Chers collègues,

En juillet dernier, le président de la République a initié une réflexion salutaire sur l’avenir de l’Ile de France.

Un chantier bienvenu alors que la complexité administrative de notre région a atteint des sommets.

Un exercice dont nous attendions tous beaucoup, mais qui présente d’emblée des limites : si l’on n’y prend garde, cette réforme territoriale pourrait déboucher sur un contresens historique.

Les solutions ne sont pas théoriques. Elles s’écoutent au plus près des Franciliens. Et sur le terrain, voilà ce qu’ils nous disent.

 

Les Franciliens nous disent : simplifiez !

Avec la métropole du Grand Paris est né un nouveau monstre bureaucratique, qui s’est intercalé dans une organisation administrative déjà saturée. Ses missions n’ont jamais été claires et sa légitimité démocratique toujours contestée. Là où il aurait fallu simplifier, le législateur a créé  2 nouveaux niveaux d’administration, sans rien supprimer et sans régler les épineux problèmes découlant de ce mille-feuille administratif :  compétences qui se doublonnent, incapacité de la métropole à s’affirmer  face au poids de la Ville de Paris, difficulté à fonctionner avec 130 communes et 12 établissements publics territoriaux.

Il y a quelques années, Dominique Voynet dans une tribune au Monde avait déjà dénoncé les « faiblesses démocratiques » d’un projet qui fait reculer l’égalité entre les territoires et favorise « le cumul des responsabilités, la multiplication des strates et l’éloignement des citoyens ».

Et on voudrait aujourd’hui donner plus de pouvoir à cette métropole ?

Le mille-feuille administratif n’est pas seulement une de ces curiosités françaises qui prêtent à sourire. Il s’agit d’un véritable boulet qui décourage les entreprises françaises et étrangères à venir s’implanter chez nous, à créer de l’emploi, à innover. Les investisseurs ont cruellement besoin de lisibilité et de simplicité. Je prends la mesure de cet obstacle à chacun de mes déplacements à l’étranger. Pourquoi prendre le risque de casser la dynamique que nous avons enclenchée depuis plusieurs mois ?


Les Franciliens, dans un contexte de crise, nous disent : davantage de solidarité !

A rebours de cet objectif, la Métropole du Grand Paris a introduit une fracture entre Paris et sa petite couronne d’un côté, et les marches de l’Ile-de-France de l’autre. Elle a cassé la solidarité entre les territoires de la région, entre les communes rurales et les communes urbaines.

Il s’agit pourtant d’une solidarité fondée sur une communauté de destin. Les franciliens qui travaillent en zone centrale habitent bien souvent la grande couronne et utilisent les transports régionaux pour leurs trajets quotidiens. La révolution des transports que nous avons initiée rend compte de cette nécessité de relier tous les territoires de l’Ile de France.

J’entends certains proposer de retrancher Roissy et Saclay de la grande couronne pour agrandir la Métropole. Retrancher à la grande couronne les territoires les plus innovants ? Déjà, les 5 millions d’habitants de la grande couronne se mobilisent contre « la métropole des riches ». Qu’allons-nous leur répondre ?  Quelle solidarité quand les habitants de la grande couronne se sentent laissés pour compte du fait métropolitain, des investissements publics de la croissance économique ?

Cette idée, si elle devait se concrétiser, ruinerait tout le travail auquel nous nous livrons depuis deux ans à la Région et qui consister à résorber les fractures territoriales, économiques, éducatives et sociales en ile-de-France.

Seule une Métropole à l’échelle de la Région peut résorber les disparités existantes et déployer des politiques de redistribution ambitieuses.


Les Franciliens nous disent ensuite: voyez grand!  

         Imaginer une métropole dans la seule petite couronne, c’est ignorer les grandes tendances démographiques et économiques à l’œuvre en Ile de France.

Aujourd’hui, c’est hors de la petite couronne que la dynamique de croissance démographique est la plus forte : selon l’INSEE, la croissance démographique à l’horizon 2050 sera de 1% à Paris, mais de 13% en Seine-et-Marne, 7% dans les Yvelines, 10% en Essonne, 6% dans le Val d’Oise.

Les aires économiques et les centres de recherche s’étendent visiblement depuis 15 ans hors de la ville de Paris et convergent résolument autour de nouveaux pôles de développement (Saclay, Marne-la-Vallée, la Vallée de la Seine, le Grand-Roissy-le Bourget, La Défense) : 4600 entreprises ont déménagé pour s’installer en grande couronne en traversant les limites de l’actuelle Métropole entre 2009 et 2014.

Seule une métropole à l’échelle de la Région Ile-de-France a la taille (12 millions d’habitants) et la richesse (650 Mds € de PIB) pour rivaliser avec les grandes métropoles mondiales et avec notre seul concurrent européen : Londres.


Les Franciliens nous disent : pensez l’avenir!  

Confier le plan climat-air-énergie et le schéma directeur des réseaux de distribution d'énergie métropolitains à une Métropole amputée des départements de la Grande Couronne, c’est s’interdire la mise en œuvre d’une stratégie globale pour l’Ile de France de demain.

A l’inverse, intégrer les zones rurales dans la métropole dessine le projet résolument novateur d’une « métropole écologique » qui, à l’heure du télétravail, des circuits courts alimentaires et de l’entrepreneuriat, revêt seule du sens.  


N’oublions jamais qu’un épi de blé sur deux produit en Ile-de-France va à la production du pain que mangent quotidiennement les 12 millions de Franciliens. Que nos légumes viennent de Montesson ou de la Plaine de Chailly. Que ce sont les terres agricoles et les grands massifs forestiers qui seuls peuvent fixer le carbone émis par la croissance de la centralité minéralisée.

Les Franciliens nous disent enfin: baissez les dépenses de fonctionnement !

Passons sur le coût faramineux du maintien d’un Conseil de Métropole, des indemnités de près de 200 personnes. Baisser les dépenses, c’est d’abord rationnaliser les coûts.

La gouvernance métropolitaine doit être repensée à l’échelle de ses 12 millions d’habitants. Ce modèle, proche de celui voulu par le Grand Londres, est « prêt à l’emploi » du fait de la masse critique administrative de la Région IDF – qui a déjà les compétences et des budgets sur lesquels le nouvel ensemble fusionné Région-Métropole pourra s’appuyer. Des budgets dont nous avons d’ailleurs démontré qu’ils pouvaient être maîtrises puisque ce sont près de 253 millions d’euros d’économies que nous avons réalisées depuis 2016.

Cette fusion serait l’occasion de faire de l’Ile de France le laboratoire de l’administration française de demain.

Ce modèle a enfin le mérite de pouvoir être opérationnel rapidement, dès le début de l’année 2018. A l’heure des  JO, du Grands Paris Express, de l’expo universelle, nous aurions tort de perdre de l’énergie et de prendre du retard pour des questions de mécaniques institutionnelles.

 

Vous le voyez, j’ai la conviction – et je la crois partagée par nombre d’entre vous sur les bancs de cette assemblée – que la région est la seule échelle pertinente si l’on veut devenir la première métropole européenne et résorber les fractures qui minent notre région.

Il est temps d’agir. Mais ne nous trompons pas de direction.  Vous pouvez compter sur moi pour mettre toute mon énergie dans ce combat car il n’y aurait rien de pire que de reconstruire un nouveau périphérique entre les territoires et de laisser sur le côté des millions de Franciliens.

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