Déficit public, dépenses de l'Etat, crédit impôt compétitivité… tour d'horizon des principaux sujets du débat budgétaire avec l'ancienne ministre du Budget et secrétaire générale déléguée de l'UMP.


Faut-il s'arc-bouter sur l'objectif d'un déficit à 3 % de PIB en 2013 ou changer le calendrier, comme le prônent de nombreuses voix à gauche ?

Donner aujourd'hui le signal que la France ne tiendra pas son objectif de 3 % aurait un effet dévastateur. Si les investisseurs nous font confiance, c'est parce qu'en 2010, comme 2011, nous avons fait mieux que prévu. Le dérapage sur le déficit 2012 est un mauvais présage pour 2013. Soulever le débat comme le fait la gauche envoie un signal dangereux, de laxisme, au risque de voir la France être attaquée sur les marchés et de connaître un effet boule de neige.

Les dépenses de l'Etat ont diminué en 2012, ce qui est sans précédent…

Merci Nicolas Sarkozy ! Je veux bien que Jérôme Cahuzac se félicite du ralentissement de la dépense, de l'Etat comme de la Sécurité sociale, mais c'est le fruit de nos décisions extrêmement rigoureuses : gel du point d'indice des fonctionnaires et création d'une journée de carence, réforme des retraites, baisses de prix des médicaments et soutien aux génériques, etc. Autant de décisions que lui et ses amis ont combattues.

Mais je pousse un cri d'alarme pour l'avenir : les dépenses sont en train de déraper et le gouvernement ne tiendra pas les engagements pris. D'ailleurs, annoncer une circulaire pour empêcher les dérapages sur la dépense à peine le budget voté est un signe manifeste d'inquiétude. La Cour des comptes fait le même constat en appelant à des actions vigoureuses.

Or que voit-on ? Une accumulation d'annonces non financées, sur la pauvreté, le contrat de génération… et une réforme de l'Etat totalement floue. Après avoir dénigré et détricoté la RGPP, on dit à l'administration qu'il faut la refaire en l'affublant d'un autre nom. Cela ne peut pas marcher. Surtout avec un ministre du Budget qui n'a plus l'autorité sur la réforme de l'Etat. La vérité, c'est que le gouvernement avance à reculons.

Que proposez-vous pour réduire les dépenses ? L'Etat doit-il abandonner certaines missions ?

Sans doute mais cela ne se fera pas en un jour, cela mérite de la concertation pour des solutions alternatives, c'était ce que nous comptions faire. En attendant le gouvernement ne peut obtenir de résultats immédiats sans continuer de réduire la masse salariale de l'Etat et des collectivités locales. La masse salariale, c'est 70 % du budget d'un ministère. Il n'y a pas d'autre choix que de continuer de geler le point d'indice et de diminuer les effectifs.

Quant aux collectivités, une pilule empoisonnée est contenue dans la loi de décentralisation : l'autonomie fiscale. J'ai bien entendu Jean-Paul Huchon (président de la région Ile-de-France, NDLR) lors de ses voeux : il en attend de nouvelles recettes fiscales pour financer ses choix. L'overdose fiscale n'est donc pas terminée, contrairement aux déclarations du gouvernement.

C'est l'inverse qu'il faut faire, en imposant une baisse des budgets de fonctionnement aux collectivités, avec en échange des allégements de normes coûteuses qui pèsent sur elles.

Faut-il geler les retraites au 1er avril ?

Non, car les retraites constituent un revenu de remplacement, comme les indemnités chômage, et leur pouvoir d'achat doit être maintenu. C'est un engagement que nous avons tenu lors des différentes réformes de retraite.

En revanche, il faut poser pour les autres prestations sociales (aides au logement, allocations familiales…) une règle d'or, un principe selon lequel nos dépenses publiques sociales ne peuvent progresser chaque année plus vite que la richesse créée en calquant leur évolution sur la croissance et non pas sur l'inflation. Cela conduirait à geler ces prestations sociales en 2013. Sinon, nous continuerons de creuser nos dettes.

Que pensez-vous du crédit d'impôt compétitivité ?

La première question à se poser est : Verra-t-il vraiment le jour ? Pour l'heure, il n'est pas financé, puisque le gouvernement n'a rien dit des 10 milliards d'économies de dépenses promises. Il est donc en grand danger ! Si les dépenses dérapent, il n'y aura pas de crédit d'impôt.

Sur la mesure elle-même, le gouvernement aurait dû faire un système simple et pérenne, à savoir une baisse de charges sociales, et pas cette usine à gaz.

François Hollande a-t-il raison de promettre une mesure de remplacement aux 75 % ?

Il faut arrêter les frais. Quel que soit le taux de la nouvelle taxe, l'effet psychologique est destructeur. L'impact dépasse largement la population visée. François Hollande gouverne par le clivage, la stigmatisation, contre les riches et les entrepreneurs. Je suis très inquiète des stratégies fiscales des entreprises qui délocalisent leurs centres de décision et leurs profits. Le réveil sera brutal. Cela se verra dans les chiffres du chômage.

Le crédit d'impôt compétitivité n'est pas financé. Il est donc en grand danger.

Annoncer une circulaire contre les dérapages sur la dépense est un signe manifeste d'inquiétude.

Par Etienne Lefebvre et Elsa Conesa | 15/01 | 19:20

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