Vos amendements ont été rejetés, sur la forme plutôt violemment : vos "connaissances en agriculture" (selon Stéphane Le Foll lors des débats) ont été gaussées. Quelle légitimité avez-vous pour intervenir en agriculture ?

V.P. : M. Le Foll sera certainement déçu d'apprendre qu'avant ma carrière politique j'étais spécialisée en remembrement rural, en droit des terres agricoles. Aujourd'hui, je suis vice-présidente du parc naturel régional de la vallée de Chevreuse, étendu à l'Essonne et à Montfort L'Amaury, avec une centaine de communes concernées. Gérer l'espace, entre urbanisation, forêt, espaces verts et agriculture, je connais. Et par rapport à l'agriculture, j'ai oeuvré pour que 2300 hectares de terres agricoles soient préservés dans le plateau de Saclay. J'ajoute que tout le monde doit s'intéresser à l'agriculture, la laisser uniquement aux spécialistes serait une erreur. Tout le monde, même quand on est une femme… (Ndlr : sur Twitter, Valérie Pécresse a qualifié la façon dont Stéphane Le Foll a rejeté ses amendements de "misogynie ordinaire").

En quoi consiste le "fonds pour la modernisation des exploitations agricoles" que vous proposez de créer ?

V.P. : Lors de la vente de terrains, il est possible de prélever 1 %, sous la forme d'une taxe (mais attention, à prélèvement constant pour les privés, c'est sur la part déjà prélevée par l'Etat que se formerait le fonds, ce qui suppose au passage une gestion plus rigoureuse). Ce qui peut représenter rapidement plusieurs centaines de milliers d'euros. Ensuite, que le fonds soit géré au niveau départemental ou régional, par les chambres d'agriculture, en lien avec les Safer, à voir. On peut même imaginer une péréquation entre départements voisins en cas d'inégalités. L'objectif du fonds ainsi constitué est de permettre aux agriculteurs de répondre aux exigences de modernisation de leurs exploitations. Par exemple pour des diversifications. Pour des projets individuels ou collectifs. En fait, en marge des ventes, même avec des surfaces diminuant légèrement, il y a moyen d'augmenter la rentabilité des exploitations dans leur remembrement. Cela peut paraître paradoxal, mais ce serait possible avec ce fonds.

Pourquoi cette proposition ?

V.P. : Nous étions le grenier de l'Europe. Aujourd'hui, les céréaliers sont en décalage de compétitivité très fort avec nos voisins allemands…

Lors de votre intervention à l'Assemblée, vous avez insisté sur une autre point, axé sur la périurbain, en tentant d'éviter un mélange entre espaces verts, forestiers et agricoles. Pourquoi ?

V.P. : Si l'on prend un ensemble comprenant ces trois espaces, comment se rendre compte de la déprise agricole en particulier ? J'ai bien entendu les propos rassurants sur ce point du rapporteur de la loi (Ndlr : le député Germinal Peiro), mais je crains qu'à terme on succombe à la grande tentation des Verts de confondre un chemin ou un terrain de golf avec une exploitation agricole. Pour préserver une agriculture périurbaine, elle ne doit pas être diluée dans un ensemble trop vaste (Ndlr : la loi d'avenir prévoit ainsi l’élargissement du champ d’intervention des CDCEA, commissions départementales de consommation des espaces agricoles, aux espaces naturels et forestiers, d'où le risque, selon Valérie Pécresse, d'avoir à terme des statistiques globales qui ne mentionnent plus en détail la perte d'activité agricole).

Pensez-vous intervenir à nouveau sur l'agriculture dans un avenir proche ?

V.P. : Le Labo des Idées, Think thank dont je suis présidente, a vocation à réfléchir à la compétitivité dans différents domaines, dont l'agriculture. Vous pourrez vous en rendre compte lors de notre prochain rendez-vous, le mardi 11 février à 19 heures au Musée social (Ndlr : 5 rue Las cases, 75007), avec une réunion dédiée à l'agriculture.

Retrouvez l'intégralité de l'interview sur le site de WIKIAGRI

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