L’ex-ministre du Budget relance son club, le Labo des idées, en organisant ce mercredi un colloque intitulé « Face à l’overdose fiscale, comment et où baisser les dépenses? »

LE FIGARO. - Le gouvernement a-t-il, selon vous, renoncé à ramener le déficit à 3% du PIB fin 2013?

Valérie PÉCRESSE. - Bien sûr! C’est un secret de Polichinelle. Les socialistes ont décidé de réduire le déficit uniquement en augmentant les impôts, ce qui est la meilleure façon de tuer à la fois le pouvoir d’achat, et donc la consommation des ménages, et l’investissement dans les entreprises, donc l’emploi. Ils ont supprimé toutes les mesures d’économies prises par Nicolas Sarkozy, comme le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. La croissance ne peut pas être au rendez-vous.

Que proposez-vous?

Je veux d’abord tirer la sonnette d’alarme: on est dans une situation d’overdose fiscale qui va s’aggraver. Trois mesures au moins sont dans les tuyaux. D’abord, une fiscalité écologique censée rapporter 3 milliards d’euros. Les 25 millions d’automobilistes qui utilisent le diesel vont le payer 6 centimes de plus par litre. Ensuite, la fiscalisation des allocations familiales, qui va une nouvelle fois ponctionner le pouvoir d’achat des familles, et enfin la hausse des impôts locaux, contenue dans le principe de l’«autonomie fiscale des collectivités locales», qui sera inscrit dans la loi de décentralisation. Jean-Paul Huchon, le président socialiste de la région Ile-de-France, s’est d’ailleurs réjoui que l’autonomie lui permette bientôt d’avoir de nouvelles recettes pour financer sa politique.

Y a-t-il une alternative?

Le Labo des idées s’est penché sur les économies à faire. Le crédit impôt compétitivité pour les entreprises, seule mesure en faveur de la croissance, est en danger de mort car il est censé être financé par 10 milliards d’économies, toujours non identifiées. Le Labo des idées les a trouvées. Nous allons proposer d’aller très vite vers la fusion des départements et des régions. Ce serait beaucoup plus efficace et judicieux que la coupe comptable dans les subventions annoncée par le gouvernement, qui va frapper indistinctement toutes les collectivités, y compris quand elles sont bien gérées. Mettons fin aux doublons, qui sont une aberration française. Il faut supprimer les financements croisés pour un même projet, et les postes de fonctionnaires qui vont avec. On peut économiser jusqu’à 18 milliards d’euros sur trois ans. Nous proposons aussi de faire strictement respecter le parcours de soins, en ne remboursant pas les consultations de spécialistes faites sans passer par un généraliste.

Les avis sont partagés sur la rentabilité de cette mesure…

Parce qu’elle n’est pas appliquée! Pour qu’elle fonctionne, il faudrait installer des cabinets de médecins généralistes à l’entrée des hôpitaux afin d’éviter l’engorgement des urgences. On pourrait ainsi économiser 2 milliards d’euros.

Faut-il réduire les prestations sociales?

De manière générale, nous devons nous imposer une règle d’or en matière sociale: que les prestations – hors retraites et minima sociaux – ne soient plus indexées sur l’inflation mais sur la croissance. C’est la traduction d’un principe de bons sens selon lequel il faut d’abord créer de la richesse avant de la dépenser, sinon les charges sur les salaires vont augmenter plus vite que les salaires eux-mêmes, ce qui détruit la valeur travail. D’après nos estimations, la désindexation rapporterait environ 1 milliard d’euros. Nous proposons aussi la fusion du RSA et de la prime pour l’emploi, pour mettre fin à la confusion totale qui règne actuellement, avec des bénéficiaires qui touchent les deux et d’autres qui ne perçoivent rien, alors qu’ils y ont droit. Cette fusion permettrait une économie de l’ordre de 2 milliards d’euros.

On va vous demander pourquoi vous n’avez pas pris ces mesures quand vous étiez au pouvoir?

Je veux proposer de nouvelles pistes. Tirons certes les leçons du passé, voyons ce que nous n’avons pas pu ou pas su faire, mais surtout projetons-nous dans l’avenir. L’opposition ne peut pas se contenter de critiquer.

Par Judith Waintraub – lefigaro.fr ()

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