Guillaume Daret : « Valérie Pécresse, vous étiez à l’AN hier et vous avez entendu le discours de Manuel Valls. Qu’avez-vous pensé de cette déclaration de politique générale du Premier ministre ? »

 

Valérie Pécresse : « J’ai d’abord été frappée par le bilan très noir que Manuel Valls a dressé des deux premières années du gouvernement de François Hollande. Un bilan très lucide, assez courageux. Il a pointé la baisse du pouvoir d’achat, l’overdose fiscale, la montée de la violence. Mais du coup, je suis restée sur ma faim quand j’ai entendu son discours de propositions car il y a des mots que je n’ai pas entendus : baisse du chômage, création d’emplois en France…

Je suis frappée de voir que ce qui est pour moi la première priorité de la confiance, la première priorité en terme de solidarité nationale, à savoir créer de l’emploi en France, n’était pas la première priorité dans le discours de Manuel Valls »

 

GD : « Pour créer de l’emploi, zéro charge pour le SMIC d’ici quelques mois, est-ce que cela n’est pas une bonne solution ? »

 

VP : « Mais c’est la seule mesure économique de ce discours de politique générale : baisser les charges. C’est un peu paradoxal car cette baisse de charge, nous l’avions fait voter en 2012, c’était la TVA anti-délocalisation que j’avais portée. Cette mesure, les socialistes l’ont supprimée et maintenant ils veulent la rétablir. Mais ce qui me frappe, c’est que le Manuel Valls de la primaire socialiste était beaucoup plus audacieux : il voulait remettre en cause les 35h, il parlait de la rigidité du droit du travail, de recherche, d’innovation. Ca, ce sont les moteurs de la croissance »

 

GD : « Il dit qu’il applique le programme du président de la République François Hollande, qu’il n’est que le Premier ministre… »

 

VP : « Et bien, je lui dis : ‘les ingrédients de la croissance et de la confiance ne sont pas là’. Ceux qui donneraient envie aux Français d’entreprendre, de créer de l’emploi, aux artisans de se développer, aux jeunes de venir créer leur entreprise chez nous, aux investisseurs de venir investir en France. Ces ingrédients-là ne sont pas dans son discours »

 

GD : « Vous n’avez pas l’impression que le ton a quand même changé par rapport à Jean-Marc Ayrault ? Même le ton a l’égard des entreprises qui était plus favorable hier dans son discours ? »

 

VP : « Oui, mais je crois que les entreprises et les Français ne veulent plus des mots, ils veulent des actes. Et là encore, il y a des ambigüités terribles dans le discours de Manuel Valls… »

 

GD : « Il promet par exemple une baisse d’impôts pour les Français… »

 

VP : « Mais justement : une baisse d’impôts sans dire comment il la finance, sans dire où est l’argent. C’est un chèque à crédit, les Français n’en veulent plus. C’est un Premier ministre qui fait le choix des déficits et de la dette, et ça, c’est très dangereux »

 

GD : « Dans les économies potentielles, il y a 19 milliards pour l’Etat, 10 milliards pour l’assurance maladie, 10 milliards pour les collectivités locales. Vous n’êtes pas favorables à ces réductions-là ? »

 

VP : « Bien sûr, je suis favorable aux baisses des dépenses, mais là encore, on est complètement dans le flou. Manuel Valls nous dit : ‘je vais faire des économies’. Ca ne parle peut-être pas aux Français, mais quand ils emploient le mot ‘économie’, c’est une habileté de langage. Les économies ne sont pas une baisse de dépense, c’est une moindre hausse. Ce qui veut dire que l’on empêche les dépenses d’augmenter. La vérité, c’est qu’aujourd’hui, il faut baisser les dépenses, et Manuel Valls n’a pas dit comment. Vous avez remarqué, il n’y a pas de réformes structurelles dans son discours »

 

GD : « Il y a la réforme territoriale : il dit que d’ici 2017, on va fusionner un certain nombre de régions, les réduire de moitié, et supprimer les conseils départementaux à l’horizon 2021. Dans une interview au Figaro il y a à peu près un an, vous y étiez favorable. Vous pourriez voter cette mesure ? »

 

VP : « Bien sûr. J’ai dit que j’étais dans une opposition constructive. S’il y a une mesure qui est bonne, je la voterai. Il faut simplifier le mille-feuille territorial, il faut d’abord je pense supprimer les départements en les fusionnant avec les régions : ça c’est une bonne réforme. Mais c’est la seule du discours de Manuel Valls. Or, il y a tellement de choses à faire. Sur l’école par exemple, il ne nous a pas dit ce qu’il allait faire avec les rythmes scolaires »

 

GD : « Une concertation, un assouplissement dit-il… »

 

VP : « Ce n’est pas clair, il n’y a rien dedans et ça va coûter très cher. De la même façon, sur la sécurité, il dit qu’il y a beaucoup de violences, qu’il y a de la drogue dans les cités, du communautarisme, du racisme, et puis il ne nous dit rien sur comment il va rétablir l’ordre dans le pays. Il nous parle de la loi Taubira qui est laxiste en nous disant qu’il va la mettre en œuvre. Donc tout cela est très ambigüe, et je demande à Manuel Valls de clarifier ses positions sur la sécurité, l’éducation et les baisses de dépenses »

 

GD : « On parlait justement du nombre de régions. L’année prochaine il y aura les élections. Est-ce que c’est vous qui serez la tête de liste de l’UMP en Ile-de-France ? Le souhaitez-vous ? »

 

VP : « Je suis prête aujourd’hui pour ce défi des régionales, je m’y prépare depuis 4 ans. Aujourd’hui, la région Ile-de-France, c’est 1/3 de la richesse du pays, ¼ de la population mais elle n’arrive pas depuis 16 ans que Jean-Paul Huchon la dirige à remplir ses missions. En matière de transport, en matière de logement, en matière d’environnement – on a encore eu un pic de pollution –, en matière de formation et d’emploi des jeunes. Il faut de l’efficacité en Ile-de-France et ce sera tout le programme que nous porterons l’année prochaine »

 

GD : « Un mot sur l’UMP : Alain Juppé a fait une sortie remarquée lors du comité stratégique pour demander des ‘comptes’ à Jean-François Copé. Est-ce le bon candidat pour la droite en 2017 ? Le soutiendrez-vous ? »

 

VP : « Ce que je souhaite, c’est l’application de nos statuts. Je souhaite la démocratie à l’UMP. Ca veut dire organiser des primaires et choisir ensemble notre candidat. Il faut se ranger tous ensemble derrière celui qui sera le meilleur et qu’on y aille tous sans être divisés. C’est pareil pour toutes les élections : choisissons le meilleur, celui qui peut nous faire gagner, et soyons tous derrière sans états d’âmes et sans divisions »

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