Discours de Valérie Pécresse, Présidente de la Région Île-de-France au Salon International de l'Agriculture Inauguration du stand Île-de-France Dimanche 26 février 2017

 

Monsieur le Président du CERVIA, Cher Gérard

Mesdames et Messieurs les Députés,

Mesdames et Messieurs les Sénateurs, Chère Anne, Chère Sophie, Cher Pierre,

Mesdames et Messieurs les Conseillers régionaux,

Mesdames et Messieurs les élus professionnels

Mesdames et Messieurs, chers amis,

 

Il y a un an presque jour pour jour, en pleine crise agricole, je faisais le constat que pour la première fois, personne n'avait envie de faire la fête dans les allées de la plus grande ferme de France.

Jamais, en vous disant cela je n'aurais pu imaginer que la fête serait plus triste encore un an plus tard.

 

Aux difficultés immenses auxquelles l'année 2016 a apporté son lot d'épreuves supplémentaires, à l'impossibilité de tant de familles d'agriculteurs cette année encore à dégager un revenu, au désarroi et au doute s'ajoute aujourd'hui la tristesse.

Elle est immense.

Elle s'est abattue avec violence sur le monde agricole et tous ceux qui portent pour lui l'ambition de nouvelles conquêtes.

Xavier BEULIN était de ceux-là.

Il s'est battu toute sa vie, trop courte, pour mettre l'économie au cœur du débat agricole, il a jeté toute son énergie et toutes ses forces pour que les agriculteurs restent les acteurs à part entière du redressement de notre pays. Il a redonné ses lettres de noblesse à l'acte de produire.

Xavier BEULIN était un bâtisseur. Je l'admirais pour cela.

Mais c'était avant tout un syndicaliste, exigeant pour lui-même, ambitieux pour ses pairs et attentif aux autres.

En pleine moisson, le 1er août dernier, il était venu sur les terres essoniennes pour soutenir les agriculteurs franciliens, frappés par la pire récolte de l'après-guerre.

Avec responsabilité, il avait dessiné les pistes de la stratégie syndicale. Mais avec humanité, il avait surtout exhorté ses collègues à s'occuper de leur voisin, à se serrer les coudes et à ne laisser aucun paysan seul dans sa ferme avec ses difficultés.

Après la sidération, puis la tristesse, vient maintenant le temps de la relève.

Le Président ou la Présidente que les agriculteurs choisiront dans un mois trouvera en moi un partenaire attentif et pourra compter sur l'Ile-de-France à ses côtés pour faire en sorte que l'agriculture reste au cœur du projet pour la Nation.

C'est le sens de mon projet et de mon engagement.

Jamais je n'aurais imaginé qu'il soit si rapidement et si dramatiquement mis à l'épreuve dès la première année de ma mandature.

L'année 2016 restera de sinistre mémoire et malgré tous nos efforts, ses conséquences seront probablement longues à laisser leur empreinte sur la santé des exploitations.

L'agriculture, une fois de plus, a payé cash les désordres climatiques : des terres entières inondées, des pâturages de fond de vallée sous l'eau, des cultures maraîchères dévastées….

En quelques jours, j'ai décidé de débloquer 1 million d'euros pour les communes sinistrées et 1 million d'euros égalementpour les éleveurs et les maraîchers les plus touchés.

Au mois de juin, personne n'était complètement naïf au point d'imaginer que l'onde de choc de cette crue s'arrêterait là.

Nous n'avons même pas attendu que les moissonneuses soient rentrées pour porter ensemble le dramatique diagnostic de la catastrophe annoncée.

Les responsables professionnels m'ont appelé à l'aide dès la mi-juillet et m'ont proposé que la Région soutienne la filière en investissant dans la qualité de la moisson 2017 par la prise en charge du surcoût des semences certifiées.

J'ai donné les instructions pour qu'on débloque immédiatement6,5 millions d'euros.

Les 3 000 agriculteurs qui ont demandé cette aide ont donné raison à l'approche qui a été la nôtre et ce plébiscite devrait faire réfléchir tous ceux qui, dans l'opposition, n'ont eu de cesse d'en contester la forme ou l'équité.

Aujourd'hui les 3 000 agriculteurs franciliens, (soit 4 céréaliers franciliens sur 5) qui ont demandé l'aide de la Région pour sécuriser leur prochaine récolte ont été payés !

Comme nous nous y sommes engagés, nous aiderons également les producteurs de céréales qui n'auraient pas pu bénéficier de l'aide aux semis d'automne et qui auront eu recours au triage à façon pour leur semis de printemps.

Sur la base des factures de triage des entreprises agréées, nous apporterons une aide de 15 euros à l'hectare, soit environ 10euros du quintal de semence de céréales de printemps, y compris de sarrasin, de triticale, d'épeautre ou de quinoa.

Au total, et alors même que le budget 2016 de l'agriculture avait augmenté de 75 % en investissement par rapport au budget dépensé pour le secteur en 2015, ce sont ainsi 7.5 millions d'euros supplémentaires qui auront été débloqués par la Région l'an passé pour venir en aide aux agriculteurs franciliens.

Pour cette année, le budget que nous venons de voter fait encore progresser de 1 million d'euros les crédits dédiés aux investissements agricoles, soit un total de 13 millions d'euros pour l'agriculture.

La Région a montré qu'elle était réactive face à l'urgence et savait prendre ses responsabilités, avec détermination et efficacité.

Mais si savoir être réactif dans le court terme est indispensable, cela ne fait pas une politique.

L'agriculture française est en crise, économique, bien sûr, mais surtout morale l'agriculture française est orpheline d'un contrat clair avec le pays.

Dans l'hémicycle, certains, toujours un peu les mêmes d'ailleurs, opposent une agriculture supposément productiviste à une agriculture qualifiée de paysanne.

Je ne sais pas ce que ça veut dire.

Moi, je ne connais que des paysans.

Et c'est avec eux, collectivement, que j'entends que la Région scelle un nouveau Pacte.

Ce Pacte entre la Région et ses agriculteurs, il est celui de la mandature, il a vocation à être notre feuille de route commune autour de valeurs partagées pour les 5 ans qui viennent. Les groupes de travail ont été lancés et nous le proposerons au vote du Conseil régional avant l'été.

Mais à plus long terme, il a aussi vocation à préparer notre agriculture à un avenir qui devra intégrer le changement climatique, tirer le meilleur parti d'une nouvelle réforme de la PAC, s'approprier les progrès de la numérisation et de la connectivité, apprivoiser les sauts technologiques et les résultats de la recherche, bref devancer son temps pour mieux le maîtriser.

Et pour toutes ces raisons, le Pacte agricole doit d'abord s'adresser avant tout aux jeunes.

Depuis cette année, l'Etat a supprimé les prêts bonifiés jusque-là attribués au moment de l'installation.

En Île-de-France et en lien étroit avec les JA, nous avons fait le choix de remplacer ces prêts par un complément de dotation aux jeunes Agriculteurs (DJA) en accordant un complément proportionnel au volume d'investissement réalisé à l'installation, ce qui s'inscrit pleinement dans la philosophie qui est la nôtre depuis un an.

Au total, cela représente une augmentation de plus 60% en moyenne des aides versées aux jeunes qui s'installent.

Soutenir le projet d'installation c'est essentiel, mais attirer les jeunes l'est plus encore.

C'est la raison pour laquelle nous venons de signer avec les JA, une convention dotée de 150 000 euros pour financer la création d'un site internet sur le métier d'agriculteur et les encourager à aller dans les classes pour donner envie aux élèves de suivre l'exemple de leur passion.

Je veux aussi qu'on se donne les moyens de parler plus et autrement de votre vie, de votre métier, de vos valeurs et du sens de votre travail. Les médias ne parlent plus d'agriculture qu'au travers des pesticides, des abattoirs, des crises et des épidémies. Il faut que les agriculteurs se réapproprient leur propre image et parlent eux-mêmes de leur métier aux français. Je veux les y aider, ici, en Île-de-France.

Je veux qu'on instaure une semaine de l'agriculture francilienne à la fin des moissons et qu'on encourage toutes les communes à participer à cette fête en aidant vos organisations professionnelles à démultiplier les rencontres entre les habitants et leur voisin agriculteur pour renouer le dialogue sous le signe de la convivialité au sein de chaque territoire.

Et puis enfin, les jeunes, ce sont les plus fragiles. Or tous les outils mis en place depuis des décennies se sont concentrés sur l'installation elle-même sans jamais se préoccuper de la suite, ou si peu.

A l'occasion du Pacte Agricole, je veux qu'on trouve les moyens de les aider à se protéger des aléas et qu'on les entoure comme le ferait un business angel.

Je veux qu'on s'occupe de la petite cinquantaine de jeunes qui s'installent chaque année en Île-de-France comme d'une vraie promo de grande Ecole : on leur proposera un programme de formation, de visites, de conférences et de tutorat pour les armer du mieux possible et en faire des entrepreneurs de haut niveau.

Le Pacte agricole doit aussi nous permettre de tirer les enseignements de la catastrophe climatique que nous venons de vivre car tout indique que ce ne sera pas la dernière.

On ne peut plus demander aux agriculteurs de sacrifier leurs terres et leurs cultures pour amortir les crues sans que leur contribution à l'intérêt général ne soit ni reconnue, ni indemnisée.

Dans cet esprit, l'Agence de l'eau Seine Normandie, qui participe aux groupes de travail du Pacte va nous aider à élaborer le cadre d'un protocole-type destiné à être décliné localement et où l'Etat devrait prendre toute sa part aux côtés des collectivités et des agriculteurs.

Nous devons aussi réfléchir aux outils permettant aux agriculteurs de se prémunir contre les crises climatiques et d'améliorer la résilience des exploitations.

La diversification est évidemment le premier de ces leviers.

A cet égard, le programme d'innovation que nous avons lancé en 2016 pour le secteur agricole en le dotant de 1 million d'euros que nous ré-abonderons d'autant cette année portera notamment sur la recherche de nouveaux assolements… Notre politique volontariste d'aide à l'investissement doit aussi contribuer aux projets de nouvelles filières.

Mais si la diversification peut contribuer à atténuer le risque, elle ne l'écarte pas

Au-delà des avancées fiscales qui sont indispensables et auxquelles devra s'attaquer le prochain gouvernement, je souhaite qu'à l'échelle régionale, dans le cadre des réflexions sur le Pacte, on explore la faisabilité juridique et opérationnelle d'un mécanisme paritaire qui pourrait fonctionner en cas de coup dur.

La résilience des exploitations passe également par la captation d'une plus grande part de la valeur ajoutée.

C'est la raison pour laquelle, je suis à 100% derrière tous les projets qui contribuent à accroître la part locale et de proximité dans l'alimentation des franciliens, petits ou grands, à la cantine et à la maison.

Je soutiens à fond la démarche lancée par mon ami Jean Jacques BARBAUX qui travaille avec la Chambre et la FDSEA de Seine et Marne pour construire une grande plateforme d'approvisionnement local pour les collèges et avec mon plein accord, pour les lycéens. C'est un formidable projet qui va sortir de terre et permettre à des milliers de gamins de réapprendre le goût de la terre qui les entoure.

De la même manière, le président de la Chambre interdépartementale d'Île-de-France porte un projet d'approvisionnement comparable à l'Ouest et je lui redis ma disponibilité pour examiner l'appui que pourra lui apporter la Région.

Je veux également aider les agriculteurs à aller au contact de ces 12 millions de consommateurs qui ont soif de produits authentiques, frais et naturels. Je veux les aider à se connecter aux consommateurs, à pénétrer dans les gares franciliennes pour offrir leurs produits au flux quotidiens de millions de franciliens.

Les aides que nous avons créées l'année dernière pour redynamiser le commerce de proximité dans les bourgs et les villages doivent être offertes aux projets de vente directe de produits agricoles.

Dans ce même esprit, je ne veux pas que l'Île-de-Francerate le train de l'Agriculture Biologique qui est en train de prendre de la vitesse alors que 2% seulement de nos terres sont dédiées à la bio aux portes du plus grand bassin de consommation sur ce créneau.

Et dire que l'opposition nous donne des leçons avec un tel résultat et 15 ans de subventions massives aux associations !

L'agriculture biologique ne peut pas, ne peut plus être le pré carré de quelques-uns. C'est l'affaire de tous, ce doit être la vôtre et en tout cas ce sera la mienne.

Je veux donc investir dans la marque SAVEURS BIO Île-de-France et que la profession s'en empare avec volontarisme pour donner un vrai coup d'accélérateur à la capacité de produire BIO en Île-de-France.

C'est à la fois une opportunité formidable et un vrai challenge pour l'agriculture francilienne. Je vous propose de le relever avec le plein soutien de la Région !

Pour cela, le budget  régional 2017 qui est dédié à l'agriculture biologique a été augmenté de plus de 30%.

Je veux aussi que l'agriculture francilienne participe à la grande ambition que je vais présenter dans les mois qui viennent pour les énergies renouvelables en Île-de-France. Je veux que nous investissions de façon beaucoup plus volontariste dans la valorisation du formidable gisement de biomasse qui est le nôtre et que l'Île-de-France sorte de la position infâmante de lanterne rouge dans laquelle nous a relégué l'immobilisme insouciant de nos prédécesseurs. Sur la méthanisation en particulier, je souhaite que les travaux d'élaboration du Pacte agricole servent à identifier les leviers permettant de dépasser les obstacles qui obèrent cette valorisation.

C'est aussi le sens de la stratégie régionale forestière que je présenterai dans les prochains mois au Conseil régional pour valoriser l'exploitation économique de nos massifs, totalement oubliés par les mandatures précédentes.

Le Pacte agricole devra aussi trouver de nouvelles réponses aux enjeux du foncier et de la périurbanité, si névralgiques dans notre région capitale où l'espace est la valeur la plus précieuse et la plus convoitée.

Et sur un dossier dont je sais toute la sensibilité pour de nombreux agriculteurs de l'ouest de la région, je veux que les choses soient très claires : je m'opposerai à tout tracé de la Ligne nouvelle Paris Normandie(LNPN) qui nuirait aux intérêts des agriculteurs.

Et sur l'enjeu du canal Seine Nord Europe dont vous m'avez rappelé l'importance pour les céréales franciliennes, Monsieur le Président, je veux vous rassurer puisque nous voterons dans huit jours une participation régionale de 110 millions d'euros.

Si les infrastructures peuvent être une menace pour l'intégrité et les continuités agricoles, l'urbanisme au quotidien fait aussi l'objet de notre surveillance étroite puisque la région rend un avis sur chaque projet de PLU.

Parce que les documents d'urbanisme sont  étayés par des études à la qualité variable, j'ai décidé de confier à l'IAU, en lien avec la SAFER, l'analyse du retour d'expérience sur les 160 PLU présentés depuis janvier 2016 afin d'évaluer la qualité des études préparatoires et des documents d'urbanisme, leur rigueur et le respect des prescriptions du Schéma directeur au regard de la préservation des terres agricoles.

Ce rapport fera l'objet d'une journée de restitution destinée aux représentants agricoles, aux élus et aux bureaux d'études et nous en tirerons toutes les conséquences.

S'agissant des contraintes fortes de la périurbanité francilienne, je veux que nous nous fixions un objectif simple et pourtant si difficile à atteindre : je veux qu'on arrive ensemble, Région, maires ruraux, habitants et agriculteurs à garder les fermes dans nos villages.

Pour cela, des investissements de voirie, d'aménagement et de déplacements pourront être financés dans le cadre des nouveaux contrats ruraux.

J'en profite pour saluer le travail remarquable que fait Anne CHAIN-LARCHÉ en portant la mise en œuvre du Pacte Rural qui concrétise l'engagement que j'ai pris devant le monde rural de lui rendre la part des financements régionaux qui lui revient de droit.

Pacte Agricole et Pacte Rural sont l'avers et l'envers de la même médaille : l'ambition d'une région équilibrée, vivante, innovante et performante.

Le pavillon Île-de-France est le reflet de cette ambition et des atouts exceptionnels de cette agriculture dont nous sommes fiers : une agriculture forte, innovante, connectée et numérique qui sait tirer le meilleur parti des meilleures d'Europe, mais aussi une agriculture spécialisée de grande qualité qui a 12 millions de consommateurs à la porte de l'exploitation.

Nos prédécesseurs avait placé une Tour Eiffel en carton au centre de la vitrine agricole de la Région, nous nous avons fait le choix d'y placer les agriculteurs eux-mêmes !

Ils sont ici chez eux et nous avons conçu cette miniature de la ferme francilienne avec eux et pour eux.

A cet instant, je voudrais conclure en remerciant Gérard HEBERT et toute l'équipe du CERVIA pour le formidable travail réalisé depuis un an et les féliciter en notre nom à tous pour ce magnifique stand et cette belle semaine qu'ils nous offrent.

Et maintenant, avec une pensée pour Xavier BEULIN, levons notre verre aux paysans d'Île-de-France et d'ailleurs !

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