La députée des Yvelines, qui a récemment été adoubée par Nicolas Sarkozy et François Fillon en tant que candidate UMP à la présidence de la région Île-de-France, dresse un constat sévère de l'action du gouvernement. Selon elle, alors que la BCE a créé les circonstances favorables pour lancer de véritables réformes en France, la gauche au pouvoir se contente d'effleurer les sujets.

Atlantico : Le projet de loi Macron est actuellement examiné à l'Assemblée. Face à un dispositif qui s'attaque aux rentes et qui se veut libéral, comment la droite peut-elle se positionner ?

Valérie Pécresse : C'est une petite loi qui malheureusement ne ranimera pas la croissance. Tous les sujets de cette loi sont effleurés, alors que beaucoup d'entre eux mériteraient d'être creusés. Sur les professions réglementées, c'est une occasion manquée : on aurait pu déjudiciariser un certain nombre de procédures qui embolisent les tribunaux en les confiant à ces professions, en contrepartie d'une baisse du prix de leurs prestations.

Cela aurait été du gagnant-gagnant.

Aujourd'hui nous ne pouvons pas nous permettre d'attendre davantage pour faire de vraies réformes. Il est urgent de relever les seuils sociaux, de permettre de fixer les 35h par accord d'entreprise… J'ai déposé un certain nombre d'amendements avec François Fillon, mais la gauche, pour qui "c'est à prendre ou à laisser" n'en a retenu  pour l'instant aucun, oubliant l'esprit d'union nationale… Ce n'est pas avec un taux de chômage de 40 % dans certains quartiers que nous nous en sortirons.

Pourtant,  comme l'a dit François Hollande : les taux d'intérêt sont proches de zéro, le prix du pétrole est extraordinairement bas, et  l'inflation est absente. Nous sommes sous l'effet de la morphine de la BCE, c'est donc maintenant qu'il faut opérer le malade, c’est-à-dire, mener les réformes dont la France a besoin.

La vraie rente à laquelle le gouvernement devrait s'attaquer, ne serait-ce pas celle de l'Etat ?

Bien entendu. On ne peut pas porter une loi pour la croissance et ne pas mettre sur la table la réforme de la fonction publique. Sans parler de la réforme territoriale, qui elle aussi constitue une formidable escroquerie. Manuel Valls nous avait dit que ce serait sa grande réforme, or le redécoupage des régions qu'il propose ne fait faire aucune économie à personne. Ce n'est pas en fusionnant des régions qu'il y aura des économies dans les dépenses de fonctionnement. S'il avait voulu faire des économies, il aurait dû réduire le nombre de strates administratives. Il en va de même pour les 35 heures : on nous parle de leur coût dans le secteur privé, mais pas dans la fonction publique et l'administration sociale ! Pourtant, elles représentent une perte de compétitivité de l'administration. Nous nous trouvons à 57 % de taux de dépenses publiques : ne pourrait-on pas faire mieux avec cet argent, et même avec moins d'argent ? Une loi croissance digne de ce nom devrait répondre à ces questions.

Trois semaines après l'attentat contre Charlie Hebdo et la prise de conscience du niveau d'usure du lien social, qu'est-ce que l'union nationale a permis d'entreprendre à cet égard, au-delà des mesures sécuritaires ?

Cet événement nous a permis de nous retrouver pour défendre un certain nombre de valeurs auxquelles nous sommes attachés, et qui constituent le ciment de la France, quel que soit notre bord politique. Les citoyens se sont sentis fiers d'être français, fiers d'appartenir à la patrie de la liberté d'expression, qui respecte les croyances de chacun. Ce que j'ai vu dans cette mobilisation, c'est du patriotisme, même si le mot ne plaît pas à tout le monde. En revanche l'union nationale ne signifie pas applaudir à tout ce que fait le gouvernement : elle consiste aussi à écouter l'opposition.

Je pense depuis longtemps qu'il nous faut une grande loi bouclier qui s'attache à répondre aux maux de la société française que nous avons identifiés depuis longtemps. Certaines mesures sont à prendre d'urgence, comme l'interdiction du retour sur le territoire français, au moins pour quelques années, des  personnes dont on a la preuve qu'elles sont parties faire le djihad. Cela éloignerait au moins pour un temps les problèmes en cascade que pose leur retour. Les Anglais veulent le  faire, et je ne vois pas pourquoi nous ne réfléchirions pas au niveau européen à la manière dont nous pourrions mettre en place cette mesure dans le cadre de l'espace Schengen. Par ailleurs, la situation des prisons doit nous alerter. Nous n'avons cessé depuis 2004, époque où j'étais rapporteur du budget des prisons, d'attirer l'attention des pouvoirs publics sur la question. Nous avons lancé un programme de construction et de rénovation qui a été interrompu par le gouvernement actuel, qui veut désormais libérer les détenus sous contrainte pénale. Cette politique ne marche pas dans l'absolu, et encore moins avec des terroristes. La seule solution est de créer plus de places en prison, sachant que la France a un taux de détenus inférieur à un certain nombre de ses voisins. Il faut aussi ouvrir les yeux sur ce qui se passe dans les écoles : dans les quartiers sensibles d'Île-de-France, on ne trouve plus de professeurs diplômés. On recrute à Pôle Emploi des vacataires payés au Smic qui n'ont pas la formation et les diplômes requis. Et c'est à eux qu'on confie les situations les plus difficiles. Ce n'est pas ainsi qu'on assurera la réussite scolaire et la transmission des valeurs républicaines. C'est pourquoi j'estime qu'il faut une vraie différenciation salariale et de carrière pour tout professeur qui accepte de se rendre pendant plus de cinq ans dans une ZEP. C'est une mauvaise politique que de recruter 60 000 enseignants dans ce contexte au lieu d'utiliser le budget pour mieux les payer. La droite avait commencé à mettre en place la différenciation salariale, mais elle n'a pas été jusqu'au bout, il faut le reconnaître. Il faudra aller beaucoup plus loin, mais les syndicats y sont très hostiles.

Selon un sondage Ifop pour Marianne, Marine Le Pen serait largement gagnante au premier tour des élections présidentielles si celles-ci avaient lieu ce dimanche 1er février, avec 29 à 31 % des voix. Qui est le mieux placé aujourd'hui à droite pour faire face au FN, et avec quelle offre politique ?

Nous le saurons au lendemain de la primaire de 2016, qui je l'espère sera un grand rendez-vous démocratique pour l'ensemble de la droite et du centre, afin de choisir un candidat unique. Avant cela nous devons dévoiler le vrai visage du front national. Celui-ci a une réputation usurpée de défenseur de la laïcité et de la sécurité. Pourtant lorsque nous avons fait voter la loi interdisant la burqa, peu de socialistes ont suivi, mais surtout, le FN a clairement dit qu'il s'y opposait au motif que ce serait attentatoire aux libertés individuelles. Marine Le Pen critiquait les prières de rue, nous les avons interdites, et Jean-Marie Le Pen est venu à la télévision pour dire qu'il s'agissait d'une atteinte à la liberté ! Le FN refuse aujourd'hui le contrôle des appels à la haine sur Internet. Pourquoi ? A Bruxelles, il a voté avec les socialistes contre la mise en place d'un fichier des personnes voyageant en avion en Europe qui nous permettrait de tracer les allers et venues des terroristes. Le FN est le parti de la dénonciation et jamais de la solution. Le parti des solutions c'est l'UMP. 

Un sondage Ifop pour Atlantico publié samedi montre qu'en janvier, 58 % des sympathisants de l'UMP souhaitent voir Nicolas Sarkozy représenter le parti en 2017, contre 27 % pour Alain Juppé, et 5 % pour François Fillon. Nicolas Sarkozy, qui s'est largement emparé de ces questions, est-il dans une meilleure posture pour démonter l'argumentaire du Front National ?

Aujourd'hui c'est l'unité et le rassemblement qui seront la force de l'UMP. C'est ce que j'ai voulu montrer en invitant à mes vœux au conseil régional d'Île-de-France Nicolas Sarkozy et François Fillon.

Je pense que Nicolas Sarkozy fait un formidable travail de rassemblement de la droite et l'UMP en a énormément besoin, car les Français n'ont pas apprécié le spectacle de division qu'elle a donné. Au plan régional, il est de mon devoir de faire émerger les nouveaux visages de la droite, car la société française aspire à un renouvellement du personnel politique, pas seulement des jeunes, mais des personnalités issues de tous les domaines de la société civile, et qui veulent apporter des idées neuves à la droite. Tous ensemble nous travaillons pour lutter contre le déclin de la France. 

Vous serez investie le 7 février par l'UMP pour la candidature à la présidence de la région Île-de-France. Quelle offre politique voulez-vous porter ?

La région constitue le laboratoire de ce que pourrait proposer la droite au niveau national. C'est pourquoi je veux défendre trois principes :

L'autorité de la puissance publique, par opposition à l'impuissance publique. Les Français veulent voir que leurs élus tiennent leurs engagements.

Je veux défendre la liberté, car la France est en train d'étouffer sous l'hyper réglementation. Le simple fait de construire un logement, d'ouvrir une formation ou de créer une entreprise relève du parcours du combattant.

Et enfin je tiens à défendre la justice, car nous nous trouvons dans un système qui a créé de l'injustice au travers d'une fausse générosité et d'idées toutes faites qui n'aident personne. On m'a récemment interrogée sur la question de la sélection à l'entrée de l'université. J'ai répondu que cette sélection existait déjà par l'échec et par l'argent, parce que le gouvernement n'a pas voulu mettre en place l'orientation sélective, que nous avions commencé à instaurer et qui permettrait d'aiguiller les bacheliers vers la filière où ils peuvent réussir. Voilà la société que les idées de gauche nous laissent.

De la même façon, quand je vois qu'il y a 75 % de gratuité dans les transports  pour les étrangers en situation irrégulière et leurs familles en Île-de-France, je ne comprends pas. On ne peut pas donner une prime à l'illégalité là où une personne en situation régulière paye plein pot ! La gauche rétorque que cette réduction se fait sous condition de ressource. Mais comment faites-vous pour justifier de vos ressources si vous êtes en situation irrégulière ? Cette situation absurde crée un sentiment d'injustice, et instille l'impression que les inégalités et les fractures n'ont jamais été aussi grandes.

Il faut être juste dans notre politique, et pour cela il faut trouver le moyen de donner davantage à ceux qui le méritent, en lieu et place de ce système qui fait que vous avez plus de chances de vous voir attribuer un logement social en Île-de-France si vous êtes au RSA que si vous travaillez en intérim, parce que vos ressources sont stables et que vous êtes prioritaire.

Un rapport d'inspection commandé par le gouvernement mais qui avait jusqu'ici été gardé secret se montre très critique vis-à-vis de la politique du logement. Selon lui, d'importantes économies pourraient être faites, notamment en coupant dans certaines aides. Est-ce un diagnostic que vous partagez ?

Sur le logement, j'ai entendu le Premier ministre parler "d'apartheid". J'ai été scandalisée, car il laisse ainsi entendre qu'il existerait un racisme d'Etat. C'est faux, puisque l'Etat a beaucoup investi dans les quartiers, notamment sous Jacques Chirac. Ce qui est vrai par contre, c'est que certains élus n'ont eu de cesse d'empiler du logement social sur du logement social. C'est comme ça qu'on crée des ghettos. Si j'étais présidente de région, j'interdirais que l'on subventionne du logement très social là où il y en déjà plus de 40 %, car ça empêche la mixité sociale, ça fait baisser le niveau des écoles et par voie de conséquence ça freine l'ascenseur social. La mixité sociale ça marche dans les deux sens, vous ne m'entendrez jamais défendre des maires qui ne respectent pas leurs obligations de construction de logement social même s'il faut prendre en compte leur situation foncière et économique. En revanche, là où des villes ont déjà beaucoup de logement très social, il faut que la région subventionne du logement intermédiaire pour les classes moyennes, ou de l'accession à la propriété. Aujourd'hui la région socialiste  ne finance plus de logements intermédiaires, elle ne fait plus que du très social alors que le mal-logement concerne tous les Franciliens.

Vous avez lancé récemment le "Club des Maires reconstructeurs". Quelle est sa vocation ?

La droite a gagné 50 villes aux dernières municipales. Toutes ces villes ont besoin de logements. Je ne laisserai pas dire que les maires de droite ne construisent pas. C'est pourquoi j'ai lancé ce club, afin qu'ils puissent montrer les 78 000 logements qu'ils s'apprêtent à construire au cours de leur mandat. Ils ne construiront pas des barres d'immeubles, des tours sur des dalles en béton avec des petites fenêtres sans balcons. Forts des erreurs des années 70, ils construiront des logements à taille humaine. Je veux également me battre au coté de tous ces maires pour défendre l'identité pavillonnaire de l'Île-de-France, car c'est ce qui fait son charme. Ne privons pas les Franciliens de leurs rêves en ne leur proposant plus que d'habiter dans des villes dortoir faites de barres d'immeubles sans commerce et sans centre-ville. J'étais récemment à Mantes-la-Jolie qui peut nous inspirer : de nombreuses tours ont été détruites, pour laisser place à des quartiers résidentiels. Et c'est ainsi que l'on voit les enfants du Val-Fourré, qui avaient quitté le quartier pour trouver un avenir ailleurs, revenir, parce qu'ils sont foncièrement attachés au lieu où ils ont grandi. C'est donc une classe moyenne qui revient, parce que la ville a su se transformer.

 

 

Propos reccueillis par Gilles Boutin et publié sur le site d'Atlantico le 1er février 2015

 

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