Interview à lire également dans Paris Normandie

 

Ministre de Nicolas Sarkozy, tombeuse du socialiste Jean-Paul Huchon, en Ile-de-France, aux Régionales de décembre 2015, Valérie Pécresse croit toujours que la droite a un avenir en France. À condition de ne pas se replier sur elle-même.

 

Pensez-vous qu’il y a un compromis possible entre votre conception de l’Europe et le souverainiste de l’aile droite des républicains ?

Valérie Pécresse : « Oui, j’en suis convaincue, tout simplement parce qu’une France forte passe par une Europe puissante. Il y a toujours eu un débat au sein de notre famille politique entre ceux qui veulent un peu plus ou un peu moins d’intégration, un peu plus ou un peu moins de souveraineté nationale. Mais aujourd’hui ce n’est plus vraiment le sujet. L’enjeu aujourd’hui, c’est de sauver l’Europe de ses divisions internes et des menaces externes. Elle doit être protectrice et conquérante. Sans l’Europe la France ne pèse plus : on ne peut pas être attaché à la France sans être proeuropéen. J’ai dit que je pensais que les deux droites étaient réconciliables, cela peut l’être sur le sujet européen !

 

Êtes-vous satisfaite par la manière dont Laurent Wauquiez gère les Républicains ? Avez-vous été choquée par le limogeage de Virginie Calmels ?

La droite doit se reconstruire et se concentrer sur la réflexion et les idées et accepter les débats sans tabous. Il nous faut élargir notre famille à partir de nos valeurs en se projetant dans la France de demain.

 

Approuvez vous la manière dont Emmanuel Macron a gagné son bras de fer contre la CGT à la SNCF ?

Il a incontestablement tenu face à la rue. Cette réforme est nécessaire pour que la SNCF assure un meilleur service à un meilleur prix. Maintenant, il est temps que cette grève s’arrête.

 

À la surprise générale vous avez approuvé une hausse du Smic. Même en baissant les charges vous risquez un resserrement des salaires au détriment des salariés au-dessus du Smic.

Je défends l’augmentation du pouvoir d’achat pour tous qui serait la conséquence des réformes sociales. Les réformes sont perçues comme du sang et des larmes, nous devons changer d’approche en montrant leurs bénéfices aux Français en les liant à la fiche de paye. Exemple : si on baisse le coût des retraites en travaillant plus longtemps, on pourra en échange baisser les cotisations retraites et les salaires nets augmenteront. Cela n’a rien à voir avec une annonce démagogique de hausse du Smic non financée.

 

Êtes-vous favorable à une baisse volontariste des dépenses publiques et à une diminution de la pression fiscale ?

C’est indispensable. Emmanuel Macon a fait porter l’effort sur les ménages et les collectivités locales, mais il a exonéré l’État des efforts à faire ! Or, sans baisse préalable des dépenses, pas de baisse possible des impôts.

 

Vous rentrez d’un voyage en Chine pour promouvoir les entreprises de votre région. Y-a-il vraiment des marchés prêts à s’ouvrir à nos entreprises ?

Lors de ma visite en Chine, j’étais effectivement accompagnée de grandes entreprises (du secteur de la mobilité et de l’énergie) mais aussi de PME qui disposent de savoir-faire reconnus en Chine, dans le domaine de la qualité de l’air ou des « smart cities ». Les besoins dans ces secteurs sont considérables. Et contrairement à ce que l’on pense les choses peuvent aller très vite si ces entreprises arrivent au bon moment sur le bon segment de marché.

 

Le problème des migrants devient le casse-tête de l’Europe. Croyez-vous vraiment à une solution européenne ?

Mais il n y a pas d’autre solution possible qu’une solution européenne ! En matière d’immigration comme en matière fiscale ou sociale, les stratégies non coopératives entre États européens sont vouées à l’échec et signeraient la mort de l’Europe. Il est vital de sécuriser ensemble les frontières extérieures de l’Europe. Il est tout aussi essentiel d’harmoniser rapidement nos règles d’asile afin d’éviter que les migrants ne se déplacent en Europe au gré des opportunités offertes par une application différenciée de ces règles. Il faut enfin que les personnes tentées de rejoindre l’Europe n’aient aucun doute sur le fait qu’elles seront reconduites dans leurs pays d’origine si elles ne répondent pas aux critères de l’asile européen, et ce quelle que soit leur « porte d’entrée » en Europe. L’Europe doit incarner un message commun et univoque de fermeté. »

 

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