Interview de Valérie Pécresse publiée dans Le Parisien en date du 17 mai 2013.

Comment avez-vous trouvé François Hollande ?

je l’ai trouvé dans le déni total de la gravité de la situation. Sur l’emploi, le pouvoir d’achat, j’attendais des solutions et on a eu de l’autosatisfaction. Au final, c’est beaucoup de bruit pour rien. Le sursis qui a été donné à la France par l’Europe commence mal.

Sur l’Europe, il s’est montré volontariste, prônant notamment un gouvernement économique européen…

Mais qui y croit ? Là encore c’est de l’autosatisfaction. Il dit avoir fait bouger les lignes en Europe mais la vérité c’est que la France n’a jamais été aussi isolée. C’est la première fois qu’un président de la République est convoqué à Bruxelles pour rendre des comptes et se voir imposer un agenda de réformes. La France ne sera en mesure de parler d’une voix forte en Europe que lorsqu‘elle aura fait les réformes nécessaires. M. Hollande a parlé de réduire les dépenses publiques, mais sans expliquer comment. Et je ne vois pas ce qui pourrait inverser la courbe du chômage ou faire baisser les impôts.

Hollande maintient pourtant son objectif d’inverser l’objectif d’inverser la courbe du chômage avant la fin de 2013. Un voeu pieux, selon vous ?

Il n’a annoncé aucune mesure supplémentaire permettant d’atteindre cet objectif. Il a parlé de 20.000 emplois d’avenir alors qu’il y a 3,2 millions de chômeurs. ce n’est pas du tout à la hauteur de l’enjeu. Au-delà du vocabulaire guerrier, des expressions martiales, il n’y a aucune nouvelle décision.

Cela vous a agacé qu’il affirme que ses prédécesseurs n’avaient «pas fait des choix courageux», sur la compétitivité ces dix dernières années ?

C’est d’autant plus agaçant qu’on a un bilan à faire valoir ! La réforme de l’université celle de la taxe professionnelle… Sur les retraites, on en est à trois réformes pour la droite contre zéro pour la gauche. Quant à la TVA antidélocalisation, qui était une très bonne mesure, ils l’ont détricoté en arrivant pour inventer l’usine à gaz du crédit d’impôt qui n’est pas financé ! Plutôt que de nous faire le coup du bilan, M. Hollande devrait assumer ses responsabilités et reconnaître qu’au bout d’un an de gouvernement il a aggravé la situation de la France. Les dépenses publiques vont atteindre un sommet historique en 2013.

Qu’attendiez-vous du chef de l’Etat ?

Ce que j’attends du Président c’est qu’il fasse le choix des réformes structurelles qui permettent réellement de dépenser moins. Il faudrait ainsi que la loi de décentralisation qui arrive dans 15 jours au parlement fusionne les régions et les départements, pas qu’elle rajoute les métropoles au millefeuille. Il faut repousser l'âge légal de départ en retraite et  lutter contre l’overdose fiscale, qui étrangle la croissance

Propos recueillis par Didier Micoine publiés dans Le Parisien en date du 17 mai 2013.

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