De retour d’un passionnant voyage de 4 jours en Chine, à la rencontre des artistes, des officiels, des entrepreneurs, des universitaires, des scientifiques et des étudiants chinois.

Le pays est en pleine effervescence. Avec le ralentissement mondial, l’économie est en pleine mutation pour évoluer d’un modèle tourné vers l’exportation vers un modèle soutenu par la consommation intérieure. Au niveau scientifique, le pays cherche de plus en plus à s’imposer comme un grand de la recherche et de l’innovation (il est désormais le 2ème déposant mondial de brevets, comme me l’a confirmé Wan Gang, le ministre de la science et de la technologie lors de notre entretien !). Sur le plan politique, si le pouvoir cherche toujours à contrôler strictement les libertés politiques, il en a de moins à moins les moyens grâce au développement des nouvelles technologies et à la vitalité de l’opinion publique qui ne craint pas de dénoncer les dérives des dirigeants sur les réseaux sociaux (j’ai pu faire fonctionner Twitter fonctionne en Chine, sur mon portable français, et il y a plus de 500 millions de chinois a utiliser sa version chinoise : Sina Weibo). Les photos prises par des étudiants chinois et diffusées sur internet montrant des hauts dignitaires du régime avec des montres luxueuses au poignet ont contraint le pouvoir central à les limoger et à prendre des mesures anti-corruption. En Chine, comme ailleurs, le poids de l’opinion publique se fait sentir et le pouvoir, même s’il n’est pas démocratiquement constitué, est obligé de tenir compte d’un peuple qui s’émancipe de plus en plus de la tutelle du PCC.

 

 

 

 

 

 

 

C’est donc une période d’incroyables défis qui s’ouvrent pour nous Français et Européens. Avec le développement du marché intérieur – politique qui devrait être entérinée à l’occasion du troisième plénum du comité central du PCC en novembre prochain – c’est un potentiel de plusieurs centaines de millions de nouveaux clients qui s’offrent à nos entreprises. L’urbanisation (300 millions de Chinois attendus dans les villes dans les prochaines années alors que les métropoles actuelles sont déjà pour beaucoup saturées) et le vieillissement de la population imposent au pays de nouvelles réflexions sur la métropole durable et une meilleure prise en charge de la santé et des retraites.

Pour l’aider à faire face à ces défis, nous avons des compétences fortes à proposer. J’ai ainsi inauguré l’installation d’un système de désinfection d’air dans l’hôpital de Ruijin de Shanghai. Ce système est fourni par une entreprise française qui conçoit ses produits dans les Yvelines et les construit en Normandie. C’est un point sur lequel j’ai insisté auprès de tous nos interlocuteurs : non, la France n’est pas que le pays du luxe et du savoir-vivre, comme le croit encore de trop nombreux chinois ; c’est aussi un leader mondial des hautes technologies, à l’égal de l’Allemagne !

Les opportunités sont donc grandes pour la France et pour l’Europe. Elles le sont d’autant plus que la Chine veut désormais internationaliser sa monnaie et, échaudée par l’épisode du « shutdown » américain, cherche à sortir de son « tête-à-tête » avec les Etats-Unis pour renforcer sa relation avec l’Union européenne, pourvu, comme je l’ai fait, qu’on lui démontre la solidité de la zone euro. Symbole de cette nouvelle donne économique : la zone franche de Shanghai. Elle vise, sur un petit territoire de 28 km2, à expérimenter une libéralisation de l’économie avec une libre convertibilité du yuan sur les comptes de capitaux et un assouplissement des règles sur les investissements étrangers. Fidèle à la devise de Deng Xiaoping selon laquelle il faut « traverser la rivière en tâtant les pierres », cette zone franche se présente, aux yeux du pouvoir, comme un laboratoire pour les futures réformes économiques du pays tout entier.

La hausse des salaires, les revendications pour davantage de droits sociaux, le vieillissement de la population sont des bonnes nouvelles, avant tout pour les Chinois bien sûr, mais aussi pour nous. Bientôt, la Chine ne sera plus « l’usine » mais le « magasin » du monde. C’est une excellente nouvelle pour les entreprises et les travailleurs français.

Sachons saisir ces nouvelles opportunités, sans aucune naïveté bien sûr, grâce à un partenariat fondé sur une stricte réciprocité. Ce qui est certain, c’est que les Chinois eux-mêmes sont demandeurs de partenariats. En 4 jours, j’ai reçu de nombreuses propositions émanant d’interlocuteurs aussi divers que l’université de Fudan à Shanghai (venue faire une conférence sur la crise des dettes souveraines en Europe, j’y ai rencontré des étudiants incroyablement motivés et étonnement au fait des enjeux politiques européens et français), le président de la chambre du commerce et de l’industrie de Shanghai  ou le vice-maire de Beijing chargé de l’urbanisme, M. Chen Gang. A chaque fois, je me suis posée la même question : pourquoi la région Ile-de-France – qui dispose de 13 coopérations décentralisées dans le monde – n’en a aucune avec la Chine et prive ainsi les Franciliens de formidables opportunités pour leurs entreprises et leurs emplois ?    

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