A l’heure où Pierre Moscovici et Bernard Cazeneuve planchent sur le budget 2014, l’ex-ministre du Budget de Nicolas Sarkozy juge sévèrement l’action du Gouvernement socialiste. Son livre, Voulez-vous vraiment sortir de la crise ? paru en septembre chez Albin Michel, est l’occasion de revenir sur ses années passées au Gouvernement et sur les difficultés qu’ont les politiques à réformer. Mettant dans la balance les succès et les reculades du dernier quinquennat, elle montre comment les mécanismes du pouvoir parviennent à brider les plus audacieux. 

Comment jugez-vous le projet de loi de finances présenté en septembre par Pierre Moscovici ? 

C’est d’abord un budget anti-pouvoir d’achat, qui va faire peser une charge très importante sur les ménages avec les 12 milliards d’euros d’impôts nouveaux : relèvement de la TVA, baisse du quotient familial, hausse des cotisations sociales… On a aujourd’hui dépassé la cote d’alerte en matière fiscale. Avec cette nouvelle couche d’overdose fiscale, on est loin de la pause fiscale annoncée. Le budget amputera le pouvoir d’achat des Français et, donc, pèsera sur la consommation, la croissance et l’emploi. Les lois sont sans cesse remaniées, il faut arrêter pour laisser souffler les Français qui ne savent plus, au bout du compte, ce qui les attend en matière de charges fiscales. 

Dans votre livre vous abordez ce problème des lois fiscales modifiées trop souvent, vous avez proposé une « règle d’or fiscale » mais cela a été tout aussi difficile de faire entendre ce discours à droite… 

La « bougeotte fiscale » permanente du Gouvernement brise la confiance des ménages et des entreprises. Elle pèse sur la croissance, c’est pourquoi je propose dans mon livre une règle d’or, stipulant qu’un même impôt ne pourrait être modifié plus d’une fois au cours d’un quinquennat. Et on ne changerait plus les règles du jeu en cours de route, les lois fiscales ne pourraient s’appliquer rétroactivement, après que les décisions des acteurs économiques ont été prises. 

Mais il y a une grosse différence entre le précédent Gouvernement et celui-ci : les lois fiscales que nous avions mises en place ont servi uniquement à réduire les déficits. Aujourd’hui les hausses d’impôts de François Hollande servent à augmenter les dépenses. Depuis son arrivée il y a eu 22 milliards de hausse des dépenses sociales, auxquelles il faut ajouter de nouvelles dépenses des collectivités locales et de l’État. C’est une faute, car tout ce qui augmente la dépense détruit de la croissance. 

Bernard Cazeneuve a assuré que la pause fiscale serait poursuivie jusqu’à la fin du quinquennat… 

Pour cela, il faudrait prendre des décisions qui soient beaucoup plus courageuses. Le Gouvernement nous dit qu’il baisse les dépenses, mais c’est un tour de passe-passe car dans le budget de l’État il n’y a que 1,5 milliards d’euros de vraie baisse de dépenses par rapport à l’an passé. En plus, c’est une fausse baisse des dépenses qui va se traduire en réalité par une hausse des impôts locaux, car un accord a été passé avec les collectivités territoriales afin qu’elles puissent augmenter leurs impôts de 3,5 milliards d’euros. Quand on fait des tours de passe-passe comme celui-ci, il y a peu de chances pour que l’on parvienne à une stabilité fiscale. On peut arriver à la stabilité des impôts de l’État, mais si c’est pour que les impôts locaux prennent le relais, les Français se sentiront trahis et ils auront raison. 

Quelles sont vos craintes par rapport aux grands dossiers prévus pour 2014 ? 

J’ai surtout la crainte qu’on ne fasse pas de grandes réformes. On a déjà eu deux occasions manquées par François Hollande : la réforme des retraites qui se traduit essentiellement par une hausse des cotisations et qui oublie le secteur public pour ne traiter que du privé ; c’est une réforme profondément injuste et une réforme qui n’en est pas une, c’est une augmentation d’impôt. La deuxième occasion manquée, c’est la réforme de la décentralisation qui est en train d’arriver au Parlement. Elle ne supprime aucune strate, elle ne fait faire aucune économie et ne spécialise pas les collectivités ; elle n’apporte aucune marge d’économie ou de simplification. Quand on voit comment le Gouvernement s’attaque à la réforme de la décentralisation ou la réforme des retraites, on s’inquiète de la réforme à venir de la formation professionnelle. Et je ne parle pas de la réforme des rythmes scolaires qui est l’anti-réforme de l’école par excellence, puisqu’on aurait dû consacrer tous les postes nouveaux et l’énergie nouvelle à la lutte contre le décrochage scolaire, au lieu de faire une réforme sociétale qui ne marche pas et qui va encore se traduire par une hausse d’impôts. 

Vous parlez des « occasions manquées » dans votre livre, notamment sur la TVA sociale qui a été repoussée, le millefeuille territorial… à chaque fois, vous précisez qu’une échéance électorale n’était pas loin et qu’elle est à l’origine de ces ratages. 

Dans ce livre, j’essaie de revenir sur des épisodes qui m’ont marquée, qui expliquent pourquoi on n’a pas fait telle réforme ou telle autre. J’explique aussi comment on a réussi certaines réformes car je suis fière d’avoir participé à un quinquennat qui a réformé l’université, qui a réformé le service minimum, les retraites… mais c’est vrai que sur certaines réformes cela n’a pas marché (le lycée, la fusion département-région) et je cherche les causes. La pression des échéances électorales conduit souvent à abandonner les réformes les plus audacieuses. Quand on gouverne, on ne doit avoir qu’une seule échéance et elle est à cinq ans. On ne doit pas gouverner en fonction des élections intermédiaires. La leçon que je tire du quinquennat 2007-2012, c’est qu’on a eu peur de perdre les régionales et les sénatoriales, et que l’on a perdu ces élections. Il aurait donc mieux valu réformer et se fixer comme seul objectif le bilan que l’on montrerait en 2012, au bout de 5 ans. 

Vous serez candidate à la région Ile-de-France en 2015, mais avant cela il y a la bataille de Nathalie Kosciusko-Morizet pour gagner les municipales à Paris : si elle décroche le siège, votre campagne pour la région en tirera évidemment tous les bénéfices, alors avez-vous prévu de vous impliquer dans la campagne de NKM ? 

Je considère effectivement que les municipales sont les premiers semis pour les régionales car toutes les villes qui seront gagnées, tous les projets de ville qui seront conçus seront autant d’idées neuves et d’atouts pour la campagne régionale de 2015. J’irai partout en Ile-de-France, j’ai dit que l’on commençait la longue marche de l’alternance, elle commence effectivement par les municipales, elle se prolonge aux cantonales et aux régionales et elle se termine à la présidentielle. Donc oui, les scrutins locaux sont des enjeux majeurs et oui, le fait de porter des projets différents commence aux municipales et se poursuit aux régionales. Je ne donne qu’un seul exemple : l’écologie. Nous devons pouvoir montrer à travers ces municipales et ces régionales qu’il existe une autre forme de protection de l’environnement qui ne soit pas uniquement fiscale, punitive, règlementaire comme celle d’Europe Écologie les Verts, mais qui soit une politique de la qualité de vie, de l’incitation, une politique beaucoup plus douce qui permette d’améliorer l’environnement. Je serai donc dans tous les arrondissements de Paris. Dès le 21 septembre dernier, nous avons lancé ensemble cette « longue marche de l’alternance » à Issy-les-Moulineaux avec tous les candidats de la reconquête en Ile-de-France. Je crois qu’il est très important pour tous les jeunes qui vont s’impliquer dans les villes difficiles d’Ile-de- France, d’être sous mon parrainage et celui de NKM.

Dans votre livre, vous abordez le machisme ordinaire auquel sont confrontées les femmes politiques. Avec NKM, vous êtes justement un symbole fort : deux femmes quadras de l’UMP à la conquête de Paris et de la région ! L’UMP, les partis évolueraient-ils enfin ? 

On ne peut pas vraiment dire que la vie politique soit très tendre pour les femmes. Je pense qu’on est encore questionnées sur nos compétences, notre capacité de leadership, et en même temps je pense que Nathalie comme moi nous avons fait nos preuves. D’ailleurs, étrangement, c’est nous qui nous lançons dans les combats les plus difficiles ! On prend plus de risques, on est peut-être contraintes de prendre plus de risques car les femmes doivent encore prouver davantage leur valeur que les hommes dans la vie professionnelle. 

Discussion - One Comment
  1. SEDAT Reynaldo

    oct 25, 2013  at 0 h 05 min

    (…) De l’audace,encore de l’audace,tjrs de l’audace, et la France sera sauvée…!

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