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Alors que la date du déconfinement approche, la présidente de la région Ile-de-France annonce qu’elle va distribuer deux millions de masques aux usagers des transports franciliens.

 

Face à l'épidémie de Covid-19 due au coronavirus, Valérie Pécresse est en première ligne. La présidente (Libres!) de la région Ile-de-France et d'Ile-de-France Mobilités, l'autorité organisatrice des transports en Ile-de-France, prépare la parade pour réussir le retour à la normale dans les transports publics lors du déconfinement. Ses armes : mettre la pression sur les opérateurs, favoriser le télétravail et distribuer des masques à tous les usagers.

 

Après avoir envisagé une offre de trafic à 50 % pour le 11 mai, la RATP évoque désormais du 70 %. Est-ce suffisant pour vous ?

VALÉRIE PÉCRESSE. La confiance dans les transports, c'est la clé de la reprise de l'activité. C'est l'affaire de tous, de redoubler d'efforts pour réussir le déconfinement et les opérateurs le savent. 50 % me paraissait insuffisant. C'est un premier geste significatif que fait la RATP, mais j'appelle au même de la part de la SNCF. Je souhaiterais que nous puissions retrouver une offre de 100 % au bout de 2 à 3 semaines au maximum. Pour cela, l'Etat devrait organiser, avant même le déconfinement, la garde des enfants des agents de transports afin de remédier à une partie de l'absentéisme actuel qui empêche la reprise du travail chez eux.

 

Pensez-vous être entendue sur cette question ?

J'ai l'impression que l'Etat est en train de bouger. C'est une clé pour déverrouiller.

 

Il se murmure qu'un faible taux de conducteurs à la SNCF serait attendu pour le 11 mai. Avec des restrictions d'horaires sur certaines lignes…

Je n'en ai pas entendu parler parce que je pense que la SNCF sait que je suis une cliente exigeante (sourire). Nous voulons que toutes les lignes fonctionnent. Je serai vigilante sur les lignes les plus chargées, mais aussi sur celles empruntées par des salariés qui ne peuvent avoir recours au télétravail. Je pense à celles qui traversent les quartiers populaires, comme la ligne 13, le Tram 1, le RER B, D et celles de la ruralité comme les lignes J, P et R. Nous souhaitons aussi la mise en place de nettoyage et de désinfection renforcés sur l'ensemble des lignes, mais aussi dans les gares et les stations.

 

Vous incitez les entreprises à recourir au télétravail jusqu'à l'été, mais n'y a-t-il pas un risque de les braquer ?

Les employeurs doivent aussi faire le maximum. Nous allons rencontrer la semaine prochaine les patrons, les syndicats et leur redire que l'enjeu est clair : éviter un reconfinement. La région planche sur la réouverture de lieux de coworking.

 

Quels sont vos leviers pour les inciter à le faire ? Ou en est votre suggestion de recourir à « l'attestation d'employeur » pour lisser les heures de pointe ?

L'intérêt des entreprises est que leurs salariés ne tombent pas malades, donc elles joueront le jeu. Les employeurs doivent nous aider à lisser les heures de pointe, c'est mon cheval de bataille depuis des années avec expérimentations à la Défense et à Evry. J'ai proposé au gouvernement qu'on garde jusqu'à la fin mai un système d'attestation sur laquelle le salarié aura l'heure de son arrivée au bureau. Et puis, je demande aussi aux entreprises qu'elles équipent leurs employés en masques de protection.

 

Justement, sur le sujet brûlant des masques, l'Etat est-il au rendez-vous de cette crise sanitaire surtout quand il invite les maires à les acheter ?

D'abord, je veux une règle claire, car quand les règles ne sont pas claires, ça ne marche jamais. Si 98 % des gens portent des masques et que le 99e tousse, l'effort de ceux qui auront respecté la règle sera ruiné. Le confinement a fonctionné, car il y eu de l'autodiscipline, mais aussi de la verbalisation.

 

Donc là aussi, vous appelez l'Etat à prendre ses responsabilités en verbalisant dès le 11 mai ?

Il faut trancher! Pour le port du masque obligatoire dans les transports sans restriction, sur tout le réseau, à toute heure et avec des verbalisations possibles dès le 11 mai. Il y a un premier enjeu sanitaire de couper la contamination et un second d'ordre public. Que fait-on dans une rame si des voyageurs se sentant en danger commencent à s'alpaguer?

 

Il y a une semaine, vous nous disiez que ce n'était pas à la région de fournir des masques aux usagers des transports…

Comme l'Etat ne semble pas prêt à distribuer des masques, nous allons le faire… Je suis une pragmatique. Et nous voulons que l'activité reprenne car, derrière la crise sanitaire, il va y avoir une crise économique et sociale extrêmement dure. Il faut réussir, on n'a pas le choix. La région est là où on a besoin d'elle.

 

Comment la région compte-t-elle équiper ses cinq millions de voyageurs ?

D'abord, ce ne sera que dans les premières semaines, le temps que les employeurs prennent le relais. Pour cela, nous leur avons ouvert notre centrale d'achats. Il y a déjà plus de 2000 commandes passées pour un total de 9 millions de masques réservés. Ile-de-France Mobilités, que je préside, a aussi commandé plus de deux millions de masques en tissu, un pour chaque abonné Navigo et nous comptons sur les opérateurs pour nous aider à les distribuer.

 

Peut-on imaginer une distribution à l'entrée des stations, comme à Madrid ?

Il y a encore un travail à faire sur le sujet. Ce qui est certain que tous ceux qui se déplaceront pour retravailler le 11 mai seront prioritaires.

 

Comprenez-vous l'inquiétude des voyageurs franciliens ?

Oui, mais j'ai aussi un message à leur passer. Si tout le monde doit redoubler d'efforts, c'est aussi le cas pour les usagers. Dans le confinement comme dans le déconfinement, il faudra faire preuve de civisme. Si vous êtes fiévreux, ne prenez pas les transports et consultez un médecin immédiatement. La région, avec l'Agence régionale de santé, va participer à une politique de tests massifs pour les Franciliens, avec une possibilité de quarantaine dans des chambres d'hôtel.

 

Comment peut-on raisonnablement organiser une distanciation sociale dans les bus scolaires ?

Nous avons besoin d'avoir les recommandations sanitaires de l'Etat, car cela calibre le nombre de personnes à transporter dans les bus scolaires mais aussi tous les cars longue distance.

 

Le plan de rentrées décalées présenté par le ministre Jean-Michel Blanquer vous semble-t-il adapté à l'IDF ?

Nous n'avons pas encore tous les détails, mais on va avoir des groupes de travail. Ce que je sais, c'est que dans nos lycées très peuplés, on pousse déjà les murs. Donc, attention, le dédoublement de classe exigera une organisation méthodique. La région est en train d'équiper en masques ses agents.

 

Vous vous êtes engagée à financer le RER Vélo à hauteur de 300 millions d'euros. Dans ce domaine, est-ce que le projet de pistes provisoires en IDF avance ? En avez-vous discuté avec Anne Hidalgo et les préfets ?

Notre priorité est de nous occuper de tous les points noirs, et notamment aux portes de Paris, doubler les lignes de transport les plus saturées avec des pistes cyclables en surface. J'ai demandé à l'Etat que l'on puisse à nouveau circuler sur les berges de la Seine, de la Marne et des canaux. Ça avance.

 

Concernant l'aspect économique, prévoyez-vous d'aider tous ces petits commerces parisiens (bars, cafés, restaurants) qui vont se retrouver au bord de la faillite ?

Je suis inquiète, car les bistrots sont l'âme de la région… On est en train de réfléchir à une aide régionale avec les intercommunalités : une avance remboursable pour tous ceux qui n'ont pas de capitaux propres et de capacité d'emprunts. Ce fond d'aide serait abondé par la région et la banque des territoires à hauteur de 4 euros par habitant. Les intercommunalités et la ville de Paris pourraient compléter cette aide avec un bonus local.

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