Jeudi 12 décembre, la création de la métropole du Grand Paris a été définitivement adoptée par l’Assemblée nationale. Sept raisons plaident pour que le gouvernement et sa majorité revoient leur copie avant qu’il ne soit trop tard.

Première raison, la métropole du Grand Paris est un monstre bureaucratique. Réalisée sans aucune concertation ni avec les élus ni avec la population, dépourvue de toute étude d’impact – ce qui est totalement sidérant pour un projet de nouvelle collectivité de 7 millions d’habitants et dotée de près de 4 milliards d’euros de budget. Qui peut raisonnablement croire que l’élu local, le citoyen ou l’entreprise se retrouvera dans cette nébuleuse réglementaire que le législateur lui-même ne parvient pas à rendre intelligible ?

Deuxième raison, c’est une nouvelle couche au mille-feuille administratif. Le gouvernement s’en défend mais les faits sont là. Si juridiquement la métropole est une personne morale unique, elle sera organisée en territoires reprenant les frontières des intercommunalités actuelles. C’est une double mauvaise solution. En maintenant la fiction des territoires, la gauche esquive la nécessaire simplification de la carte administrative et complexifie à outrance la répartition des compétences entre la métropole et ces nouvelles entités.

Troisième raison, c’est une administration et des fonctionnaires supplémentaires. Le projet de loi prévoit que les personnels relevant des intercommunalités sera repris dans la métropole. Une fois encore, la mutualisation des moyens attendra. Dans les faits, la métropole c’est environ 250 nouveaux élus (un conseiller métropolitain par commune et un par tranche supplémentaire de 25 000 habitants), un nouvel hémicycle à construire et une nouvelle administration à financer. À elles seules, les indemnités des 70 vice-présidents dépasseront les 2 millions d’euros par an.

Quatrième raison, ce sont des impôts supplémentaires. Marylise Lebranchu, la ministre de la Décentralisation, a le mérite de la franchise lorsqu’elle affirme que la métropole aura « sa propre dotation mécaniquement plus élevée que la somme de celles que perçoivent les 19 intercommunalités existantes ».

Cinquième raison, c’est une attaque en règle contre les maires et les libertés locales. La métropole dépouille les maires de leurs prérogatives en matière d’urbanisme, de logement et de développement économique.

Par ricochet, ce sont les Franciliens qu’on dépossède de leur destin. Ils n’auront plus aucune prise sur le visage de leurs communes. Ils perdront aussi le pouvoir de contrôler l’usage de leurs impôts dont une grande partie sera transférée à la métropole pour financer les communes moins bien gérées.

Vélizy-Villacoublay est la parfaite illustration de ce phénomène. Commune des Yvelines, elle fait partie d’une intercommunalité des Hauts-de-Seine : la loi l’intègre donc dans la métropole. Commune de moins de 25 000 habitants, elle ne disposera que d’une voix, perdue dans le pléthorique conseil qui gérera la métropole. Commune dynamique, elle va perdre la main sur l’usage de ses ressources qui seront captées par la métropole et ne reviendront plus à ses habitants.

Sixième raison, la métropole acte une fracture au sein de la région. Quarante ans après le bouclage du périphérique, la métropole établit une nouvelle barrière, administrative cette fois, entre les 7 millions de Franciliens de la zone dense, la plus dynamique, et les 5 millions de Franciliens des territoires péri-urbains et ruraux, moins bien desservis en services publics. À lui seul, le choix du nom de métropole du Grand Paris constitue un terrible aveu. Dans l’esprit du gouvernement, le Grand Paris – que Nicolas Sarkozy avait conçu à l’échelle régionale et même au-delà – se réduit donc à la petite couronne parisienne. Pourtant, les Franciliens, qui sont très nombreux chaque jour à traverser la région pour se rendre à leur travail, le savent : les problèmes de logement, de transport et d’emploi ne peuvent se traiter qu’au niveau de l’Île-de-France tout entière.

Septième raison, c’est en réalité une opération doublement politique. Derrière son vernis technocratique, la métropole du Grand Paris est une assurance-défaite pour permettre à la gauche de conserver sa mainmise sur Paris et la petite couronne, y compris en cas de revers aux municipales de 2014 et aux régionales de 2015. C’est aussi un écran de fumée pour masquer le bilan calamiteux de la gauche en faisant éponger par tous les Franciliens la dérive financière de nombreuses collectivités socialistes, Seine-Saint-Denis en tête.

En vérité, la métropole du Grand Paris n’est pas à construire. Elle existe déjà. C’est la région Île-de-France. Si, depuis quinze ans, le conseil régional avait su assumer son rôle naturel de chef de file du territoire, non seulement le projet de métropole n’aurait pas existé mais un tel débat, aux conséquences catastrophiques pour l’Île-de-France, n’aurait pas eu lieu d’être.

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