Actualité Juive: Comme vous l’avez dit, vous avez voyagé « dans un Israël sous tension ». En quoi s’y rendre en ce moment était essentiel ?

J’ai déjà eu l’occasion de venir en Israël comme ministre et j’ai pu constater au Technion ou à l’université de Jérusalem, l’excellence de sa recherche et sa puissance d’innovation. Depuis j’ai été bouleversée par le livre de David Grossman, « Une femme fuyant l’annonce » sur la mort de son fils au service militaire. Je voulais revenir faire un déplacement plus politique et nouer des contacts avec les autorités et les acteurs économiques car de nombreux partenariats peuvent être envisagés entre l’Ile-de-France et Israël. Ce voyage intervient quelques mois à peine après mon déplacement en Irak pour organiser une chaîne humanitaire pour les Chrétiens d’Orient et les minorités persécutées par Daech. J’ai pu mesurer la tension ressentie par la population face à la multiplication des actes terroristes du Hamas. Mais j’ai aussi visité l’hôpital Hadassah où sont soignés 50% de juifs et 50% d’Arabes, bien loin des idées reçues !

Ce voyage vous a fait rencontrer des Français d’Israël? Quel a été leur message ? Quel a été le vôtre ?

Ils m’ont fait part de leurs craintes sur l’avenir et sur un processus de paix qui leur paraît aujourd’hui hors d’atteinte. Ils m’ont parlé de l’insécurité et de l’antisémitisme que certains ont vécu en France et qui les ont poussés à partir. J’ai redit mon engagement à lutter contre la montée de l’antisémitisme en France, comme je l’avais fait en soutenant les présidents d’universités qui interdisaient les colloques appelant au boycott d’Israël. Et je poursuivrai ce combat en étant intransigeante comme Présidente de la région Ile-de-France, si je suis élue en décembre 2015. L’antisémitisme c’est une atteinte à la République !

Ce sont souvent des binationaux. Quel est votre regard sur le départ des juifs de France vers Israël ou ailleurs ?

Je connais l’attachement très fort des juifs de France vis-à-vis d’Israël. Mais ce que je ne peux pas accepter, en tant qu’élue de la République, c’est que des citoyens français, quelle que soit leur confession, soient contraints de quitter leur pays car ils s’y sentent menacés. J’étais à la synagogue de Sarcelles cet été en geste de soutien le jour où elle a été attaquée. Nous devons assurer avec une vigilance sans faille la sécurité des lieux de culte et des écoles confessionnelles juives en France. Je suis personnellement proche de la famille Sandler et la barbarie de Merah reste dans tous les esprits.

Vous avez évoqué la barrière de protection et regretté un monde où l’on construit des murs mais pas assez de ponts : le vote sur la reconnaissance d’un Etat palestinien va-t-il vraiment dans ce sens ?

La paix ne peut se faire que si le droit à la sécurité d’Israël et l’Etat palestinien sont reconnus simultanément et sans ambiguïté. La résolution présentée par le parti socialiste à l’Assemblée nationale est déséquilibrée car elle oublie le droit à la sécurité d’Israël. Dans le climat actuel j’ai la conviction qu’elle ne peut pas faire progresser la paix. L’UMP refuse de se prêter à ce qui ressemble à une manœuvre politique. En revanche, le Président de la République ne doit pas relâcher les efforts diplomatiques pour relancer le processus de paix.

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