INTERVIEW Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, riposte aux contestations des sarkozystes : « Il n’est pas question que cette élection se transforme en primaire permanente »

Les républicains étaient réunis hier en conseil national afin d’afficher leur rassemblement derrière le candidat, mais on a, cette semaine, entendu beaucoup de critiques à droite contre François Fillon. Cela vous inquiète-t-il ?

La primaire est close. C’est un succès, salué par tous. Il faut prolonger son élan et certainement pas le gâcher avec des états d’âme. Il y a un temps pour tout : un temps pour affirmer ses différences, ses préférences, ses nuances, ses ambitions aussi. Et puis un temps pour se rassembler et se mettre au service de l’intérêt collectif. Aujourd’hui, il faut aller de l’avant, derrière le patron. Et le patron, c’est Fillon.

Vous dites à ceux qui critiquent : « le temps des ego, ça suffit » ?

Il faut savoir finir une primaire ! Le débat a été tranché par nos électeurs. Il n’est pas question que cette élection se transforme en primaire permanente. Il n’y a pas de place pour une primaire bis.

Pensez-vous, comme laurent Wauquiez et Christian Estrosi, les critiqueurs en chef, que François Fillon doit s’adresser davantage aux classes populaires et que le mot social « n’est pas une grossièreté » ?

Lors de la primaire, nos électeurs n’ont pas seulement choisi un homme ; ils ont choisi une ligne politique. La moindre des choses, c’est de respecter leur vote. Leur choix est massif et sans appel. Ils pensent que c’est une réforme puissante qui redonnera de l’espoir au pays, qui permettra de recréer de l’emploi et donc d’agir en faveur des classes moyennes et des travailleurs pauvres. Aujourd’hui, c’est le temps du rassemblement. Nicolas Sarkozy a eu beaucoup d’élégance et beaucoup de classe dans son soutien à François Fillon. Tous ceux qui se réclament de lui doivent être à la hauteur.

Des sarkozystes estiment avoir été maltraités par Fillon…

Chacun peut avoir ses souhaits et ses ambitions mais nos électeurs ne pardonneront pas à ceux qui sèment des graines de division. Nous avons une responsabilité historique : redresser la France. Nous devons nous battre pour gagner. Il ne faut pas se tromper de cible. Aujourd’hui, François Fillon est sous le tir croisé de l’extrême droite – parce qu’il est allé sur le terrain des valeurs qu’elle pensait être sa chasse gardée – et de la gauche, qui essaie de refaire le coup de « au secours la droite revient » et de faire croire qu’elle est dans l’opposition alors qu’elle gouverne. Aussi faut-il un bouclier pour protéger notre candidat. Notre bouclier, c’est notre unité. Nous devons réserver nos flèches à nos adversaires.

Ce vent de contestation augure-t-il d’une fronde à droite comme il y a eu une fronde à gauche contre François hollande ?

Je n’y crois pas du tout. À gauche, Manuel Valls a théorisé les deux gauches irréconciliables. Mais à droite, il n’y a que des nuances tout à fait surmontables. Sur la notion de pouvoir d’achat et le fait que le travail doit payer davantage que l’assistance par exemple, nous sommes absolument tous d’accord, et cela passe par la baisse des charges salariales défendue par François Fillon. C’est une mesure très forte grâce à laquelle le salaire net sera plus élevé, pour que tous ceux qui travaillent y gagnent.

Êtes-vous réconciliée avec François Fillon ?

Ma relation avec François est ancienne et s’est nouée dans des périodes très difficiles. Trois semaines de campagne ne peuvent pas effacer huit années de travail en commun.

[Pause. Elle plante ses yeux dans les nôtres.] On s’est retrouvés, oui.

Quel rôle comptez-vous jouer dans sa campagne ? Un rôle d’autant plus libre et

désintéressé que je ne demande rien. Je n’attends rien ; je n’ai pas l’intention de quitter la présidence de la Région. Cela me permet de dire les choses de manière très franche quand j’en ressens la nécessité.

« Libre »« désintéressée »… sur ce point, laurent Wauquiez dit à peu près la même chose que vous…

[Moue amusée.] Moi je veux qu’on gagne, et je mettrai toutes mes forces dans cette bataille.

vous soupçonnez donc laurent Wauquiez de ne pas souhaiter la victoire de François Fillon ?

Ne déformez pas mes propos, je dis simplement : il faut s’unir pour gagner.

le phénomène Macron est-il un danger pour François Fillon ?

Emmanuel Macron n’est qu’un énième avatar de François Hollande. Il faut qu’on se protège contre tous ces avatars. Ils ont donné leur meilleur pendant cinq ans et on a vu ce que ça donnait…

Tenez-vous Macron pour le meilleur d’entre ces avatars ?

Macron, c’est le grand flou : on ne sait pas ce qu’il veut et j’attends qu’il clarifie sa position sur toute une série de sujets : chômage, dépenses publiques, impôts, sécurité…

Avez-vous regardé le débat de la primaire jeudi soir ?

Oui, et je ne les ai trouvés ni lucides, ni crédibles, ni imaginatifs. Pour tout vous dire, je me suis ennuyée. Il se peut qu’à un moment donné je me sois endormie, mais les yeux ouverts…

François de rugy ne vous a pas réveillée ?

[Sourire.] Il est beaucoup plus à droite que je ne le pensais…

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