Valérie Pécresse fait partie des personnalités qui comptent à droite. Et qui vont compter dans la refondation de l’UMP. Ancienne Ministre de Nicolas Sarkozy, elle est aujourd’hui à 47 ans, députée des Yvelines et secrétaire générale déléguée du principal parti d’opposition. C’est à ce titre qu’elle prend la parole dans Valeurs actuelles pour répondre aux propos tenus le 14 juillet dernier par le Président de la République

 

Quelle votre réaction après la traditionnelle intervention présidentielle du 14 juillet ?

Le premier mot qui me vient à l’esprit, c’est : « inquiétant ». J’ai trouvé François Hollande très inquiétant en raison de sa véritable fuite en avant vis à vis de la situation réelle du pays. Le président de la République ne semble plus avoir aucune lucidité sur la situation économique du pays, sur l’absence de croissance, sur le niveau record du chômage, sur l’importance des déficits et surtout sur sa propre responsabilité dans cette situation dramatique. Car c’est tout de même la politique qu’il a conduite au cours des deux dernières années qui en est à l’origine. de cette situation dramatique.

 

Justement peut-on lui faire le grief de rectifier ses erreurs ?

La rectification n’a pas encore eu lieu dans les actes et qui peut encore le croire sur parole ?  Oui parce que Nnous l’avions pourtant alerté, les patrons entrepreneurs l’ont alerté, les économistes l’ont alerté sur les dangers d’un matraquage fiscal. Et maintenant quand il vient nous dire : il y a trop d’impôts en France ou bien : la compétitivité est en berne, mais à qui la faute ? En fait en le regardant parler le 14 juillet, j’ai eu le sentiment terrible qu’il est la victime d’un véritable aveuglement sur la situation réelle de la France. Ce qui est très grave. Car lorsque quiconque n’est pas capable de dresser un constat lucide, il lui est également impossible de prendre des décisions lucides.

 

Et sur la forme de son propos ?

Je la trouve accablanteSon autosatisfaction est déroutante. Car dés les cinq premières minutes il a fait preuve d’absence totale de crédibilité, de lucidité et d’autorité. Quelle crédibilité peut-il avoir alors que la France n’a tenu aucun engagement en matière de réduction des dépenses publiques, en matière de déficit budgétaire ou en matière de réduction de la dette. Et malgré tout cela François Hollande vient nous dire que grâce aux économies réalisées il va se trouver maintenant en mesure de redistribuer. Si c’est ce qu’il pense, c’est grave. Si c’est une plaisanterie, elle est de mauvais goût.

 

Vous parliez d’un problème d’autorité ?

C’est frappant. Dans son intervention, c’était sans doute ce qu’il y avait de plus pathétique. Non seulement il n’a plus prise sur les évènements,. Mais mais en plus il n’a plus prise sur son propre gouvernement. ne maitrise son propreArnaud Montebourg Ministre de l’Économie qui se démarque de la politique du gouvernement, sans aucun recadrage. Il en est dDe même à l’égard depour Manuel Valls qui tente en permanence de jouer sa propre partition. voudrait aller plus vite et qui souligne à quel point la France est entravée et bloquée, il n’a pas eu un signe ou même un seul mot qui rappelle son autorité. Il faut aussi parler de la voix de la France en l’Europe. Car François Hollande a essayé de nous faire croire que la France pesait sur le cours des choses, alors que tout le monde sait bien que nous sommes regardés par tous nos voisins comme « le vilain petit canard » à cause de notre incapacité à respecter nos engagements. Si bien que non seulement il n’a plus d’autorité en Europe, mais de surcroit il a abaissé le rôle de la France. Tout cela donne le sentiment profond d’un affaiblissement de notre pays et d’une absence totale de leadership. J’ai rarement eu cette impression là un 14 juillet. Ce qui me rend très inquiète pour mon pays.

 

Malgré tout François Hollande constate que « la reprise est là »

Notre Président de la République a une vision météorologique de la croissance. Pour lui, c’est après la pluie, le beau temps. C’est gentil, mais cela ne fonctionne pas comme cela. Dans tous les autres pays, les gouvernements vont chercher la croissance grâce à une politique de réformes structurelles. Lui semble se condamner à voir la croissance stagner. Il est dans l’auto-persuasion, en attendant de voir les indicateurs s’améliorer alors que son rôle c’est d’agir et non de subir.

 

Mais il annoncé de grandes réformes économiques

Lesquelles ? A part la baisse des charges sur les entreprises qui s’accompagne d’une hausse historique des impôts, déjà votée, et d’une envolée de la fiscalité locale, il n’y a rien comme le montrent le vide du pacte de responsabilité et l’échec de la conférence sociale. Tout que ce que ce gouvernement commence à redonner d’une main il le reprendl’avait déjà pris de l’autre. Sur le plan purement économique François Hollande n’est qu’un réformateur de carton pate.

 

Il a toutefois des ambitions sur l’apprentissage ?

C’est une plaisanterie. Son gouvernement a coupé toute la dynamique que Nicolas Sarkozy avait impulsée. Il a d’abord a supprimé les aides de 1.000 euros aux entreprises qui embauchaient des apprentis. Ensuite il a créé des emplois d’avenir subventionnés à hauteur de 75 % qui sont des emplois aidés non qualifiants et à durée limitée. Enfin il y a eu aussi le retour en arrière sur l’apprentissage à 15 ans sous statut scolaire qui est une très bonne chose pour les jeunes qui savent déjà ce qu’ils veulent faire. Il y a tellement de barrières idéologiques au sein de la gauche sur ce sujet qu’il doit amener son camp à faire une révolution copernicienne s’il veut afficher 500.000 apprentis en 2017 comme il s’y est engagé.

 

Le chômage est à un record historique et François Hollande dit que « tout n’a pas été essayé »

Le Chef de l’État a une vision très réductrice de la compétitivité des entreprises et de l’attractivité de la France. C’est vrai que tout n’a pas été essayé puisque la création d’emplois se fera si la France devient un pays accueillant pour les entreprises. Aussi bien celles qui se créent, que celles qui veulent s’implanter. Le problème c’est que l’overdose fiscale, l’instabilité des textes législatifs et la complexité du système découragent tous ceux qui souhaitent investir en France et y embaucher. Actuellement, à chaque fois qu’on fait une loi supplémentaire – je pense par exemple à la loi Hamon sur la consommation, la loi Duflot sur l’immobilier ou à la loi sur l’inspection du travail – c’est uneces lois qui crée d’embléeaccumulent des contraintes supplémentaires pour les entreprises. De surcroit il y a ce sentiment que l’État peut intervenir à tout moment pour contrecarrer les projets des entreprises. Les hauts faits d’Arnaud Montebourg sont là pour en témoigner. Dans ces conditions effectivement tout ce qui marche contre le chômage n’a pas été essayé.

 

Pensez vous que la France souffre par ailleurs d’une panne d’investissement.

Bien sûrMalheureusement oui. Regardez les statistiques. Les industriels n’investissent pas, d’autant plus qu’ils ont unecommencent à avoir  peur bleue de la déflation. A cela François Hollande répond en mettant en avant sa banque publique d’investissement. Mais une entreprise ou un ménage investit s’il ressent un climat de confiance à moyen terme. Or les entreprises n’ont aucune confiance dans ce gouvernement. D’autant plus qu’il pratique un zigzag permanent. Par ailleurs, ce que François Hollande a oublié de dire c’est que les économies qu’il peine à dégager, il les fait sur l’investissement public. Et si l’opposition n’était pas montée au créneau on sait très bien ce qu’il serait advenu de certains budgets, notamment militaires, qui sont stratégiques pour notre avenir et  très créateurs d’emplois.

 

Que pensez vous des réformes annoncées pour 2015 ?

Je suis consternée, parce que ce ne sont pas des réformes, mais simplement des mesures qui vont coûter très cher à la collectivité. La généralisation du tiers payant, c’est à dire le tout gratuit totalement déresponsabilisant en matière de santé est une erreur fatale. Le plan numérique à l’école, pourquoi pas ? Mais c’est un plan de dépenses supplémentaires. Le Président de la République n’annonce pas la moindre économie pour financer cela. Comme si tout pouvait se faire sans un seul euro d’économies et sans la moindre croissance.

 

Il a également parlé de la réforme des modes de scrutin ?

Depuis le début du quinquennat François Hollande ne fait en matière électorale que des réformes politiciennes. Avec le redécoupage des cantons, il avait pour seul objectif de garder les départements à gauche.  Avec le report des régionales il tente d’éviter la défaite annoncée de son camp. Et maintenant on nous annonce le droit de vote des étrangers et la réforme des modes de scrutin législatifs. Sans compter la réforme des sénatoriales pour essayer de garder le Sénat. Il faut en finir avec ces tripatouillages. François Hollande n’est pas à la tête d’une république bananière et il doit cesser de modifier les modes de scrutin à sa convenance. La France, ce n’est pas la république du bon plaisir.

 

Le droit de vote des immigrés est une sorte de grenade dégoupillée dans le climat actuel ?

C’est le type même de loi qui va produire un clivage très fort au sein du pays. Mais François Hollande semble prêt à sacrifier la cohésion sociale de manière à donner des gages à la gauche de sa gauche. Tout se passe comme si le Chef de l’État avait réalisé qu’il était impuissant à mener des réformes économiques. Si bien qu’il met toute son énergie à faire des réformes sociétales, qui ont le mérite de souder son camp, mais qui déchirent le pays. D’autant plus qu’elles touchent souvent aux convictions intimes et  à la vie privée.

 

Vous êtes candidate à la présidence de la région ile de France, comment appréciez vous le report des élection régionales ?

La réforme territoriale telle qu’elle est présentée est précipitée et improvisée. Elle n’a pas été concertée, n’a pas d’intérêt économique et n’a aucune logique géographique ou historique. Son seul intérêt pour la majorité est de reporter les élections régionales de neuf mois. Mais à force d’habiletés, François hollande va finir par se prendre les pieds dans le tapis. En effet en retardant de neuf mois les élections il redonne à l’UMP du temps pour se reconstruire, se mettre en ordre de bataille et porter un message régional fort. Il ne pouvait pas rendre un meilleur service à une formation fragilisée pour le moment. Ensuite il aura droit à l’effet boomerang.

 

A gauche les ambitions se manifestent pour l’Ile de France. Qu’en pensez-vous ?

Au bout de 17 ans de mandats aussi décevants  de Jean-Paul Hichon, il me paraît logique que les socialistes veuillent changer de candidat. Si la guerre de succession est ouverte à gauche, il ne faut pas oublier, pour autant que Marie-Pierre de la Gontrie a été Vice-Présidente de Jean-Paul Huchon pendant deux mandats. Elle sera donc tout aussi comptable que lui de ses échecs. Si la région manque de logements, si les transports sont dans un état de vétusté alarmant et si l’économie francilienne crée moins d’emplois qu’ailleurs, nous le devons tous au couple Jean-Paul Huchon – Marie Pierre de la Gontrie.

 

L’UMP est-elle morte ?

Pas du tout. Personnellement je vais tout mettre en œuvre, et déployer toutes mes forces pour sauver l’UMP. C’est une formation qui vise à rassembler largement à droite une famille qui occupe un vaste espace politique. Cette ambition il ne faut surtout pas la rétrécir. Et tous ceux qui font passer leurs rivalités avant la nécessité de la reconstruction jouent contre leur camp. Quels qu’ils soient. Ce sauvetage de l’UMP passera par une nouvelle équipe, une nouvelle pratique et une nouvelle éthique.

 

Pour l’heure on assiste plus à des règlements de comptes qu’à une rénovation ?

Nous assistons à un déballage un peu écoeurant.. Je crois que c’est là le syndrome de la fin d’un système. Ce système doit disparaître. Et il doit accoucher d’une UMP renouvelée, démocratique et qui soit une « maison de verre » avec un fonctionnement totalement transparent.

 

En 2012 vous avez soutenu François Fillon. C’est toujours le cas ?

Je ne regrette pas un instant d’avoir fait la campagne de François Fillon, qui est d’une grande intégrité intellectuelle et morale. Ma seule préoccupation aujourd’hui, c’est que notre parti se dote d’un président exemplaire. J’attend qu’il porte des valeurs de rénovation de transparence et d’éthique,.

 Propos recueillis par Yves de Kerdrel pour Valeurs actuelles

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