À lire également dans le Parisien 

 

La présidente de la région et ses équipes vont gérer la sortie de confinement et l’organisation des déplacements de ses 12 millions d’habitants. 100 euros seront remboursés aux abonnés Navigo pour la période d’avril à mai.

 

Comment gérer le déconfinement de la plus grande région d'Europe, avec ses 12 millions d'habitants ? C'est la mission qui attend sa présidente Valérie Pécresse (Libres !). L'ancienne ministre de Nicolas Sarkozy le rappelle, le retour au travail et par conséquent dans les transports franciliens ne se fera pas en un jour. La présidente d'Ile-de-France Mobilités insiste : « Il faudra continuer à télétravailler pour éviter de surcharger les métros, les bus et les RER ». En attendant un retour à la normale sans doute après l'été, elle annonce « une mesure de solidarité » pour les détenteurs de Passe Navigo.

 

Vous avez déjà annoncé le remboursement du Navigo pour le mois d'avril. Le mois de mai sera-t-il aussi concerné ?

Valérie Pécresse. Comme le confinement sera prolongé jusqu'au 10 mai, nous avons décidé de faire un geste complémentaire pour tous nos voyageurs abonnés. L'objectif, c'est de couvrir toute la période allant jusqu'à la fin du confinement. Les abonnés Navigo mensuels et annuels pourront être remboursés de 25 euros supplémentaires. Cela fera 100 euros au total. Pour les abonnés Navigo Senior et Imagine R, ce sera 12 euros supplémentaires, soit 50 euros au total.

 

Quelle sera la stratégie dans les transports franciliens pour sortir du confinement ?

Il faudra continuer à télétravailler massivement après le 11 mai et jusqu'à l'été, et ce afin de limiter au maximum les déplacements en transports en commun. Je demande aux administrations, aux entreprises, aux partenaires sociaux de se mettre dans cette configuration. C'est un outil puissant de lutte contre l'épidémie, on ne peut pas y renoncer. La région Ile-de-France ne se déconfinera pas du jour au lendemain.

 

Pourquoi ?

Les transports vont être un goulet d'étranglement. Nous avons d'habitude 5 millions de personnes transportées quotidiennement. Aujourd'hui nous sommes tombés à moins de 500 000. Si on veut reprendre progressivement l'activité économique il ne faut pas surcharger les transports. De toute façon, le 11 mai nous n'aurons pas 100 % de l'offre habituelle. La SNCF, la RATP et les autres opérateurs auront encore beaucoup d'agents absents qui garderont leurs enfants ou seront malades. On estime qu'on aura une offre à 50 % contre 30 % actuellement. J'ai demandé un service renforcé au-delà de 50 % sur les lignes les plus chargées, celles utilisées par des personnes qui ne peuvent pas télétravailler (NDLR : les lignes des RER A, B et D ainsi que les lignes 1 et 13 du métro, le T1 et T2) et certaines lignes de bus.

 

«Un masque sera obligatoire comme un ticket ou un Passe Navigo»

 

Comment assurer la sécurité des voyageurs ?

Si on mettait en place les distances de sécurité telles qu'on les connaît désormais tous, on ne pourrait transporter que 20 % des voyageurs. Des mesures de régulation des flux de voyageurs seront nécessaires : ils devront faire preuve de civisme et d'autodiscipline pour réussir le déconfinement et s'assurer que l'épidémie ne redémarre pas.

Je demande au gouvernement de rendre obligatoire le port du masque et d'autoriser les agents à verbaliser ceux qui n'en portent pas. Un masque sera obligatoire comme un ticket ou un Passe Navigo. Une seule personne peut mettre en danger tous ceux qui respectent les règles. Tous les efforts demandés aux Français depuis un mois devront malheureusement se poursuivre jusqu'à l'été.

 

Ces seules mesures suffiront-elles ?

On peut imaginer que les entreprises s'organisent pour ne pas faire arriver leurs salariés à la même heure, de manière à lisser les heures de pointe. Elles peuvent aussi imaginer des journées de travail raccourcies en présentiel. Le 11 mai doit être un point de départ. En Ile-de-France, pas de promesse illusoire, le retour à la normale ne sera pas immédiat.

 

Concernant les masques, vous allez en distribuer aux usagers ?

La région en a déjà donné 700 000 pour équiper les agents des différents opérateurs de transports et leurs sous-traitants. À l'avenir, ils devront les prendre en charge. Les entreprises devront aussi équiper leurs salariés car le trajet domicile-travail fait partie du temps de travail. La centrale d'achat de la région leur est ouverte pour cela. Et l'Etat devrait pourvoir aux besoins des personnes âgées, des demandeurs d'emploi, des élèves et des fonctionnaires. Enfin, j'ai demandé que l'on trouve des masques et du gel en vente dans les boutiques des gares et stations.

 

Le vélo peut jouer un rôle dans le déconfinement. Quelles sont vos propositions ?

La région est très proactive en matière de vélo. Je rappelle qu'on s'est engagé à financer 60 % du projet RER vélo. En attendant, nous lançons avec les gestionnaires de voirie (villes, départements,…) et les associations, le marquage au sol de pistes cyclables temporaires.

 

Comment inciter les Franciliens à prendre le vélo ?

Le vélo peut être une alternative dans le déconfinement pour les déplacements de proximité. Avant les grèves de décembre, on avait 400 000 utilisateurs quotidiens. On peut désormais imaginer doubler ce chiffre. Ce serait déjà énorme. La météo peut nous y aider et les Franciliens auront envie de faire du sport. Les lycéens pourraient préférer le vélo au bus quand ils le peuvent. On sait qu'il y a 3,6 millions de vélos en Ile-de-France. Une vraie réserve. Nous rajouterons 5000 vélos supplémentaires Véligo (location longe durée) et notre prime à l'achat de 500 € pour un vélo à assistance électrique est toujours active.

 

«Ce n'est pas aux voyageurs de payer les conséquences économiques de cette crise»

 

Ile-de-France Mobilités perd 500 millions d'euros par mois de confinement. Quelles sont les solutions pour combler ce trou d'environ un milliard d'euros ?

Nos finances sont exsangues et il faudra de nombreux mois, le temps de maîtriser l'épidémie, pour retrouver le niveau de trafic et donc de recettes d'avant la crise. On est en état de catastrophe sanitaire. C'est un cas de force majeure et comme le confinement a été décidé par l'Etat, nous demanderons à ce dernier de compenser les pertes de recettes. Ce n'est pas aux voyageurs de payer les conséquences économiques de cette crise sanitaire. Il en va de la solidarité nationale.

 

Concernant les chantiers en Ile-de-France, souhaitez-vous leur reprise ?

Le confinement a mis à l'arrêt 90 % des chantiers pour des raisons sanitaires. J'ai demandé que se poursuivent dans de bonnes conditions pour les salariés les travaux de maintenance indispensables au fonctionnement du réseau et ceux dont l'arrêt aurait provoqué une catastrophe, je pense au talus de Sèvres qui s'affaisse. Pour les autres chantiers dès que le protocole mis au point par l'Etat est rempli, il faut qu'ils reprennent progressivement. C'est indispensable car on court un risque très important de voir des travaux très attendus par les voyageurs fortement retardés. Ça m'inquiète et je vais demander à l'Etat dans le cadre de son plan de relance, un très gros volet infrastructures pour rattraper le retard.

 

Le chantier CDG Express reliant Paris à Roissy est-il prioritaire ?

La priorité ce sont les transports du quotidien. Et dans le secteur nord que vous évoquez, la priorité va aux RER B et D. Cela dit certains chantiers dits CDG express sont en fait un dédoublement des voies du RER B. Il peut y avoir confusion.

Leave a Comment