LE FIGARO. – La question sécuritaire est omniprésente en cette rentrée. Qu’observez-vous depuis l’Île-de-France?

Valérie PÉCRESSE. - J’ai toujours été une femme d’ordre car l’ordre républicain protège les plus fragiles de la loi du plus fort. Aujourd’hui, la République est menacée. Elle est soumise à de nouveaux barbares qui ne respectent plus rien, ni l’autorité, ni la loi, ni les institutions. Et ça commence de plus en plus jeune.

Imaginez: nous avons été obligés de créer des brigades régionales de sécurité pour protéger les lycées. Bilan: 250 interventions en un an dans 131 établissements. C’est du jamais-vu! Intrusions violentes, incendies volontaires, guerres de bandes, agressions de professeurs… L’Île-de-France est aux avant-postes de ces problèmes. Face à ces nouveaux barbares, la peur doit changer de camp.

 

Comment atteindre cet objectif?

Il faut des sanctions qui fassent peur. L’angle mort, l’impensé de la politique d’Emmanuel Macron, c’est la sanction. En réalité, rien n’a changé depuis François Hollande. La ministre de la Justice, Mme Taubira, tenait le même discours que Mme Belloubet. Et M. Dupond-Moretti n’aurait pas dû se féliciter de la libération par anticipation de 20 % des détenus pendant le Covid. On ne peut pas prendre le prétexte des prisons surpeuplées – problème qu’on doit régler d’urgence! – pour suspendre l’exécution des peines. C’est la meilleure assurance de récidive puisque les délinquants ont une garantie d’impunité. Les juges de Bobigny se sont plaints de prononcer des «peines fictives» car jamais exécutées!

 

«La peur doit changer de camp» est un slogan, mais quelles solutions concrètes proposez-vous?

L’impunité zéro implique des sanctions efficaces, proportionnées et sans délai. Nous avons subi des rodéos sauvages tout au long de l’été. Ces motos doivent être confisquées quel qu’en soit le propriétaire. Pour lutter contre les amendes impayées, il faut généraliser les retenues sur salaires et prestations sociales. Les délinquants doivent être frappés au portefeuille comme nous l’avons expérimenté en Île-de-France. Il faut changer la doctrine d’usage du bracelet électronique, exhibé aujourd’hui comme un trophée alors qu’il devrait servir à éloigner les voyous de leur quartier et à les placer dans des centres de détention d’un nouveau genre. Il nous faut enfin une peine d’interdiction des transports pour les multirécidivistes sur le modèle de l’interdiction de stade de foot pour les supporteurs violents. J’ai convaincu le gouvernement et la loi a été votée. Mais elle n’est toujours pas appliquée.

 

Comment expliquez-vous la montée de la violence dans les transports et ailleurs?

Par une crise de l’autorité. Quand tous ceux qui l’incarnent sont attaqués (maires, enseignants, policiers, pompiers…), il faut un électrochoc d’autorité. Le drame du chauffeur de bus à Bayonne a suscité une prise de conscience nationale. J’ai dit au ministre de l’Intérieur qu’il était temps d’en finir avec ces lois votées mais jamais exécutées: il faut que tous les responsables de la sécurité dans les transports aient enfin accès au fichier des identités pour éviter les fausses déclarations. À ma demande, cela a été voté en 2016 dans la loi Savary mais le décret n’est toujours pas sorti. J’ai également demandé le retour de 350 policiers nationaux qui ont été retirés des transports franciliens par M. Castaner. La sécurité, ce ne sont pas des paroles, ce sont des actes.

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