INTERVIEW – La présidente du groupe UMP au conseil régional d'Île-de-France s'alarme de la situation des transports dans la région capitale. Lors de l'audition, jeudi, des dirigeants de la RATP, Pierre Mongin, et de la SNCF, Guillaume Pépy, la députée des Yvelines a bien l'intention de poser les questions qui fâchent.

Le FIGARO – Pourquoi la question des transports en Île-de-France vous inquiète-t-elle?

Valérie PÉCRESSE - Il y a un total décalage entre les annonces rassurantes de Manuel Valls qui a promis, à Créteil, l'accélération du calendrier du Grand Paris Express et notamment la desserte des aéroports, et celles du président de la RATP qui annonce deux ans et demi de retard pour le prolongement de la ligne 14. C'est pourtant la première réalisation du Grand Paris Express et la première étape du métro vers Roissy. Partout les retards se succèdent, du prolongement de la ligne 12 au RER E.

Comment vous explique-t-on ces retards?

Certains retards sont inévitables mais je soupçonne très fortement le gouvernement d'annoncer l'accélération des travaux tout en refusant d'y mettre les moyens. C'est un stratagème. J'ajoute qu'aujourd'hui, le syndicat des transports d'Ile-de-France (Stif), présidé par le socialiste Jean-Paul Huchon est à la limite du surendettement.

Quelle est la somme des budgets manquants?

En 2013, l'État s'était engagé à verser 150 millions d'euros par an à la région pour financer la modernisation des transports. Depuis 2 ans, le gouvernement ne tient pas sa promesse. On vient d'apprendre qu'il avait déposé un amendement pour inscrire ces crédits au budget. Enfin! Sauf qu'au lieu de trouver les crédits en faisant des économies, le gouvernement balaie sa promesse de pause fiscale et augmente les impôts sur les entreprises et les particuliers de 140 M € (taxe sur les parkings et taxe foncière)! Et pour couronner le tout, ces 140 M € restent largement virtuels puisque Michel Sapin a promis à Bruxelles que les nouvelles recettes issues de la taxe sur les parkings iraient à la réduction du déficit et pas au Grand Paris. Qui dit vrai? Manuel Valls aux Franciliens ou Michel Sapin à Bruxelles? Ce qui est sûr c'est que les transports franciliens risquent de souffrir longtemps des choix budgétaires du gouvernement.

Pourquoi estimez-vous que les transports doivent être défendus comme une priorité régionale?

Toutes les lignes de cette région sont connectées avec les transports grandes lignes. Le drame de Brétigny c'est le déraillement du Paris-Limoges sur les lignes utilisés par le RER C. Ces problèmes de sécurité, comme ceux des retards, sont directement liés à la vétusté d'un réseau à bout de souffle. Usagers, opérateurs… tout le monde le dit. On nous leurre avec de bonnes paroles mais la situation des transports en Ile-de-France est absolument dramatique. Manuel Valls fait sur le Grand Paris ce que François Hollande fait sur le chômage: beaucoup de promesses mais aucun résultat. Je dis «au secours».

Qu'allez-vous faire?

Avec cinquante députés franciliens, nous avons réclamé un plan Orsec sur le sujet car si une priorité n'est pas définie immédiatement, tous ces projets stratégiques pour les transports du Grand Paris prendront des années de retard. Cela ampute d'autres projets comme notre ambition de pouvoir accueillir l'Exposition universelle en 2025 ou les Jeux olympiques en 2024. Comment pourrons-nous le faire sans des transports adaptés? Surtout cela handicape lourdement la qualité de vie et le développement économique. Les retards sur le prolongement de la ligne 14 et sur le RER E font que les usagers de la ligne 13 et du RER A n'auront aucune amélioration de leur quotidien avant 2020. La situation n'est pas tenable.

Que répondez-vous à l'argument mettant en avant les difficultés actuelles de nos finances publiques?

J'aimerais comprendre pourquoi, en moyenne, cela coûte deux à trois fois plus cher à l'Ile-de-France de construire un tramway que dans la plupart des grandes métropoles. Pourquoi la circulation des trains en France coûte, elle aussi, 20 à 30 % plus cher qu'en Allemagne par exemple? Je note au passage que plusieurs régions ont déjà menacé de ne plus acquitter leur contribution à la SNCF. Ce sont là d'énormes gisements de ressources qui pourraient servir à investir dans la modernisation des transports. Ces ressources on les trouve aussi dans le budget de la région Ile-de-France, véritable poumon économique du pays, mais qui gaspille une partie importante de son budget pour financer des actions non prioritaires voire parfois scandaleuses. Nous devons retrouver le chemin de l'investissement car, sans cela, nous prenons le risque de plonger dans le déclin. Il faut que l'État arrive à tenir ses engagements sans à chaque fois augmenter les impôts. Jean-Paul Huchon ne cesse de répéter qu'il fait confiance au gouvernement mais le président de la région, même s'il est socialiste, n'est pas là pour faire confiance au gouvernement. Son rôle est de veiller à ce que les engagements soient tenus pour s'assurer du bien-être des Franciliens.

Retrouvez l'interview de Valérie Pécresse publiée dans Le Figaro 

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