernement est heureux d’avoir été associé ». Qu’en pensez-vous Monsieur le ministre de l’intérieur ? Vous vous dites « sceptique », cela ne suffit pas.

Avec l’arrivée au pouvoir de François Hollande, c’est la culture de l’excuse qui triomphe à nouveau, cette culture qui fait du délinquant la victime et de la victime un gêneur. Et vous, Monsieur le ministre de l’intérieur, vous trahissez la confiance des Français en affirmant votre soutien à une politique qui a délibérément choisi de renverser ainsi l’ordre des valeurs les plus élémentaires.

Alors je vous le demande solennellement : Etes-vous prêt à vous désolidariser enfin d’un gouvernement qui promeut si ouvertement cette culture de l’excuse ?

Monsieur le ministre de l’intérieur, ne laissez pas détruire les acquis de dix ans de lutte pied à pied contre l’insécurité, ne laissez pas à nouveau prospérer la violence dans nos villes et dans nos transports. Il faut réagir, et vite. Aujourd’hui, vos paroles sont vaines et vos silences sont coupables.

 

Lettre de Valérie Pécresse à Manuel Valls publiée dans le Figaro édition du 7 mars 2013.

Leave a Comment