Avec le projet de loi, le président d’université va-t-il perdre de son pouvoir ?

En instaurant un conseil académique, potentiellement présidé par une autre personne que le président d’université, le projet de loi installe une dualité de pouvoir paralysante. Le conseil d’administration et son président risquent de perdre leur capacité à décider et agir. Nous serions repartis pour une université ingérable, celle-ci étant traditionnellement traversée de rivalités et de postures syndicales fortes ! L’ultrapolitisation a toujours été un handicap pour l’université française.

Le projet prévoit également d’augmenter la taille du conseil d’administration, diluant ainsi le rôle des personnalités extérieures. Les représentants du monde économique seront réduits à portion congrue alors que l’université aurait besoin encore de s’ouvrir davantage au monde économique et à l’international. Je crains qu’elle ne se replie sur elle-même. La ministre semble avant tout vouloir faire plaisir à l’ensemble des syndicats et aux collectivités territoriales, proches de la gauche. Enfin, le fait de mettre en place une trentaine de regroupements d’universités traduit une démarche coercitive et bureaucratique. Pourquoi vouloir mettre tout le monde dans le même moule ? Pour ma part, je ne crois qu’à l’envie de travailler ensemble et à l’autonomie.

Quelles sont vos contre-propositions en matière de gouvernance ?

Je propose que la moitié du conseil d’administration soit composé de personnalités extérieures (entre 25 et 30 % actuellement, NDLR), venues à la fois du monde économique et d’autres universités ou organismes de recherche, y compris étrangers. L’université n’appartient pas à ses membres, elle appartient à la nation tout entière. Elle doit se confronter au monde extérieur pour progresser. Ces personnalités seraient cooptées par une assemblée composée des directeurs de toutes les composantes de l’université. Ces derniers seraient ainsi responsables de leur ouverture sur le monde extérieur. Ces personnalités, bien sûr, devraient participer à l’élection du président.

En quoi cela changerait-il le profil du président ?

Aujourd’hui, c’est un primus inter pares. Le président est un enseignant chercheur qui se fait élire par ses pairs. Le fait de se confronter à des personnalités extérieures, ayant une culture et des exigences nouvelles, l’obligerait à présenter un projet, à se montrer davantage stratège et manager.

Propos receuillis par Caroline Beyer pour Le Figaro

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