L’ancienne ministre du Budget, de juin 2011 à mai 2012 sous la présidence de Nicolas Sarkozy, défend lundi au nom de l’UMP la motion de rejet contre le projet de loi de finances rectificatives (PLFR) présenté par le gouvernement Valls.

Que reprochez-vous au texte du PLFR ?

Je veux mettre Manuel Valls face à ses contradictions. Il assure vouloir faire des économies et relancer la compétitivité française ? De ce point de vue, le PLFR est donc une occasion manquée. Il est clair aussi que le gouvernement a renoncé à ses objectifs de baisse de déficits et de dette. Pourquoi ? Parce que la prévision de croissance pour 2014, ne sera pas atteinte, ni celles des rentrées fiscales, rendant insincère toutes les autres prévisions à moins de durcir les économies. Or, le gouvernement assure ne pas vouloir pratiquer la rigueur. Il est prisonnier d’un cercle vicieux.

S’agissant des impôts, pourtant, le gouvernement a consenti des gestes pour les ménages les plus défavorisés.

Oui, mais c’est un geste improvisé et en trompe l’œil. D’abord parce que le gouvernement avait promis que toutes les nouvelles baisses d’impôts toucheraient en priorité les entreprises pour relancer la compétitivité. Il abandonne déjà sa posture courageuse. Mais surtout, s’agissant de l’imposition des ménages, il concentre plus que jamais le tir sur les classes moyennes et crée un effet de seuil très injuste. La loi de finances pour 2014 prévoyait 7 milliards d’impôts en plus pour les ménages. Avec ses gestes pour les plus modestes des dernières semaines, le gouvernement a réduit la facture à environ 5 milliards. Mais ils seront essentiellement acquittés par les ménages gagnant entre 20 000 et 50 000 euros annuels. Ceux-là sont fortement impactés par la baisse du plafond du quotient familial, la fiscalisation de la complémentaire santé financée par l’entreprise, ou encore – s’agissant des retraités – par la fiscalisation des 10 % de majoration de pension retraite. A l’inverse, les ménages déclarant moins de 20 000 euros de revenus, qui sont sortis de l’impôt, se retrouveront prisonniers d’une trappe à bas salaire : si leurs salaires augmentent ils basculent dans l’impôt immédiatement. Cet effet de seuil entraînera une spirale très négative pour l’emploi.

Pourtant, Manuel Valls assure que des mesures seront prises pour lisser l’impôt et éviter à terme ces effets de seuil.

Dans ce cas, qu’il explique tout de suite ce qu’il compte faire ! On ne peut pas toujours être dans un double discours, en promettant une baisse des déficits et en même temps une baisse des impôts. Effectivement, le premier ministre veut faire marche arrière toute sur les impôts. Mais pour cela, il faut surtout qu’il commence par faire marche avant toute en matière de réduction des dépenses publiques. Or les économies annoncées sont très largement virtuelles et portent essentiellement sur les dépenses d’investissement (Défense, infrastructure, recherche), ce qui est un absolu contresens pour l’avenir.

Vous défendrez plusieurs amendements, dont l’un proposant de relever les seuils sociaux dans les entreprises. Le gouvernement assure y travailler aussi. Vous pourriez finalement tomber d’accord ?

Il s’agit de prendre Manuel Valls au mot quand il assure vouloir stimuler la compétitivité et simplifier la vie des entreprises. Le gouvernement envisage simplement de geler les seuils. Ce qui laisse supposer qu’un jour ils seront dégelés, créant une incertitude pour les entreprises, un manque de confiance qui ne les poussera pas à embaucher. Voilà pourquoi je propose de relever les seuils une fois pour toutes : pour les entreprises de 10 salariés, les seuils sociaux sont relevés à 50 salariés. Pour celles de 50 salariés, les seuils sont doublés à 100 salariés.

Vous souhaitez aussi mieux contrôler la péréquation financière entre collectivités territoriales ?

Le système de péréquation prévoit que les collectivités locales les plus riches versent des fonds aux collectivités locales les plus pauvres, pour corriger les déséquilibres. Il s’agit d’une mesure juste, sur le fond. Mais à condition que les collectivités les plus pauvres le soient parce que la situation économique ou géographique les pénalise. Pas parce qu’elles auraient été mal gérées et auraient dilapidé leur argent. Je propose donc que les collectivités bénéficiant de fonds de péréquation voient ces sommes affectées uniquement à des dépenses d’investissements et non des dépenses de fonctionnement.

Vous souhaitez enfin que les universités soient libres de fixer leurs tarifs pour les frais de scolarité des étudiants étrangers hors UE…

Oui, il faut être pragmatique sur cette question. L’université française à besoin de crédits supplémentaires, et l’Etat lui coupe aujourd’hui ses budgets. Les étudiants hors UE – chinois, indiens ou américains par exemple – ne comprennent pas pourquoi une licence coûte 190 euros en France et un master 300 euros, alors qu’ils doivent payer parfois plus de 30 000 euros aux Etats-Unis. Cela donne l’impression que nos cours n’ont pas de valeur, or dans ces pays-là, tout ce qui a une valeur à un prix. Le coût pour l’Etat d’un étudiant en licence dans une université française s’élève à 10 000 euros par an. Laissons donc les universités fixer librement leurs prix s’agissant des étudiants hors Union européenne. Cela ne nuira pas à l’attractivité de l’université française, cela risque même paradoxalement de la renforcer.

Propos recueillis par Cyrille Lachèvre pour L'Opinion.

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