Fondatrice du mouvement Libres !, Valérie Pécresse prévient Laurent Wauquiez et Les Républicains : “Si la droite devait céder à la tentation de l’alliance avec l’extrême droite, elle finirait par être absorbée par les partis populistes.

 

Les populistes ont pris le pouvoir en Italie. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Ce gouvernement s’est fait élire sur la base de promesses déraisonnables. Il peut mettre en danger la cohésion européenne. Mais cette aventure incertaine qu’ont choisie les Italiens peut être également un vaccin salutaire pour l’Europe en ce qu’elle permettra de démontrer que le populisme est une voie sans issue qui mène les Etats à la faillite.

 

La France est également parcourue, élection après élection, par cette même colère froide. Comment expliquer ces votes sinon que parce que les réponses qu’apportent les partis dits de gouvernement sont très éloignées des attentes des peuples européens ?

Les partis de gouvernement ont déçu. Ils ont renoncé à défendre un certain nombre de valeurs qui étaient au cœur de leur projet. A droite, nous n’avons pas su être efficaces, nous ne sommes pas allés au bout des réformes que nos électeurs attendaient de nous. On en paie aujourd’hui le prix. Cela vaut aussi pour la gauche. François Hollande n’a pas apporté les progrès politique et social qu’il promettait. Les partis populistes sont le réceptacle de ces déceptions. C’est pourquoi il nous faut relever les partis de gouvernement. C’est une tâche compliquée. Il est beaucoup plus ardu de relever un parti de gouvernement que de souffler sur les braises du populisme.

 

Cette tentation populiste touche-t-elle la droite ?

Elle touche la France… Le soulagement de tous ceux qui votent pour les partis de gouvernement à l’élection d’Emmanuel Macron leur a fait trop rapidement oublié que la dernière présidentielle s’est jouée sur le fil du rasoir.  On a échappé d’un rien à un deuxième tour Mélenchon / Le Pen.

 

Certes… Mais à vous entendre ces derniers mois, on a surtout l’impression que vous mettez en garde Les Républicains…

La droite des solutions, la droite authentique, celle qui a toujours refusé de s’allier à l’extrême droite, si elle devait céder à cette tentation finirait par être absorbée par les partis populistes. Leurs réponses démagogiques peuvent séduire l’opinion et les cautionner c’est leur faire la courte échelle.

 

Mais quel espace reste-t-il à la droite ?

Le président cherche à occuper un espace central. Comme Tony Blair, Emmanuel Macron a imposé à la gauche qui était dans un état de délabrement avancé, son aggiornamento libéral. Mais pour le reste, il a le même logiciel « terra-novien » que le vieux PS. Sa politique pénale ressemble à du « Taubira light ». Il a une vision communautariste de la société, comme  quand il prétend que deux mâles blancs ne peuvent pas s’occuper des banlieues. Quand on comprend son corpus d’idées, il devient évident que la droite conserve un espace politique face à lui.

 

Quand le président renonce à déverser des milliards pour les banlieues, qu’il parle de ces « imans de haine et de mort », n’avez pas l’impression qu’il préempte tout l’espace ?

Les habilités sémantiques d’Emmanuel Macron masquent les insuffisances du fond. Si les beaux discours qu’il prononce se traduisaient en acte, j’applaudirais, mais la réalité est tout autre.

 

Et Gérard Collomb qui parle de « benchmark de l’asile »…

J’ai fait supprimer l’aide aux transports pour les personnes en situation irrégulière et leur famille. Cette aide est une véritable prime à l’illégalité. Elle coûte 42 millions d’euros par an à la région et concerne 115 000 clandestins. Le tribunal administratif a annulé cette mesure. J’ai fait appel et j’ai demandé au ministre de l’Intérieur d’inscrire sa suppression dans la loi asile. Il a refusé. Gérard Collomb est dans une ambigüité permanente qu’il ne peut lever parce que sa majorité est de gauche.

 

La droite qui résiste au populisme, selon vos mots, est-elle vraiment en adéquation avec ce qui reste de son électorat ?

Vous oubliez une question importante : le gouvernement va-t-il réussir ? Je le souhaite pour la France. Voilà pourquoi j’ai décidé d’être « Libres ! », pour soutenir des réformes nécessaires pour le pays et être une opposante aiguillon qui pousse à aller encore plus loin, comme je l’ai fait sur le service plein aux heures de pointe en cas de grève. Car je ne crois pas qu’Emmanuel Macron aura suffisamment d’audace réformatrice dans la durée. C’est pourquoi il lui faut une opposition. Le président est tenté par un exercice solitaire et omniscient du pouvoir. Sa politique a des angles morts : sur le rétablissement de l’autorité, le communautarisme, les impôts. L’opposition se doit de les dénoncer et de construire un projet alternatif.

 

Sur les sujets régaliens, vos réponses ne sont elles pas timorées en comparaison de celles proposées par Laurent Wauquiez ?

Mes réponses sont plus fortes parce qu’elles sont efficaces. En matière de terrorisme, il propose la rétention administrative des fichés S. C’est inefficace, car intenable sur la durée. Une proposition irréalisable n’est pas un gage de fermeté. Pour ma part, je propose de créer une nouvelle incrimination d’intelligence avec l’ennemi pour traduire en justice les personnes radicalisées avant qu’ils ne commettent un attentat. C’est efficace et réalisable. Voilà ma méthode : nos électeurs cherchent des solutions crédibles ; ils veulent un parti de gouvernement. Pour moi, le salut ne réside pas dans le fait de singer le FN, mais consiste à proposer une solution alternative crédible.


Qui sont les figures tutélaires de la droite Pécresse ?

Je ne suis pas une femme sous influence idéologique. Je suis en revanche une lectrice assidue de tous ceux qui peuvent contribuer à nourrir la réflexion de la droite. De Denis Tillinac à Jean Tirole, sans oublier Thibault de Montbrial, Hakim El Karoui, Gilles Kepel, Robin Rivaton, Jean-François Colosimo, François-Xavier Bellamy, Laurent Bouvet… J’aime les analyses de Christophe Guilluy sur la France périphérique. Il explique très bien que la France périphérique n’est pas la France rurale mais la France qui se situe à proximité des grands ensembles, celle des villes moyennes, qui commence à deux encablures du périphérique parisien.


Vous avez dit dans Le Point préférer le Houellebecq de la Carte et le territoire à celui de Soumission…

Je connais Michel Houellebecq depuis un certain temps. J’ai toujours trouvé qu’il avait des fulgurances pour décrire la société française. Je ne partage pas toutes ses intuitions mais dans La carte et le territoire, il pose la question de l’avenir à offrir aux territoires. Il pense l’avenir, n’oppose pas l’urbain et le rural, et il a bien raison. Dans Soumission, sa description de la montée du communautarisme est extrêmement intéressante, bien sûr.

 

C’est aussi l’histoire d’une résignation de la société française face à l’islamisation…

Je suis issue d’une famille de résistants gaullistes, donc la soumission n’est pas dans mon ADN. J’attends d’ailleurs de la part du président qu’il dise enfin que la loi est au-dessus de la foi. Voilà la réponse, dépassionnée, sereine et inattaquable à apporter à la montée du communautarisme. On a imposé cette règle à l’Eglise catholique, parfois dans la douleur, encore récemment avec le mariage pour tous. On l’a imposée à la religion juive. On ne l’a pas fait avec la religion musulmane parce qu’on n’a pas été capables d’aborder ce sujet sereinement. Le président doit avoir cette parole forte. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. On ne peut continuer à faire des phrases alambiquées sur ce sujet.

 

En créant votre mouvement, vous aviez dit que vous ne vous interdisiez pas de quitter les Républicains si nécessaire… Quel bilan d’étape faites-vous à l’issue de ces premiers mois d’existence ? 

Ceux qui rejoignent « Libres » sont en recherche d’une nouvelle offre politique. Ils restent sceptiques vis-à-vis de Macron, dont ils voient les angles morts et la fragilité, et ne veulent pas d’une droite qui sombre dans le populisme. De nombreux Français cherchent aujourd’hui une alternance de droite, fondée sur ses valeurs : autorité, travail, Europe, humanisme et appliquées à la France d’aujourd’hui. Je suis utile car je porte ce message, qui élargit la droite et apporte de nouvelles idées à un logiciel de droite trop daté.

 

Interview à Valeurs Actuelles par Geoffroy Lejeune & Raphaël Stainville

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