INTERVIEW – La présidente de Libres! sera présente au conseil national des Républicains, samedi, pour présenter son projet sur l'Europe.

 

LE FIGARO. – Vous serez samedi au conseil national de LR pour présenter vos propositions sur l'Europe. Sont-elles si différentes de celles de LR?

Valérie PÉCRESSE. - Le projet pour l'Europe «Patriotes et européens» que je défends est de nature à réconcilier les droites. C'est à la fois un projet de réforme profonde de l'Europe à 27 et un vibrant plaidoyer européen. Les soutiens très divers qu'il reçoit, de La Droite forte jusqu'au centre, montrent qu'il rassemble. Il n'y a pas de droits d'auteur sur ces propositions! Si Les Républicains veulent se l'approprier, je dis «banco».

 

Quelles propositions de Libres! voulez-vous voir inscrites dans le projet LR ?

Je souhaite que les LR s'engagent dans un projet eurolucide mais puissamment proeuropéen. Sans cette ambition, il n'y aura pas de réponses aux menaces et aux défis du monde chaotique actuel. Ni fuite en avant avec de nouveaux élargissements ou des transferts de souveraineté, ni table rase: je suis contre la théorie des cercles concentriques qui conduirait au démantèlement et au rétrécissement de l'Europe. Réduire l'Europe à 12 membres, ce n'est pas crédible. Avec qui? Que fait-on de l'Italie? du Portugal, des pays de l'Est? Face à Trump, à la Chine, à Poutine et au péril terroriste, nous n'avons d'autre stratégie que de sauver l'Europe à 27. Je suis tout autant contre la création d'un Parlement de la zone euro voulue par Emmanuel Macron qui créerait deux Europe politiques.

 

Mais comment trouver des accords dans une Europe à 27 ?

Le séisme de l'arrivée au pouvoir des populistes, le Brexit… tout cela commande un sursaut des proeuropéens. Jamais une élection européenne n'aura autant concerné les Français car leur avenir va en dépendre sur l'emploi, la sécurité, l'environnement, l'alimentation et même la protection de leurs données personnelles. Notre réponse ne peut pas être la fermeture des frontières françaises ou la proposition d'un nouveau traité, contre lequel voteraient les Français. À nous, politiques, de prendre nos responsabilités pour réinventer l'Europe.

 

Comment comptez-vous vendre cette idée de «plus d'Europe» aux opinions publiques européennes alors que s'exprime un fort euroscepticisme ?

Tant que chaque pays européen aura sa stratégie migratoire, nous n'y arriverons pas. J'ai un problème très clair avec le gouvernement d'Emmanuel Macron qui est dans l'incantation mais pas dans les actes. Il y a six mois, j'ai demandé la publication mensuelle du nombre de reconduites à la frontière et les noms des pays dans lesquels les migrants en situation irrégulière sont reconduits. Il nous faut un tableau de bord. Nous avons démantelé un camp de migrants à La Chapelle, mais que sont-ils devenus? Pudiquement, on parle de «mises à l'abri», mais il s'agit en réalité d'une répartition de personnes en situation irrégulière en banlieue.

 

L'Europe connaît une forte crise migratoire. Comment y répondre ?

Il est temps de revoir Schengen, Dublin et Le Touquet. Notre seule obsession doit être la maîtrise et le contrôle des frontières de Schengen et des flux migratoires. Il faut aller très vite. Tous ceux qui voudront être dans Schengen devront assurer le contrôle efficace de leurs frontières. Je suis favorable à une taxe sur les visas des non-européens pour financer un vrai corps de gardes-côtes européens avec des forces décuplées au sein de Frontex. Tous les partis proeuropéens doivent faire de l'Europe une vraie puissance politique, une Europe de la fermeté.

 

Les élections européennes présentent-elles un risque pour votre famille politique ?

Traditionnellement, ces élections étaient considérées comme secondaires à droite comme à gauche. Pour moi, bien au contraire, elles sont primordiales: il nous faut une Europe protectrice et conquérante, capable de damer le pion à ses concurrents. Une Europe qui défend un patriotisme économique européen avec des champions industriels et une exigence de la réciprocité commerciale, et impose son modèle environnemental et social.

 

Êtes-vous en train de construire un contre-projet politique pour la droite sous les couleurs de Libres! ?

Un projet politique, oui. Nous avons un besoin urgent de rénover le logiciel de la droite. Je suis persuadée que la droite de l'après-Macron ne pourra pas être celle de l'avant. Il faut inventer des idées neuves dans une dynamique de protection, mais aussi de conquête. C'est mon devoir. Ceux qui me reprochent de travailler sur le projet devraient plutôt se dire que plus il y aura de débats et d'idées chez nous, plus nous serons forts. En réalité, j'élargis la droite et en l'élargissant, je la renforce

 

Quelle limite fixez-vous à cette liberté ?

Il n'y a pas de limites. J'ai refusé d'entrer dans l'équipe dirigeante pour pouvoir être libre. Dans notre famille, on n'a jamais bâillonné personne. D'ailleurs, le mot «famille» a un sens! Nous partageons les mêmes valeurs mais nous avons le droit d'exprimer des projets différents. Nicolas Sarkozy l'a dit: quand la droite se rétrécit elle perd, quand elle s'élargit, elle gagne.

 

Emmanuel Macron est-il un président de droite ?

Non. Emmanuel Macron est un président de centre gauche, héritier de Dominique Strauss-Kahn et de Tony Blair. Il a dynamité la gauche et lui a fait prendre un tournant libéral. Mais il n'est pas de droite. La droite authentique est réformatrice, ferme sur le régalien sans être populiste, et pro-entreprises avec la justice sociale au cœur. Il y a des angles morts dans la politique d'Emmanuel Macron. Sur le régalien: la sécurité, la lutte contre le communautarisme et l'immigration, le décalage est flagrant entre les paroles et les actes. L'absence de baisse des dépenses de l'État empêche la baisse des impôts et de la dette. Enfin, on a un gouvernement qui s'enferme dans un exercice solitaire du pouvoir, considérant que les élus locaux et les forces de la société civile sont inutiles. Je pense radicalement l'inverse.

 

Vous a-t-on bien compris quand vous avez parlé d'augmentation du smic ?

Je propose un «donnant-donnant» : réforme contre pouvoir d'achat. Pour valoriser le travail, nous devons nous fixer l'objectif d'augmenter tous les salaires nets, pas que le smic: travailler jusqu'à 65 ans en échange d'une baisse des cotisations retraites, faire la dégressivité des allocations-chômage contre une baisse des cotisations. Je veux donner du sens aux réformes et que la droite se réapproprie le thème du pouvoir d'achat, sans démagogie, sans impasse financière et sans dégrader la compétitivité des entreprises. Des réformes qui précèdent une baisse des charges. Cela n'a rien à voir avec un coup de pouce non financé au smic.

 

Quel regard portez-vous sur Simone Veil qui entre au Panthéon dimanche ?

Simone Veil a été ma marraine politique. Elle m'a prise sous son aile et a été présidente de mon comité de soutien en 2010. Ce que j'ai admiré dans son parcours, outre l'héroïsme qu'elle a eu dans de nombreuses circonstances, c'est le combat qu'elle menait pour ses idées. Elle détestait la politique politicienne, elle avait des causes, elle les défendait. Elle était une femme libre.

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