Un silence peut être assourdissant. Longtemps, trop longtemps, nous nous sommes tus sur le génocide arménien. C’était en 1915, c’était il y a 100 ans, c’était hier. Le 24 avril 1915, débutait le génocide de tout un peuple. La déportation et le massacre des Arméniens ont été pensés, organisés et perpétués par l’Empire Ottoman. Les deux tiers des Arméniens qui vivaient sur le territoire actuel de la Turquie ont été exterminés. A ceci s’ajoute des milliers de déportés, dont les vies ont été déchirées avec des blessures irrémédiables. La douleur est infinie.

La France a reconnu publiquement en 2001 sous l’impulsion de Jacques Chirac, le génocide de 1915 en adoptant une loi malgré les tensions et les intimidations. Les paroles prononcées par le Président Français à Erevan en 2006 – qui fût la première visite officielle d’un chef d’Etat français depuis la naissance de la République d’Arménie – et les quelques mots qu’il a écrits sur le livre d’or du Mémorial du génocide, résonnent aujourd’hui avec force : « souviens-toi ».

Ces mots expriment l’émotion et la douleur qui vous étreignent en visitant Tsitsernakaberd, émotion que j’ai ressentie lors de mon voyage à Erevan en 1990.

A l’occasion de la commémoration de ce centième anniversaire, nous devons plus que jamais marquer le temps du souvenir et du recueillement, en mémoire aux victimes.

Ce devoir de mémoire doit s'accompagner d'une très grande vigilance et d'une absolue fermeté vis à vis du négationnisme qui falsifie l’histoire.

Ce devoir de mémoire est plus que jamais essentiel sur le génocide arménien, premier du siècle dernier car malheureusement, aujourd’hui, d’autres génocides se déroulent aux portes de l’Europe. C’est une véritable opération de purification ethnique et religieuse qui est en train d’être menée contre les chrétiens d’orient par Daech en Syrie et en Irak. Je reprendrai les mots d’Edouard Nalbandian, ministre des Affaires étrangères d’Arménie, prononcés le 2 mars dernier à la tribune des Nations Unies « les barbares ont déclaré la guerre à l’humanité, il faut lutter contre le terrorisme en prévention des génocides ».

Nous devons dénoncer d’une voix forte et unie tous les génocides pour que l’Histoire cesse de se répéter. Nous devons réaffirmer haut et fort nos valeurs, celles  des droits de l’homme et du vivre ensemble dans le respect de l’identité de chacun.

C’est un devoir que nous devons honorer par respect non seulement pour les victimes, mais aussi pour l’ensemble de la communauté arménienne d’ici et d’ailleurs. Nous connaissons tous le dynamisme et l’engagement des Français d’origine arménienne et des Arméniens en France qui participent à la réussite et au rayonnement de notre pays. Je salue particulièrement la vitalité de la communauté arménienne francilienne qui, au travers de nombreux centres, associations et institutions culturelles participe à la richesse et à la diversité de notre territoire. Je crois qu’il est désormais urgent qu’aboutisse enfin, dans la région capitale, le projet de Centre de Mémoire et de Civilisation Arménienne, car ce serait le plus beau des symboles,  gravé dans la pierre, de l’amitié qui unit à travers les siècles la France et l’Arménie.

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