Dans une interview donnée au Figaro, je précise le périmètre et les ambitions d'une nouvelle loi "globale" qui permettrait une large révision de la politique pénale de la France.

LE FIGARO. - Les premières réactions ont été plutôt critiques à l'idée d'un Patriot Act à la française. Pouvez-vous préciser votre proposition ?

Valérie PÉCRESSE. - La gravité de la situation nécessite, à mes yeux, une loi globale de protection, mais il n'a jamais été question pour moi de copier les lois américaines. Cette loi doit porter non seulement sur le renseignement et les moyens dédiés à nos forces de sécurité, mais aussi sur la justice, le contrôle d'Internet, l'éducation et la laïcité. La priorité est d'accomplir un virage à 180 degrés dans notre politique pénale, maillon faible dans la sécurité du pays. Cette réflexion devrait être menée dans un cadre trans-partisan privilégiant le pragmatisme sur l'idéologie. Je tiens d'ailleurs à dire que le mot « patriotisme » ne doit pas nous faire peur. J'en ai ressenti toute la puissance dans le cortège parisien dimanche en voyant fleurir les drapeaux français.

Dans le cadre de cette réponse pénale, on a beaucoup parlé d'un Guantanamo à la française. Qu'en pensez-vous ?

Là aussi, il n'est absolument pas question d'imaginer un Guantanamo en France. En revanche, nous ne pouvons pas traiter des individus radicalisés et fanatisés, inscrits dans une logique sectaire et prosélyte, comme des détenus de droit commun. Pour faire face à cette situation, nous devons inventer des méthodes nouvelles. C'est pourquoi je préconise d'isoler les djihadistes condamnés dans des lieux de désendoctrinement.

Considérez-vous cette loi globale comme une loi d'exception ?

Cette loi doit être conforme à nos valeurs et donc les limitations apportées à la liberté doivent être proportionnées à la menace et au risque encouru. Par exemple, s'agissant des transports collectifs, souvent ciblés par les terroristes, une réflexion est menée à la SNCF et à la RATP pour imposer aux voyageurs le port de documents d'identité en période Vigipirate rouge. Une telle mesure faciliterait grandement le travail des forces de l'ordre.

Jugez-vous insuffisante la loi antiterroriste du 13 novembre ?

Nous l'avons votée dans un esprit de responsabilité. Mais désormais, il faut aller plus loin car nous sommes en guerre contre l'islamisme radical. Et lorsqu'on est en guerre, il faut frapper fort, à la hauteur du danger. La République doit être implacable.

Les libertés individuelles ne risquent-elles pas d'être touchées ?

Pas d'angélisme face au terrorisme. Nous devons, par exemple, étendre la rétention de sûreté, c'est-à-dire maintenir en détention ou assigner à résidence les terroristes arrivant en fin de peine qui représentent toujours un danger pour la société. Aucun aménagement ni réduction de peine ne doivent être appliqués aux terroristes comme ça a été le cas pour Amedy Coulibaly, condamné à cinq ans de prison et libéré au bout de dix-huit mois.

Comment surveiller Internet ?

Dès qu'il existe des appels à la haine et à la violence, ou toute forme d'apologie du terrorisme, on sort totalement du cadre de la liberté d'expression. Nous devons être intransigeants. Dimanche, si vous tapiez le hashtag « Nous sommes la France » sur Internet, vous étiez immédiatement dirigé vers « Nous sommes Kouachi ». Cela démontre bien que l'apologie du terrorisme est une réalité et un phénomène inquiétant qu'il faut combattre sans faiblir.

Faut-il de nouvelles prisons ?

Oui. Le discours ambiant prétendant qu'il y aurait trop de détenus en France est inexact. Notre surpopulation carcérale est le résultat de l'arrêt de la construction de prisons. Si l'on compare avec les autres grandes démocraties, le taux d'incarcération français (100 détenus pour 100 000 habitants) est plus faible que celui de la moyenne du Conseil de l'Europe (150 détenus pour 100 000 habitants).

Comment l'interdiction du voile peut-elle être effective ?

J'ai proposé une loi pour empêcher l'entrave à l'application de la loi antivoile intégral et éviter que des amendes soient payées par un individu qui veut vider la loi de son efficacité. Il s'agit simplement de défendre nos principes républicains et l'égalité hommes-femmes dans un contexte où l'on observe une montée de la désobéissance civile et des défis lancés à la République. Dans un autre registre, le refus de respecter la minute de silence ou les provocations dans les établissements scolaires imposent un renforcement de l'éducation civique et des sanctions disciplinaires exemplaires qui impliqueraient aussi les familles.

Propos recueillis par Emmanuel Galiero pour Le Figaro. Publié le 16 janvier 2015

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