INTERVIEW – Pour la présidente LR de la région Île-de-France, l'exécutif tarde trop à lancer les réformes structurelles promises. Elle propose que l'État «lâche prise» sur plusieurs compétences qui seraient confiées aux collectivités.

LE FIGARO. – Faut-il à tout prix contraindre le déficit de l'État, y compris en baissant les APL ?

Valérie PÉCRESSE. - Les premiers pas d'Emmanuel Macron ont montré qu'il souhaitait incarner la fonction présidentielle. Objectivement, sur le plan des relations internationales, il s'est montré à la hauteur. En revanche, il y a une sourde inquiétude sur le front intérieur. Où est l'audace des réformes aujourd'hui? Il y a urgence. À mon sens, la stratégie de l'État devrait reposer sur un triptyque: renforcer les secteurs régaliens, réformer les règles du jeu économique et social, mais aussi lâcher prise sur certaines compétences en les confiant aux collectivités locales ou au secteur privé. Le risque que je ressens est celui d'une gestion purement comptable et à courte vue. Les coups de rabot, qui ont été pratiqués depuis quinze ans, sont des expédients. Sans vraies réformes, il n'y aura pas de redressement des finances, ni baisse des impôts et, au final, ni relance de la croissance et de l'emploi. Couper brutalement dans les aides au logement pour tous, c'est créer des injustices. Pourquoi tarder à lancer une réforme des aides en créant une prestation sociale unique?

Les efforts demandés au ministère de la Défense sont-ils justifiés ?

Il faut absolument atteindre les 2% du PIB consacrés au budget de la Défense parce que nous sommes en guerre. Il me paraît insensé de demander 850 millions d'économies aujourd'hui en rognant sur les investissements! Que cela soit sur le matériel qui a besoin d'être renouvelé et dont dépend la sécurité de nos soldats. Ou que cela soit sur la rénovation des logements, qui a été trop souvent une variable d'ajustement budgétaire. Il faut voir dans quelles conditions nos militaires vivent dans certaines casernes. C'est indigne.

Aujourd'hui en Île-de-France, il y a cinq échelons administratifs. Je défends un statut unique de région-métropole»

Les collectivités peuvent-elles parvenir à économiser 13 milliards d'euros, comme leur demande l'État ?

Cet objectif de 13 milliards devrait porter pour moitié sur les collectivités et pour l'autre sur les structures déconcentrées de l'État, pour supprimer les doublons. L'État doit lâcher prise sur tout ce qu'il fait moins bien que les collectivités. Il ne devrait pas y avoir de ministère de la Formation professionnelle, par exemple, car ces questions devraient être décentralisées au niveau des régions au plus près des bassins d'emploi. Même constat pour les aides au développement économique: la France aide beaucoup moins ses PME que l'Allemagne alors que nous avons beaucoup plus de fonctionnaires qui s'en occupent. Autre exemple: nous avons la mission de lutter contre le décrochage scolaire mais l'État a le fichier des élèves et refuse de le donner! On attend du président Macron qu'il mette fin aux doublons, aux blocages administratifs et aux gaspillages en relançant les réformes. Pourquoi ne pas conclure un pacte de croissance et d'emploi avec les collectivités locales, fondé sur un système de bonus-malus en fonction de leurs résultats? Cela suppose aussi de supprimer les échelons inutiles!

Quel échelon pourrait être supprimé en Île-de-France ?

J'ai plaidé auprès d'Emmanuel Macron pour une simplification radicale. Aujourd'hui en Île-de-France, il y a cinq échelons administratifs. Je défends un statut unique de région-métropole. Cela a trois avantages: avoir une stratégie commune d'aménagement et de développement, simplifier et débureaucratiser pour moins entraver les acteurs locaux et baisser le niveau des dépenses.

Je défends une droite qui soit en même temps bien dans ses valeurs, mais aussi bien dans son époque»

Quelle est la place du mouvement Libres! que vous venez de créer au sein des Républicains ?

Le sujet est celui de notre ligne politique. Je défends une droite qui soit en même temps bien dans ses valeurs, mais aussi bien dans son époque. Je crois à l'autorité, au respect de la loi, à la lutte intransigeante contre le communautarisme et à la défense de notre souveraineté. Mais si nous avons perdu le soutien de tant d'actifs et de jeunes, c'est parce que Les Républicains ont donné le sentiment d'être plus attachés à la France d'hier qu'à celle de demain. Une droite qui n'a pas parlé d'écologie et de social, qui n'a pas su incarner la diversité de la société française, qui n'a pas appliqué les règles de la parité… Par ailleurs, on ne peut pas continuer à faire croire qu'on abrogera le mariage pour tous, ni céder à la facilité et de faire de l'Europe le bouc émissaire de toutes nos lâchetés. Tout est à refonder.

Pourquoi ne pas défendre cette ligne à l'occasion de l'élection du président du parti cet automne ?

Le congrès arrive trop tôt et risquait de virer à une bataille des chefs, dont nos électeurs ne veulent pas. Cela aurait éclipsé le travail sur la ligne que je vais démarrer dès l'automne

Pour réformer la droite de l'intérieur, un modus vivendi est-il possible avec Laurent Wauquiez ?

Je ferai tout pour que la refondation se fasse à l'intérieur.

 

Par Jean-Baptiste Garat

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