Tribune de Valérie Pécresse publiée dans Les Echos le 17 juin 2015

Le 51e Salon du Bourget se tient actuellement en Ile-de-France. Que notre région accueille la plus grande manifestation aéronautique et spatiale du monde est une fierté pour notre pays. A quelques encablures d'Aulnay-sous-Bois, où l'usine PSA a fermé ses portes, c'est surtout le symbole que l'industrie française peut encore avoir de beaux jours devant elle.

Aujourd'hui, plus de la moitié des avions de ligne produits dans le monde sont assemblés par Airbus et un satellite commercial sur deux qui quitte la Terre le fait depuis le sol français. Le secteur est peuplé de leaders mondiaux : Dassault, Safran, Eutelsat, Thales pour ne citer que ces exemples, sans compter la myriade de PME qui composent cette filière d'excellence. 20.000 emplois créés ces quatre dernières années. 8.000 recrutements prévus en 2015. Comment mieux résumer l'espoir que suscite le secteur pour nos jeunes ?

Pour la plupart des Français, Airbus rime avec Toulouse et Ariane avec Kourou. En réalité, avec 100.000 emplois et l'essentiel de l'effort de recherche du secteur, l'Ile-de-France est la première région aérospatiale française et l'une des premières du monde.

L'aérospatiale, ce n'est donc pas seulement un secteur stratégique pour notre indépendance parce qu'il nous garantit l'accès et la maîtrise du ciel et de l'espace. C'est aussi un secteur à très haute valeur ajoutée, capable de faire rimer industrie et emplois. C'est encore un secteur en forte croissance qui n'a pas épuisé toutes ses potentialités. Tout dans nos modes de vie conduit à plus de satellites. La démographie, l'élévation mondiale du niveau de vie, le besoin et le désir de voyager concourent de leur côté à toujours plus de vols en avion. D'ici à vingt ans, la flotte mondiale aura doublé. Les opportunités sont donc immenses mais les équilibres économiques restent fragiles.

La Chine va devenir le premier marché aérien mondial et tente à son tour le pari que nous avons relevé dans les années 1980 face aux Américains.

En matière spatiale, des initiatives qui pourraient paraître farfelues si elles n'étaient portées par des personnalités, comme Elon Musk, qui ont su démontrer leur capacité à transformer une idée folle en formidable aventure industrielle, se sont fixé comme objectifs d'ébranler nos positions historiques.

Dans ce monde en mouvement, la France a toutes les cartes en main pour faire de l'aérospatiale une nouvelle frontière industrielle.

Lorsque j'étais ministre de la Recherche, j'avais triplé le crédit d'impôt recherche pour en faire un outil puissant de localisation des centres de recherche et développement privés dans notre pays. Sanctuariser ce crédit d'impôt recherche (CIR), face aux attaques répétées dont il est l'objet, est notre première exigence.

Mais il faut aller plus loin en accélérant la création de nos pôles de recherche mondiaux, dont Saclay.

Il faut aller plus loin en valorisant davantage nos plates-formes aéroportuaires. Nous avons la chance d'avoir en Ile-de-France le premier aéroport continental (Roissy) et le premier aéroport d'affaires (Le Bourget). Il faut accélérer la construction de leurs liaisons directes (le fameux CDG express qu'on attend depuis si longtemps, le prolongement de la ligne 14, la ligne 17) avec la capitale et leur assurer au plus vite une liaison rapide avec nos quartiers d'affaires de la Défense.

Il faut aller plus loin en assurant l'avenir de nos compagnies aériennes face à une concurrence féroce. Il faut adapter nos formations aux enjeux de l'aéronautique de demain.

Il faut décider, dès maintenant, d'accélérer le programme Ariane 6.

Il faut aller plus loin, enfin, en érigeant l'aéronautique et le spatial en véritables enjeux culturels. Pourquoi ne pas imaginer, en partenariat avec les industriels, faire du musée de l'Air et de l'Espace du Bourget – carrefour du futur Grand Paris – un musée aux dimensions du National Air & Space Museum de Washington pour susciter les vocations chez les jeunes Franciliens ?

L'avenir de notre industrie s'écrit aussi dans le ciel.

 

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