Valérie Pécresse, qui souhaite refonder le logiciel de la droite, estime que l'élection pour la présidence de LR en décembre est prématurée.

 

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Pour Emmanuel Macron, les ordonnances modifiant le Code du travail sont une réforme de « transformation profonde du pays ». Vous êtes d'accord avec lui ?

VALÉRIE Pécresse. Cette réforme du Code du travail, nous l'appelions de nos vœux. Elle était dans notre programme à la présidentielle. On ne peut donc qu'être d'accord avec la direction prise par le président de la République, donnant plus de souplesse aux entreprises. Mais je reste tout de même sur ma faim, il aurait pu aller plus loin.

 

C'est-à-dire ?

Par exemple sur le relèvement des seuils pour les PME. Cela aurait permis d'avoir beaucoup moins d'obligations légales et, donc, d'embaucher davantage. Même chose sur la question des 35 heures, totalement absente de ce texte : le temps de travail devrait se négocier dans l'entreprise. Il aurait fallu mettre le paquet tout de suite. Or, pour moi, le maximum n'a pas été fait pour la création d'emplois.

 

La droite votera cette réforme ?

Si j'étais parlementaire, je la voterais. Mais il faut avoir conscience que ce qu'on ne fait pas dans les trois premiers mois, on a du mal à le faire après.

 

Emmanuel Macron estime que la « France est irréformable »…

Cette formule m'a choquée. J'y ai vu une certaine forme de fatalisme, un aveu d'impuissance ou un prétexte à l'inaction. Or, je sais qu'on peut réformer. La droite l'a d'ailleurs prouvé par le passé avec la réforme des retraites, du service minimum, des universités… Qui les conteste encore aujourd'hui ? Si on dit où on va et pourquoi, les Français l'accepteront.

 

Redoutez-vous un automne social ?

Oui, malheureusement. Emmanuel Macron paye les ambiguïtés de sa campagne. Il y a une vraie déception après ces trois premiers mois. A part la réforme du Code du travail, pas grand-chose n'a changé.

 

Il y a tout de même eu la loi sur la moralisation de la vie publique…

Oui. Mais, là aussi, le gouvernement n'est pas allé assez loin, notamment sur la question du casier judiciaire vierge. C'était pourtant l'une des grandes promesses de campagne.

 

Cela ne vous étonne donc pas de voir la cote de popularité du couple exécutif chuter depuis des semaines ?

Non. Emmanuel Macron a lancé une opération de séduction au début de son mandat. Il a su incarner la fonction présidentielle. C'est un fait. Mais, à côté de cela, il y a un espoir déçu chez les Français, parce qu'il y avait une attente de changement massif. Or, je le redis, le bilan des trois premiers mois est tout de même bien maigre. Sans parler du sentiment d'injustice qui a suivi les coups de rabot sur les APL, le budget de l'armée et des collectivités locales, la hausse de la CSG, etc.

 

Laurent Wauquiez, candidat à la présidence des Républicains, veut une « droite fière de ses valeurs », « sans filet d'eau tiède ». Qu'en pensez-vous ?

Nous devons tirer les leçons de nos deux défaites, celles de 2012 et 2017. A chaque fois, on a eu le réflexe de se recroqueviller vers le noyau dur de la droite. Or, comme le disait lui-même Nicolas Sarkozy : « Quand la droite se rétrécit, elle perd. Quand elle s'élargit, elle gagne. » Le sujet, pour moi, c'est donc d'élargir la droite, de l'oxygéner, d'ouvrir les portes et les fenêtres pour redonner une envie de droite aux Français. Et je ne crois pas que l'on y arrivera en reprenant les mêmes mots, le même logiciel, les mêmes pratiques et les mêmes solutions.

 

La droite dure, ce n'est pas votre tasse de thé ?

Je suis gaulliste sociale, entrée en politique auprès de Jacques Chirac. Cela veut dire que je crois à l'autorité et que je veux lutter contre les injustices. Contrairement à Patrick Buisson (NDLR : l'ancien conseiller très droitier de Nicolas Sarkozy), je ne renonce pas à résoudre les difficultés économiques et sociales des Français et je refuse le repli identitaire. Nous devons être fiers de nos valeurs et bien dans notre époque.

 

Si Wauquiez gagne sur cette ligne identitaire, cela la validera…

Nos militants sont le socle de notre famille politique et je salue leur engagement. Mais, au-delà des militants, il y a aussi les Français qui se sont détournés de nous. Si on veut retrouver notre crédibilité, il faut retrouver le coeur des Français, en redonnant une envie de droite. Et sans porosité avec le Front national. C'est la ligne rouge.

 

Pourtant, dans les meetings de Wauquiez, cette porosité existe…

Si la droite met les doigts dans cet engrenage-là, ça ne sera plus la droite. Ce ne sera plus ma droite. Je veux rester dans ma famille politique, car c'est mon ADN, mais créer un espace de liberté de pensée pour peser sur la ligne politique.

 

C'est aussi pour cela que vous lancez votre mouvement Libres! ?

Exactement. C'est indispensable pour refonder le logiciel de la droite et rester unis, tout en ramenant à nous toutes les bonnes volontés émanant de la société civile. Je lance ce mouvement pour une droite ferme, sociale et réformatrice qui aura à coeur de faire émerger de nouveaux visages. Le général de Gaulle disait que la droite, c'est le métro à 18 heures. Eh bien, cela fait belle lurette qu'on ne s'adresse plus à cette France-là.

 

Mais ne serait-il pas plus simple de porter ce combat en étant candidate à la présidence de LR ?

Non, j'ai choisi ma région, car je m'étais engagée à la présider sans cumul. Cette élection est prématurée. La priorité, c'est le travail sur la ligne, qui ne peut pas se refonder en trois mois, soyons raisonnables. Il faut être inventif et créatif, et mon sentiment, c'est qu'on ne peut pas le faire dans un parti. Dans un parti, il faut sans cesse faire des compromis, tout est cadenassé. Depuis dix ans, ce sont les mouvements politiques ouverts à la société civile qui ont apporté les idées neuves, à gauche comme à droite : Désirs d'avenir de Ségolène Royal, Force républicaine de François Fillon, En marche ! d'Emmanuel Macron.

 

Un sondage vous a récemment placée en tête des personnalités les plus populaires à droite. Flattée ?

Cela montre que ma ligne est peut-être majoritaire…

 

Y a-t-il un risque d'éclatement du parti si Wauquiez gagne ?

Le risque existe. Pour le conjurer, on doit assumer nos différences et ne pas chercher à les étouffer.

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