LE FIGARO. – Après le Grand Est, l’Île-de-France est la région la plus touchée par l’épidémie. Où en est-on?

 

Valérie PÉCRESSE. – On est dans une course contre la montre. L’épidémie est en train de se répandre très fortement en Île-de-France. Les deux prochaines semaines vont être très difficiles et risquent de mettre à rude épreuve notre système de santé.

 

Que proposez-vous?

J’appelle tous les étudiants infirmiers d’Île-de-France qui sont aujourd’hui confinés, il y en a environ 15.000, à venir en renfort des hôpitaux publics et privés. La région va débloquer des fonds pour les rémunérer: 1537 euros brut pour les élèves de première année et 1827 euros brut pour les étudiants de deuxième ou troisième année. Les formations des étudiants infirmiers dépendent de la région. Au lieu de les rémunérer 200 euros, comme on le fait habituellement pour un stage, on va les rémunérer avec l’accord de l’État – le temps de la crise – comme des professionnels en début de carrière. Ce sont des élèves qui ne sont pas encore diplômés mais qui sont formés et qui font déjà des stages professionnels. Ils sont armés pour pouvoir prendre des postes et prêter main-forte aux équipes soignantes sous tension. La gestion des ressources humaines dans les quinze prochains jours va être cruciale.

 

Le personnel soignant manque de masques. Que peut faire la région Île-de-France pour les aider ?

Nous avons commandé 20 millions de masques pour pouvoir pallier la pénurie et équiper le personnel soignant. Nous devrions en avoir 5 millions d’ici à la fin de la semaine. Notre objectif, en lien avec l’Agence régionale de santé, c’est de doubler l’équipement actuellement fourni aux personnels soignants, à l’hôpital et en ville, mais aussi d’équiper les Ehpad, les services de secours, ceux qui ont une mission de service public ainsi que toutes les associations humanitaires et les forces de sécurité. Mardi, nous avons reçu un don de 100.000 masques venus de la Chine que nous avons offert intégralement aux associations humanitaires qui ont d’énormes besoins et qui doivent mobiliser leurs bénévoles. Par ailleurs, pour les médecins, les sages-femmes et les infirmiers libéraux qui se sentent démunis alors qu’ils sont eux aussi en première ligne, nous mettons en place un fonds de 10 millions d’euros d’aide d’urgence: la région remboursera sur facture tous les équipements achetés pour faire face à l’épidémie. Ils peuvent nous contacter par téléphone ou par e-mail*.

 

Les sans-abri ne peuvent pas être un angle mort du confinement – Valérie Pécresse

 

Comment aider les sans-abri ?

La situation est alarmante. Les sans-abri ne peuvent pas être un angle mort du confinement. La région a proposé à l’État de mettre à sa disposition tous les lits disponibles, notamment dans les internats des lycées et dans les îles de loisir de la région. Dès à présent, nous allons ouvrir un premier centre d’hébergement à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine) avec 180 places destinées à l’accueil des sans-abri. Mais la vraie difficulté pour ouvrir ces centres c’est de trouver les associations pour s’en occuper. Cela renvoie à la pénurie d’équipements, de masques et à la difficulté de mobiliser les bénévoles. Nous avons besoin de leur aide.

 

La région s’engage-t-elle pour la recherche?

Nous allons participer aux côtés de l’État, dès cette semaine, à un large programme d’essais cliniques sur de potentiels traitements. C’est le programme Discovery lancé sous la direction de l’Inserm et qui sera mené dans six centres hospitaliers français, dont un en Île-de-France. La région va débloquer 1 million d’euros pour doubler le financement de l’État dans ce programme expérimental de recherche. Là aussi, on est dans une course contre la montre pour trouver des traitements efficaces. C’est un essai clinique qui portera sur 3000 patients, mené avec plusieurs molécules dont la chloroquine.

 

Dans cette crise, les régions prouvent leur utilité, à la fois en proximité avec nombre d’acteurs et avec une vision globale du territoire – Valérie Pécresse

 

Les régions ne pallient-elles pas un manque d’action de l’État?

On additionne nos forces. Aujourd’hui, il faut que les initiatives se multiplient d’où qu’elles viennent pour soutenir et protéger nos soignants et tous ceux qui vont travailler, caissières, policiers, agents d’entretien, aides à la personne… C’est ce que j’essaie de faire. Dans cette crise, les régions prouvent leur utilité, à la fois en proximité avec nombre d’acteurs et avec une vision globale du territoire. Nous allons aussi réunir les associations d’aides aux femmes victimes de violence, que nous allons mettre en public prioritaire pour les aider financièrement et en termes d’équipement.

 

Cette crise semble déjà amplifier les inégalités sociales et territoriales…

Effectivement, le confinement est un révélateur voire un amplificateur des inégalités. Ce n’est pas la même chose d’être confiné dans un logement exigu avec toute sa famille que dans une résidence secondaire avec un jardin. Nous devons réduire au maximum ces fractures sociales et territoriales face à la crise et à ses conséquences. Je pense aussi aux quartiers populaires où le confinement est très difficile à faire respecter par une population jeune qui se croit à l’abri du virus. C’est pourquoi, j’ai obtenu de l’État que les polices municipales puissent aider partout à faire respecter le confinement.

 

L’État aurait-il dû agir autrement dans la gestion de cette crise?

Le temps du bilan viendra. Aujourd’hui, notre impératif est de se serrer les coudes et de tout faire pour sauver des vies en traversant cette crise avec le moins de dommages possibles. Mon message est clair: «si vous n’êtes pas requis par votre travail, restez chez vous».

 

* Tél.: 01 53 85 53 85 et covid-19-sante@iledefrance.fr

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