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Pollution, Pass Navigo, périphérique… Alors qu'Anne Hidalgo défend son bilan pour Paris, les réactions de la présidente du conseil régional d'Île-de-France

 

Le Point : Trouvez-vous qu'on respire bien à Paris ?

Valérie Pécresse : La lutte contre la pollution est la priorité de santé publique, non seulement à Paris mais aussi en Ile-de-France. Pour que les Parisiens respirent mieux, il faut permettre aux habitants de Paris mais aussi à ceux de la banlieue de prendre des transports en commun réguliers et confortables. Ce qui est bon pour la région est bon pour Paris.

Ce problème de pollution ne peut pas se régler de façon unilatérale et non concertée, par des décisions brutales prises pour le centre de Paris et ayant des répercussions dommageables sur le quotidien des Franciliens. Nos destins sont liés et les décisions prises de manière égoïste ne sont jamais des solutions.

 

Aujourd'hui, quel bilan faites-vous de la piétonnisation des voies sur berge ? 

La pollution s'est déplacée, elle est moins dans le centre de Paris et plus sur les itinéraires de délestage, comme le périphérique et l'A86. Ma responsabilité est d'assurer la cohésion sociale du territoire et l'égalité de traitement pour tous les habitants de la région.

C'est pour cette raison que je me bats pour que la mairie finance les lignes de transport qui sortent de Paris il faut instaurer une solidarité des territoires. A la suite du recours contre la piétonnisation des voies sur berge, nous avons obtenu que la ville de Paris débloque 1 000 places à demi-tarif aux portes de Paris pour les abonnés Navigo.

 

La maire de Paris dit réfléchir à la gratuité des transports pour le Grand Paris. Cela vous semble-t-il envisageable ?

Les Français sont lucides, les transports gratuits, ça n'existe pas ! Il y a forcément quelqu'un qui paie. Si ce n'est pas le voyageur, ce sera le contribuable. Je rappelle que nous avons le Pass Navigo parmi les moins chers d'Europe.

 

Donc la gratuité des transports pour le Grand Paris n'est pas pour tout de suite…

Les Franciliens veulent des transports confortables et qui arrivent à l'heure. En 2018, le coût de fonctionnement des transports, c'est 10 milliards d'euros, dont 5,7 payés par les entreprises, 3 par les voyageurs et 1,5 par les collectivités. Les entreprises paient déjà plus que partout ailleurs. Je crois à des tarifs intelligents, un tarif social pour les personnes défavorisées et un tarif en fonction des horaires. Nos trains sont à moitié vides pendant une grande partie de la journée, nous sommes en train de travailler à une tarification plus juste pour désaturer les lignes. Car c'est le vrai sujet. La gratuité n'est pas la solution. Mais le lissage des heures de pointe, le télétravail, oui. Les transports, ce ne sont pas des idées simplistes, ce sont des modes de vie. J'ai instauré le télétravail à la région, je travaille avec les DRH d'Ile-de-France : si on organise le télétravail, on pourrait faire baisser de 10 % le nombre de voyageurs. Idem sur les routes : avec 10 % d'automobilistes en moins, on réduirait les embouteillages et donc la pollution

 

A de nombreuses reprises, on a eu le sentiment que vous et Anne Hidalgo vous opposiez, pourtant… 

Je le regrette, ce n'est pas faute d'avoir tendu la main. La gauche a dirigé « Ile-de-France mobilité » [syndicat des transports d'Ile-de-France, NDLR) pendant dix ans, donc les transports actuels sont d'abord son bilan et son héritage. Je suis arrivée en 2015 avec un plan de modernisation tous azimuts de 24 milliards d'euros d'investissements : 700 rames neuves livrées d'ici 2022 (métro, tramway, RER), 1000 bus supplémentaires, le déploiement d'abris pour vélos dans les gares, de la vidéoprotection partout et plus de forces de sécurité.

Bien sûr, il faut également inciter les Français à changer leurs voitures. Le gouvernement doit augmenter ses aides pour les pousser à acheter des véhicules non polluants. C'est aussi pour cette raison que j'avais proposé qu'on laisse, de manière transitoire, les voies sur berges ouvertes aux seuls véhicules électriques et hybrides.

 

Anne Hidalgo vous a beaucoup reproché l'augmentation du Pass Navigo… 

Cela aurait été mieux si Anne Hidalgo et ses amis ne m'avaient pas laissé un trou dans la caisse de 480 millions d'euros par an ! C'est l'équivalent d'une ligne de tramway neuve chaque année. Les voyageurs n'ont pas payé cette ardoise : comme je m'y étais engagée, ce sont les entreprises qui l'ont payée. Les comptes sont aujourd'hui totalement assainis.

Mais, pour financer la modernisation (nouvelles rames, bus propres, etc.), j'ai dû augmenter le Pass Navigo les deux premières années. J'ajoute qu'en 2018 le prix du Pass Navigo a été gelé et j'ai obtenu le remboursement par la SNCF de 2 mois de Pass Navigo pour les voyageurs victimes de la grève.

 

Dans son livre, la maire de Paris dit songer à supprimer le périphérique, cela vous inspire quoi ? 

Je participe à la réflexion sur le périphérique et sur les autoroutes qui entrent dans Paris. Je demande qu'on parte du réel. Je comprends qu'on veuille faire rêver les Parisiens à la veille des municipales. Mais il ne sert à rien de supprimer une voie si c'est pour créer 30 km de bouchons sur les voies d'à côté.

J'ai demandé à utiliser les bandes d'arrêt d'urgence pour les transports en commun ainsi que le covoiturage. Ça c'est réaliste, et ça permettra de lutter vite contre les embouteillages et la pollution.

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