Dans une interview au JDD, Valérie Pécresse estime qu’Emmanuel Macron a désormais une "impérieuse obligation de résultats". La présidente de la région Ile-de-France s’en prend également à Mélenchon, Le Pen et Dupont-Aignan, "qui attisent la violence et la haine".

"Ne nous leurrons pas, le mouvement des Gilets jaunes n’est pas terminé : le mécontentement est très profond. Il se nourrit d’une grande déception vis-à-vis d’Emmanuel Macron et du pouvoir en général." Dans une interview au JDD, Valérie Pécresse analyse la situation politique et fait un constat alarmant sur la situation du pays. "Ce mouvement est aussi l’expression d’une désillusion très dangereuse pour la démocratie", estime la présidente de la région Ile-de-France selon qui "notre pacte républicain est menacé". La présidente de la région Ile-de-France explique aussi qu'"Emmanuel Macron a une impérieuse obligation de résultats". "L'immobilisme n'est plus une option. Et s'il veut des résultats, il faut que l'État lâche prise", affirme-t-elle.

Qu’est-ce que Macron doit changer après l’épisode des Gilets jaunes ?

Ne nous leurrons pas, le mouvement des Gilets jaunes n’est pas terminé : le mécontentement est très profond. Il se nourrit d’une grande déception vis-à-vis d’Emmanuel Macron et du pouvoir en général. Je ne transigerai jamais avec l’ordre républicain : rien ne justifie la violence, quelles que soient les raisons de la colère. Mais ce mouvement est aussi l’expression d’une désillusion très dangereuse pour la démocratie. Notre pacte républicain est menacé quand ses trois piliers sont remis en cause : le consentement à l’impôt – parce qu’il y a une overdose fiscale -, la cohésion nationale, minée par un sentiment exacerbé d’injustice, et l’autorité de la loi, contestée y compris par des personnalités politiques qui cherchent des excuses à la violence, font preuve de complaisance, voire mettent de l’huile sur le feu. Face à cela, Emmanuel Macron a une impérieuse obligation de résultats. L’immobilisme n’est plus une option. Et s’il veut des résultats, il faut que l’Etat lâche prise.

C‘est-à-dire ?

Pour avoir moins d’impôts, plus de cohésion et plus de résultats, il va falloir faire enfin confiance aux collectivités. La démocratie participative, c’est notre quotidien. Il faut qu’Emmanuel Macron rompe avec la technostructure jacobine qu’il a mis en place, reparte du terrain et lance un grand mouvement de décentralisation. Qu’il accepte de déléguer une partie de son pouvoir à des élus qui l’exerceront mieux, au plus près des Français. Que l’Etat arrête de se mêler de tout et de nous mettre les bâtons dans les roues. On a sédimenté depuis trop longtemps les couches administratives et créé une bureaucratie aussi tatillonne que couteuse, avec des doublons à tous les étages. Supprimons-les! Et on pourra alors baisser les dépenses, donc les impôts. Prenez le plan vélo de 300 millions d’euros annoncé par le gouvernement. Pardon de le dire, mais toutes les communes, tous les départements, toutes les régions ont des plans vélos. Et l’administration de l’Etat, beaucoup trop lointaine, veut maintenant s’en mêler? La transition écologique, la formation professionnelle, l’aide aux entreprises, le logement, l’emploi… tout cela sera beaucoup plus efficace et les services publics meilleurs s’ils sont gérés au niveau local.

Qu’avez-vous pensé des mesures d’urgence prises par Macron pendant la crise des Gilets jaunes ?

Emmanuel Macron a entendu – très tardivement – le message de Français qui veulent vivre dignement de leur salaire et de leur retraite. Mais la hausse des primes, c’est une réponse de court terme, alors qu’il faut créer les conditions d‘une baisse durable des impôts. Il faut des résultats pour rétablir la confiance dans l’action politique, sinon on va à la catastrophe. On voit bien monter tous ceux qui ne veulent que désintégrer la République : Jean-Luc Mélenchon, Marine le Pen ou Nicolas Dupont-Aignan. En façade, ils essayent de montrer une image de respectabilité, pendant que derrière, ils attisent la violence et la haine pour déstabiliser nos institutions. Utiliser le peuple contre la démocratie, délégitimer tous les élus et leur action, c’est extrêmement dangereux.

Comment fait-on pour baisser durablement les impôts ?

Il faut faire les réformes! Le gaspillage est partout. Proposons un pacte aux Français : réformes contre pouvoir d’achat. Oui, on leur demande de faire des efforts pour réformer notre Etat-providence, dépenser moins et mieux, mais en échange on leur donne du pouvoir d’achat supplémentaire. Il faut aussi redonner force à la loi. Voir des lycées brûler, des commerces saccagés par des pillards, des policiers attaqués, des pompiers caillassés, des professeurs insultés… ce sont des choses intolérables auxquelles on n’aurait jamais dû s’habituer.

Macron a-t-il encore les moyens politiques de réformer ?

Il n’a pas le choix. Ce sera beaucoup plus difficile, bien sûr, mais il a tous les leviers pour réformer grâce à la stabilité de nos institutions : le Parlement, des ministres, une administration puissante, des collectivités volontaires pour aider… Mais il va devoir revoir complètement sa méthode : faire plus de concertation et s’appuyer sur les corps intermédiaires. Il faut qu’il soit sincère, aussi : il ne peut pas dire qu’il augmente les impôts pour faire de l‘écologie quand ce n’est pas le cas. Et il faut de l‘équité.

Participerez-vous au grand débat ?

Bien sûr, mais les Français veulent des actes. Ce dont on a surtout besoin, c’est d’un plan d’action à la fin du grand débat. Si c’est de la palabre pour rien, la déception sera à la hauteur des attentes.

Organiser un référendum à l’issue de ce débat, c’est une bonne idée ?

S’il s’agit de demander aux Français s’ils sont pour le vote blanc ou la proportionnelle, on est bien loin de ce qu’ils réclament. Ce qu’ils demandent, c’est du "pouvoir de vivre", des règles justes, d’être protégés, des réponses sur le logement, les transports, la sécurité… Ces dernières semaines, je n’ai pas croisé un Français qui m’ait parlé du vote blanc!

Etes-vous favorable au Référendum d’initiative citoyenne ?

Je préfère donner un pouvoir positif aux citoyens, par exemple ouvrir la possibilité de propositions de loi d’initiative citoyenne, qui seraient ensuite présentées au Parlement. Mais il ne faut pas délégitimer la démocratie représentative et les institutions de notre République. C’est ma crainte.

Non seulement la droite n’a pas bénéficié des difficultés de Macron, mais Laurent Wauquiez s’enfonce toujours plus dans les sondages. Pourquoi ?

A Libres !, nous pensons que la droite ne retrouvera sa légitimité que si elle produit des idées neuves et des solutions. Il faut qu’elle s’attelle à la construction d’un vrai corps de doctrine ancré dans la réalité de la France d'aujourd’hui, et qui ne soit pas juste de la nostalgie du passé. Et je pense depuis le début qu’il faut élargir notre socle et pas le rétrécir. C’est ce que je m’efforce de faire.

Votre parti et Wauquiez ont-ils eu le bon discours face aux Gilets jaunes ces dernières semaines ?

Il fallait entendre et comprendre ce que les Gilets jaunes exprimaient. Mais ce qu’ils attendent des politiques, c’est des solutions et pas de la récupération. C’est ce que je veux faire : apporter des solutions. Derrière les Gilets jaunes, je pense qu’il y a aussi une demande d’efficacité et de crédibilité.

LR est crédité pour l’heure de 8% des voix aux européennes. Faut-il changer quelque chose dans la stratégie ou le leadership de LR d’ici le scrutin ?

(soupir) Libres a présenté un projet qui s’appelle "patriotes et européens", pour une vraie influence française dans une Europe repensée et réorganisée, qui pèserait davantage dans la mondialisation.

François-Xavier Bellamy tête de liste, c’est une bonne idée ?

Je le connais personnellement : c‘est quelqu'un de bien. Mais, pour réussir, il faudra qu’il incarne vraiment un programme européen aux yeux des Français. Nous sommes dans l’expectative : il y a urgence à connaître la liste, la ligne et la stratégie des Républicains.

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