La présidente de la région Ile-de-France attend de connaître les programmes des candidats à la primaire pour annoncer son soutien. Mais elle se dit prête à aider Nathalie Kosciusko-Morizet à y concourir

Féministe, Valérie Pécresse ? La présidente (LR) de la région Ile-de-France s’alarme de la faible représentation des femmes en politique, notamment aux postes de responsabilité, et dénonce « une régression » depuis le quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Les femmes demeurent sous-représentées à l’Assemblée nationale. Pourquoi ?

Malheureusement, j’ai l’impression que la parité ne progresse que sous la menace et par la force : la menace des pénalités financières pour les élections législatives et la force de la loi pour les départementales (qui impose des binômes paritaires, NDLR). Dès qu’on laisse le système s’autoréguler, on assiste à des retours en arrière. Cela vaut pour Les Républicains, mais la gauche ne fait pas mieux. Dans le gouvernement de Manuel Valls aujourd’hui, aucun ministère régalien n’est dirigé par une femme alors que Nicolas Sarkozy avait, lui, confié l’Intérieur, la Justice puis les Affaires étrangères à Michèle Alliot-Marie. Il en va de même pour l’Economie et le Budget, tenu par des hommes après le passage de Christine Lagarde. C’est très révélateur d’une certaine conception de la femme : elle peut être ministre de l’Education, des Affaires sociales, des Droits des femmes, mais elle n’est pas jugée légitime aux postes clés du pouvoir.

Certains l’expliquent par un manque d’expérience des femmes politiques…

C’est faux, le vivier existe ! Mais la politique reste un monde d’hommes, pensé par les hommes et pour les hommes. Quand on est une femme, il faut enfoncer la porte pour s’y faire une place. On peut y arriver, mais rares sont celles qui osent et qui s’accrochent. Car le vrai problème, c’est la dureté du monde politique. Le débat est tellement âpre que les femmes sur lesquelles nous parions finissent souvent par jeter l’éponge. Elles ne se sentent pas assez soutenues. Moi-même, j’ai failli tout plaquer, notamment après la guerre Copé-Fillon en 2012 (elle soutenait Fillon dans la course à la présidence de l’UMP, NDLR).

Existe-t-il une approche féminine de la politique ?

Oui, tout simplement parce que nos centres d’intérêt ne sont pas toujours les mêmes que ceux des hommes. Moi, je n’ai jamais joué à la Barbie, j’aime le foot et je pratique un peu la boxe. Bref, j’ai toujours eu un côté garçon manqué, mais il y a des sujets auxquels je prête plus d’attention que ne le font les hommes. Un exemple : quand j’étais ministre de l’Enseignement supérieur, j’ai découvert qu’il n’existait pas de congé maternité pour les doctorantes. Personne n’y avait songé avant moi, alors que ça m’a sauté aux yeux ! J’ai donc créé le contrat doctoral qui permet aux femmes de concilier leur désir de maternité et leur volonté de terminer leur thèse.

Les candidats à la primaire ne parlent pas, dans leurs programmes, de la place de la femme dans la société…

Oui, et c’est dramatique ! La mixité hommes-femmes est un enjeu majeur de l’équilibre de la société, elle est constitutive de notre identité. Faut-il rappeler que la femme française tenait salon littéraire au XVIIe siècle, qu’elle a été pour le monde entier le modèle d’une femme libérée, émancipée, savante et éduquée ? Nous avions élaboré un système unique au monde qui permettait aux femmes de travailler et d’avoir des enfants sans sacrifier l’un à l’autre et aujourd’hui, il est battu en brèche et personne n’en parle ? Nous devons mettre ce sujet au cœur du débat de la primaire – qui ne doit pas se limiter au refus de la burka ! – et marteler que l’identité de la France repose sur la mixité et la promotion des femmes. Voilà aussi pourquoi il faut qu’il y ait une femme candidate à la primaire !

Mais Nathalie Kosciusko-Morizet n’a toujours pas les parrainages nécessaires pour concourir…

Oui, et j’avais décidé de ne parrainer personne car j’attends de connaître les projets des candidats pour déterminer qui je choisirai. Mais cette question de la place des femmes dans la société est tellement délaissée que j’ai changé d’avis. S’il manque un parrainage à Nathalie pour être candidate, elle aura le mien. Cela ne signifie pas que je la soutiendrai politiquement car je ne connais pas encore son projet et je ne suis pas sûre d’être totalement en phase avec elle. Mais les femmes doivent pouvoir s’exprimer, participer aux débats politiques et prétendre aux postes à responsabilité. Il est de mon devoir de les y encourager, car je suis inquiète. Je ne peux pas laisser le monopole de la représentation de la femme à Marine Le Pen (Front national) ou à Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière).

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