La crise du Covid 19 a été brutale pour le secteur aérien. L’association internationale du transport aérien, qui prédisait en 2019 un doublement du trafic tous les 15 ans, annonce un trafic pour 2020 en dessous de celui de 2005 et un retour à la situation antérieure pour 2024 au mieux. Conséquences : tous les acteurs du secteur sont contraints d’abandonner leurs plans de développement et d’assurer leur survie entre perfusion par les autorités publiques et réductions de coûts. Ils affichent aussi désormais une volonté d’accélérer leur transformation écologique. S’il ne doit pas être le seul à agir pour le climat et la santé environnementale, le transport aérien ne peut s’exonérer d’une action plus résolue face à ces grands défis de notre siècle. 

 

En écho à la préoccupation de nombreux Franciliens, la convention citoyenne pour le climat a ainsi mis en question les projets de développement d’aéroports, dont celui du T4 à Roissy, porté par Aéroports de Paris pour un coût supérieur à 7 milliards d’euros, et qui prévoit d’accueillir 40 millions de passagers supplémentaires au-delà de 2030. 

 

Loin de certaines caricatures, rappelons que le T4 est prévu dans les emprises actuelles de l’aéroport sans création de nouvelles pistes, et sans consommation supplémentaire d’espaces naturels. Son objectif est de permettre aux futurs passagers un accès direct entre leur avion et un nouveau terminal, sans emprunter des bus sur le tarmac. Améliorer le fonctionnement de Roissy, et le confort de ses voyageurs, est essentiel pour maintenir l’attractivité d’un hub aéroportuaire et ses emplois. Cette attractivité passe d’ailleurs également par une meilleure desserte en transports de Roissy, avec l’automatisation du RER B et la construction de la ligne directe CDG Express.  

  

Il n’en demeure pas moins que le projet de T4 a fait l’objet récemment d’un avis critique de l’autorité environnementale chargée de l’examiner. Plus encore, la pandémie du Coronavirus change profondément la donne et remet en cause l’utilité même du projet, qui devait être examinée à l’automne. 

 

Comment imaginer un débat public éclairé alors que le trafic aérien est totalement effondré pour plusieurs années, et qui soulève des incertitudes sur l’avenir du secteur, avec notamment une profonde transformation d’Air France? Comment susciter des échanges apaisés alors que l’avion est devenu un symbole de controverse écologique, entre interdiction des liaisons intérieures courtes et désir de voyager ?  

  

C'est pourquoi j'appelle aujourd’hui l’Etat et ADP à arrêter ce projet du T4 pour pouvoir sereinement prendre le temps de repenser le monde aérien que nous voulons construire pour la prochaine décennie.  

  

Il ne s’agit pas de prôner la décroissance et d’abandonner toute ambition pour Roissy, ce qui ne conduirait qu’à déplacer les long-courriers dans les aéroports des pays voisins en sacrifiant nos emplois et notre attractivité. Mais nous devons en revanche accepter de revoir notre modèle de croissance permanente d’un trafic aérien trop bruyant et polluant, qui est en outre remis en cause par les nouveaux modes de travail et de vie adoptés par nos concitoyens pendant la crise.  

  

Profitons de cette période qui fait tomber nos certitudes pour mettre autour de la table autorités publiques, aéroports, compagnies aériennes et acteurs de la filière aéronautique, afin d’établir la feuille de route d’un avion du futur propre et d’un transport aérien qui concilie compétitivité et respect de l’environnement. Toutes les pistes doivent être étudiées sans tabous et au niveau européen : mieux utiliser les infrastructures existantes avant d’en développer de nouvelles, revoir les redevances aéroportuaires pour inciter à un meilleur taux de remplissage des avions et à des avions plus propres et moins bruyants, améliorer l’intermodalité entre trains et avions pour faciliter la fin des courts vols intérieurs, lancer une filière de production de carburants à base d’énergies renouvelables et accélérer enfin les investissements publics pour le développement des motorisations hybrides et électriques. La Région Ile-de-France, première région aéronautique en Europe, est prête à prendre sa part dans cette réflexion et à soutenir la filière dans cette indispensable transformation écologique. 

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