INTERVIEW – La présidente de la région Île-de-France met en garde contre les «provocations» de ceux qui veulent imposer le burkini dans certains espaces publics. Elle appelle à agir contre la radicalisation islamiste.

Le FIGARO.- Pourra-t-on longtemps interdire le burkini en France, quand on voit ce qui s’est passé dans une piscine à Grenoble?

Valérie PÉCRESSE.- Ces personnes testent la résistance de la République. Ce sont des provocations. Alors, défendons nos valeurs. La laïcité républicaine, c’est la loi au-dessus de la foi. Il y a des règles communes. Elles s’appliquent à tous, non croyants et croyants, quelle que soit la religion. J’opère en Île-de-France douze piscines régionales. Nous devons tous rappeler ce principe sans faillir: dans les espaces publics, comme les piscines, on se baigne en maillot de bain. Ce n’est pas négociable.

Si aujourd’hui nous baissons la garde sur la question du burkini, des jeunes filles musulmanes subiraient toutes les pressions sociales possibles pour en porter. On les placerait dans une situation où elles ne pourraient pas refuser. Il ne faut tolérer aucun accommodement avec le burkini. C’est aussi une question d’hygiène et puis de sécurité, car ce vêtement ne facilite pas les premiers secours, en cas d’accident. Il en va enfin de l’ordre public. Sur les îles de loisir en Île-de-France, il y a déjà eu des tensions quand des personnes portaient des tenues en rapport avec une pratique religieuse. La police avait même dû intervenir. Nous devons prévenir ces troubles.

Le rapport parlementaire Diard-Poulliat pointe une radicalisation rampante dans les services publics, à la RATP ou la SNCF. Comment l’endiguer?

C’est une préoccupation que j’ai moi-même exprimée. J’ai obtenu dans la loi Savary, en 2016, que l’on puisse avoir des partages d’informations, vis-à-vis des sociétés de transport, sur les profils des personnes fichées par l’antiterrorisme. Mais c’est à la demande, et il n’y a rien de systématique, sauf pour certaines fonctions stratégiques, comme celles en lien avec la sûreté des aéroports. Il faudrait aller plus loin, car le criblage est incomplet. Une enquête est bien réalisée au moment du recrutement dans les sociétés, mais le suivi sur l’éventuelle radicalisation pendant la carrière est beaucoup plus aléatoire.

Je veux défendre un vrai principe de précaution, pour tous les services publics stratégiques, y compris chez certains sous-traitants, comme les sociétés qui gèrent les bagages dans les aéroports. Étendons par ailleurs ce devoir de vigilance à toutes les sociétés de transport, mais aussi à d’autres activités, comme les services scolaires, par exemple. Dans tous ces secteurs, nous devons préciser les règles de mise à l’écart, en cas de soupçon de dérive radicale, et de licenciement, en cas de preuve. Trop souvent, les personnes radicalisées se font élire délégué du personnel pour devenir salarié protégé. L’État ne saurait rester impuissant face à ces manœuvres.

«Toutes les mairies devraient adopter une charte de la laïcité, qui conditionne le versement des subventions publiques à son respect, comme je l’ai fait en Île-de-France»

Valérie Pécresse

Les clubs de sports aussi seraient infiltrés. Que faire?

Nous avons innové à la région. Nous avons reçu tout le mouvement sportif d’Île-de-France et formé une centaine de référents lanceurs d’alerte dans toutes les ligues sportives. Eux-mêmes sensibilisent les dirigeants et animateurs de clubs à détecter les signes d’une radicalisation. Ce dispositif a donné lieu depuis deux ans à une trentaine de signalements. Le gouvernement est très tenté de l’étendre aux autres régions.

Craignez-vous des listes communautaires aux municipales?

Oui. Toutes les mairies devraient adopter une charte de la laïcité, qui conditionne le versement des subventions publiques à son respect, comme je l’ai fait en Île-de-France. Elle est signée par toutes les associations qui reçoivent de l’argent public de la région. Les signataires s’engagent sur des principes clairs: interdiction du prosélytisme religieux, des salles de prière dans les locaux associatifs, égalité entre les femmes et les hommes, par exemple. La sanction est le retrait de la subvention. C’est très efficace.

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