Mesdames et Messieurs, Chers amis,

Le 29 mars 1472, Louis XI confirmait le privilège accordé à la ville de Chalons, je cite « de grâce spéciale, que tous les marchands soient exemptés d’imposition pendant toute la durée de la foire. »  Un privilège qui vous intéresserait sans doute chers exposants d’aujourd’hui, dignes successeurs des marchands des foires de Champagne d’alors. Mais il n’est pas question aujourd’hui de ne parler que du passé, des guildes et du drap de Châlons réputé dans toute l’Europe médiévale. Non, je suis venue pour que nous parlions ensemble de l’avenir, avec mes collègues présidents de Régions, et plus particulièrement, pour que nous parlions de l’avenir de l’agriculture et de l’élevage en France.

Penser à l’avenir, c’est d’abord regarder la réalité en face : 1 281 faillites d’exploitation agricole en 2017 ; 1 281 chefs d’entreprise qui ont dû mettre la clef sous la porte ; 1 281 Français qui travaillaient dur, mais qui n’arrivaient plus à payer les factures, sans même parler de se verser un salaire digne de ce nom.

Les raisons, on les connaît. Les exploitants ne maîtrisent aujourd’hui ni les coûts de production, ni les coûts de vente, ni, évidemment, les aléas climatiques et économiques. Et pourtant, la France sans une agriculture forte, ce n’est plus la France.

L’agriculture, c’est le cœur battant de la ruralité, le ferment de la vitalité des territoires. Elle permet d’éviter la rupture entre la ville et campagne. C’est aussi notre chance, notre passion de bien manger.

Parce que jamais les Français n’ont autant exprimé leur besoin de savoir ce qu’il y avait dans leur assiette. Parce que nous savons aujourd’hui que la santé vient en mangeant, mais que la maladie aussi. Parce que nous ne voulons pas de produits étrangers qui ne seraient pas de bonne qualité. Nous souhaitons notre indépendance alimentaire, première condition de notre liberté et notre santé. On ne peut pas ouvrir les frontières à tout va, à des produits venant d’ailleurs qui ne respectent pas du tout les mêmes règles de production. Disons-le franchement, n’importons pas l’agriculture dont nous ne voulons pas chez nous !

Mais l’avenir de l’agriculture française ne se construit ni dans le sacrifice de la qualité, ni dans les fausses promesses ou les faux engagements. L’avenir de l’agriculture se pense dans le monde d’aujourd’hui : avec une concurrence nouvelle, avec des marchés nouveaux, avec des exigences nouvelles et des technologies nouvelles.

Tant de défis, tant d’enjeux, tant d’urgences. Et pourtant, le gouvernement parle beaucoup mais agit peu. Il multiplie les faux-pas et les couacs. Alors laissez-moi lui dire devant vous le fond de ma pensée.

- D’abord, nous n’accepterons pas une baisse de crédits de la PAC au détriment des agriculteurs français.

- Ensuite, nous voulons la poursuite de la politique de baisse des charges et pas sa remise en cause.

- Nous voulons également la pérennisation des aides à la conversion biologique des exploitations. Parce que c’est une décision très lourde qui demande de gros efforts et qui doit être accompagnée dans la durée.

- Enfin, je le dis haut et clair : accepter l’introduction d’huile de palme, issue de la déforestation des pays du sud, dans les biocarburants TOTAL, c’est une faute politique. En Île de France, aucun bus ne roulera à l’huile de palme.

- J’ajoute que nos agriculteurs connaissent depuis des semaines une très grave période de sécheresse. Le gouvernement ne peut rester passif et doit s’engager fermement à vos côtés pour obtenir une dérogation aux règles actuelles de semi qui risquent de ruiner les prochaines récoltes. Et il doit demander des mesures exceptionnelles pour l’élevage. Sans pâturages, les réserves de fourrage de l’hiver sont déjà bien entamées. L’Allemagne se bouge, on doit le faire aussi.

Alors oui, je le dis au président de la République ; le monde agricole ne peut plus se contenter de déclarations d’amour. Il réclame, à bon droit, des preuves d’amour. Ce sont ces preuves que nous, présidents de Région, nous voulons, à notre niveau, vous apporter.

Nous sommes tous les trois résolument décidés à agir. Nous sommes à la tête de grandes régions agricoles et d’innovation. Vue de loin, l’île de France est uniquement urbaine. Mais pour ceux qui la connaissent, l’Île de France c’est trois quart d’espaces naturels et agricoles, et de forêts. C’est aussi le premier débouché des productions des régions voisines, avec 12 millions de bouches à nourrir à moins d’une heure d’ici.

Nous voulons des solutions pour nos agriculteurs. C’est pour cela que nous avons décidé aujourd’hui de signer un partenariat, pour continuer à produire français, à manger local, en veillant à ce que nos produits soient « bas carbone » – j’y serai particulièrement vigilante.

Pour rendre notre agriculture conquérante, nous devons l’appuyer sur trois piliers :  

1° Augmenter la valeur produite dans les exploitations

2° Réduire les charges et les normes

3° investir dans l’avenir

Les agriculteurs sont d’abord des entrepreneurs. Nous devons les aider à diversifier leurs productions et leurs débouchés commerciaux. Au-delà de la diversification des cultures, de l’investissement dans les filières de transformation, nous aidons nos agriculteurs à devenir producteurs de biomatériaux, de biocarburants et d’énergie renouvelable. Et nous les aidons à exporter davantage. 

Et il est inacceptable que nos agriculteurs aient aux pieds un boulet dans la compétition internationale, celui des normes et des charges supérieures à la moyenne européenne ! Vous vous en souvenez, quand j’étais ministre du budget, j’avais fait voter l’allègement des charges pour les saisonniers agricoles. L’Etat doit poursuivre la politique de simplification et d’allègement de ces charges. Les Région n’ont pas de pouvoir dans ce domaine, mais en Île de France, nous avons décidé d’investir dans le logement des saisonniers agricoles.

Nous avons aussi mis en place une aide à l’achat des semences l’an dernier à la suite des terribles inondations qui avaient frappées notre territoire. Nos agriculteurs vivent durement le changement climatique. C’est pourquoi j’appelle le gouvernement à travailler avec Bruxelles sur une assurance pour protéger nos agriculteurs des aléas climatiques : les américains l’ont fait, c’est donc possible. 

Enfin, investir dans l’avenir, pour redonner confiance aux agriculteurs. Qu’est-ce que ça veut dire ?

- Cela veut dire encourager et soutenir l’installation des jeunes, le renouvellement des générations. Et parce que le sujet me tient particulièrement à cœur, et que c’est une question de justice, nous soutenons le remplacement des jeunes agricultrices lors de leur congé maternité.

- Investir dans l’avenir, cela veut dire aussi miser sur l’innovation par exemple, pour accélérer la commercialisation de nouveaux intrants capables de se substituer aux produits polluants. Le Parlement vote l’interdiction du glyphosate, mais où sont les produits de substitution ?

Alors oui, dans notre Région, l’Île de France, nous avons pris à bras le corps ces grands défis, et nous y consacrerons plus de 150 millions d’euros d’ici 2022.

Jacques Chirac, auprès duquel j’ai appris la politique, disait dans un fameux discours : « La Maison brûle mais nous regardons ailleurs. » Aujourd’hui, c’est la ferme française est en plein doute. Et certains veulent regarder ailleurs. Pas nous. Nous, c’est les manches retroussées, pour tester, imaginer, inventer ensemble l’agriculture de demain, une agriculture compétitive, durable et à visage humain. Ensemble, c’est peut-être le mot-clé de cette journée.

Je vous remercie.

 

Leave a Comment