Quel jugement portez-vous sur le projet de loi de finances ?

C'est d'abord un budget anti-pouvoir d'achat, qui va faire peser une charge très importante sur les ménages avec les 12 milliards d'euros d'impôts nouveaux : relèvement de la TVA, baisse du quotient familial, hausse des cotisations sociales… On a aujourd'hui dépassé la cote d'alerte en matière fiscale. Avec cette nouvelle couche d'overdose fiscale, le budget amputera le pouvoir d'achat des Français et, donc, pèsera sur la consommation, la croissance et l'emploi. C'est pour cela que les prévisions de créations d'emploi annoncées dans le secteur privé sont malheureusement peu crédibles. Je constate d'ailleurs que le Haut Conseil des finances publiques partage mes craintes.

La hausse des impôts n'a pas commencé avec ce gouvernement…

Oui, nous avons augmenté les impôts en 2011-2012. Mais nous l'avons fait dans une situation de crise aiguë de l'Europe, alors que la zone euro pouvait s'effondrer et l'euro disparaître. Cependant, dès novembre 2011, passé le pic de la crise, nous avons accéléré les réformes structurelles : la réforme des retraites et la TVA anti-délocalisation pour améliorer la compétitivité des entreprises. Nous avons entièrement consacré les hausses d'impôt à la réduction des déficits, pour tenir nos engagements européens. C'est une différence majeure. François Hollande, lui, fait des hausses d'impôt et engloutit en grande partie l'argent des Français dans de nouvelles dépenses.

Vous ne croyez pas à la baisse des dépenses ?

Non, il n'y a pas de vraie baisse de dépenses dans ce budget, tout au plus une tentative de stabilisation. Mais, sur de nombreux points, le gouvernement justifie très peu ses mesures d'économies. On constate une série de tours de passe-passe. Ainsi, une partie des pseudo-économies de Bercy, c'est de la dépense transférée sur les investissements d'avenir, qui ne sont pas prises en compte dans le budget selon les critères de Maastricht. C'est le cas des dépenses de recherche.

Même chose pour la baisse des dotations aux collectivités territoriales : ce milliard et demi sera en réalité compensé par des hausses de fiscalité locale, notamment la hausse des droits de mutation. Si la baisse des dépenses annoncée se traduit à due concurrence par une hausse de la fiscalité locale, les Français se sentiront trompés et ils auront raison.

Vous-mêmes avez joué sur les mêmes leviers…

La différence la plus criante, c'est que nous, nous avons dit la vérité aux Français. Là, trop d'habileté tue la crédibilité et la confiance. A force d'avoir mystifié les Français, d'avoir essayé de cacher les hausses d'impôt, se répand une vraie crise de confiance. En 2012, c'était "90 % des Français ne seront pas concernés par les hausses d'impôt". Maintenant, on a la"pause fiscale" qui n'en est pas une.

Ce qui m'inquiète, c'est que nous nous trouvons au bord de la révolte fiscale et qu'il y a à présent dans la société française un problème de consentement à l'impôt. Lors de l'audition des ministres à l'Assemblée nationale, nous n'avons pas eu de réponse à la question : d'où vient ce manque à gagner impressionnant en matière d'impôt sur les sociétés et de TVA en 2014 ? J'ai senti le gouvernement très mal à l'aise sur ce point. N'est-ce pas la conséquence de la montée du travail dissimulé ou de délocalisations d'activités ? Ce budget va encore les encourager et il va donc porter atteinte à l'emploi.

Le gel du barème, c'est vous. L'augmentation du nombre d'entrants dans l'impôt, vous en partagez la responsabilité…

Le gouvernement a du culot ! Certes, nous avons fait voter en 2011 le gel du barème de l'impôt sur le revenu pour deux ans, mais avec un mécanisme de décote pour les bas revenus. Les socialistes arrivent au pouvoir, ils font un projet de budget rectificatif, mais ils maintiennent le gel, contrairement à leurs engagements de campagne. Aujourd'hui, la réindexation intervient au terme prévu. Nous avions chiffré les nouvelles entrées dans l'impôt : le gel du barème, c'était 200 000 à 300 000 nouvelles personnes, et c'est pour ça que nous avions fait une décote. Entre-temps, le gouvernement a refiscalisé les heures supplémentaires, baissé le quotient familial. Cela a évidemment aggravé les choses pour les classes moyennes.

Vous n'accordez aucun crédit, donc, à ce projet de budget ?

Le gouvernement fait le choix de la hausse des impôts sur les ménages au lieu d'une baisse de la dépense durable par des réformes structurelles. Ce n'est pas le bon choix. François Hollande a eu deux occasions manquées : la réforme des retraites et la loi de décentralisation. Aujourd'hui, nous profitons à la marge d'un mouvement de croissance qui vient de l'extérieur. Au lieu de l'amplifier, on est en train de l'asphyxier.

Propos recueillis par Patrick Roger

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