INTERVIEW – La présidente LR d'Île-de-France souhaite que la région récupère les compétences de cette nouvelle collectivité, dont le président est élu ce vendredi.

LE FIGARO. – Les 209 élus de la Métropole du Grand Paris élisent ce vendredi leur président. Que pensez-vous de cette élection?

Valérie PÉCRESSE.Patrick Ollier est très solide, et je sais que je pourrai travailler en confiance avec lui, c'est mon seul motif de satisfaction dans la création de cette Métropole!

Qu'attendez-vous des Républicains?

Nous devrons arriver en 2017 avec un projet très fort, le vrai choc de simplification que les Français attendent. La Métropole est dépassée avant même d'avoir été créée, puisqu'une Métropole de 7 millions d'habitants est condamnée à figurer en queue de peloton dans tous les classements internationaux après Londres, Shanghaï, New York… On ne construit pas une Métropole, destinée à rayonner sur le plan international, avec l'ambition d'être plus petite et moins puissante que les autres! La bonne échelle, c'est l'Île-de-France, 12 millions d'habitants. La région devra récupérer l'ensemble des compétences stratégiques de la Métropole. Personnellement, je soutiendrai un candidat à la primaire selon trois critères: son audace et sa capacité de réformer notre pays, sa volonté de simplifier et son aptitude à restaurer l'autorité de l'État. J'attends des candidats qu'ils s'engagent à supprimer la Métropole, mais aussi qu'ils rétablissent le conseiller territorial, élu unique du département et de la région.

Philippe Laurent, maire UDI de Sceaux et candidat à la présidence de la MGP, a vivement critiqué les tractations menées en coulisses en vue des vice-présidences. Qu'en pensez-vous?

Le vice majeur de cette Métropole est qu'elle n'est pas élue au suffrage universel direct. Son fonctionnement est mal compris par les citoyens.

Un mois après votre élection à la présidence de la région Île-de-France, quelles sont vos premières impressions?

La tâche est exaltante, mais je mesure, en même temps, à quel point elle est complexe. La région est un paquebot abritant 15 sites, 31 organismes associés, 11,5 milliards de budget à gérer. Le temps consacré aux négociations entre les différents échelons locaux, qui mobilisent une énergie considérable, est aussi du temps perdu pour le développement des projets franciliens. C'est pour cela que je défends la simplification. C'est de la capacité d'action rendue aux Français alors que le temps est, aujourd'hui, un facteur clef de la réussite économique des territoires.

Quel est votre premier projet fort en matière de développement économique?

Nous créons un conseil stratégique de l'attractivité et de l'emploi, car avant de parler de formation, comme le fait le gouvernement, il faut parler de créations de richesses et donc écouter les entreprises.

Comment comptez-vous diminuer le chômage francilien?

Je demanderai au gouvernement de lever de nombreux blocages. Par exemple, concernant l'apprentissage, nous déplorons jusqu'à 50% de places vides dans certaines formations, alors qu'elles sont payées par la région. Or l'apprentissage ne figure pas dans le logiciel d'orientation en fin de collège de l'Éducation nationale! Je souhaite aussi créer un contrat d'apprentissage senior pour qu'un demandeur d'emploi puisse accéder à tout âge à ce type de formation et se réorienter vers de nouveaux métiers.

Comment allez-vous combler le trou financier de 300 millions d'euros engendré par le pass Navigo à tarif unique?

C'était une décision non financée prise uniquement pour assurer l'élection du candidat de la gauche. Pour sauver ce pass Navigo unique, je vais d'abord supprimer les 75% de réduction dans les transports pour les étrangers en situation irrégulière et lutter résolument contre la fraude. Mais il me manque 150 millions d'euros, auxquels s'ajoutent 140 millions de baisse des dotations voulues par le gouvernement. J'ai demandé à Manuel Valls, qui a cautionné ce «chèque sans provision», d'assumer sa responsabilité dans cette ardoise. J'attends un accord ferme sur le financement, à défaut duquel la région, étranglée financièrement, ne pourra relancer ni l'investissement, ni la formation.

Quand aurez-vous une vision précise des finances régionales?

Nous avons lancé trois audits parallèles: un sur les organismes dépendants de la région, un sur la situation financière et un sur l'organisation de la région. Notre objectif est d'avoir une vision claire pour pouvoir faire mieux avec moins d'argent. Avec une impasse financière de 440 millions d'euros, l'exercice est compliqué.

Quel message avez-vous souhaité envoyer en démissionnant de votre poste de députée des Yvelines?

La droite ne pourra pas revenir sur la question ducumul des mandats, car je crois qu'il y a une demande très forte aujourd'hui exprimée par les Français. Ils veulent des élus mobilisés à plein temps sur leur mandat et dans l'exercice de leur mission. Personnellement, j'en ai tiré les conséquences et j'avais annoncé cette démission, mais je crois qu'il est important, dans le programme des Républicains pour 2017, de ne pas remettre en question cette interdiction du cumul. Je ne suis pas là pour donner des leçons en la matière, mais je veux partager ce que les gens me disent sur le terrain et ce que je ressens. J'ajoute, qu'en ce qui concerne l'Île-de-France, il est radicalement impossible de régler les problèmes régionaux de transports, de logements et d'emplois en faisant deux choses à la fois.

Vous avez posé une charte éthique au cœur de votre premier conseil régional. N'est-ce pas un vœu pieux?

Je veux faire de la région Île-de-France la fabrique de nouvelles pratiques politiques. Nous avons proposé cette charte pour éviter que ne se reproduisent les errements du passé, tels les recrutements familiaux, les installations d'élus dans les logements du parc social, les rapports opaques confiés en catimini aux amis politiques et jamais publiés… Tout ce qui a terni l'image de la politique. Je me félicite que cette charte ait été adoptée par 75% du conseil régional, de nombreux élus ayant manifestement voulu écrire une nouvelle page et tirer un trait sur le passé.

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