Les quatre propositions de Valérie Pécresse pour expulser les clandestins

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Valérie Pécresse entourée de journalistes

L’assassinat du Père Olivier Maire par un ressortissant rwandais débouté de sa demande d’asile et dont l’éloignement du territoire, décidé à trois reprises, avait été mis en échec par la justice a ému et scandalisé tous nos concitoyens. A juste titre, car ce crime commis témoigne d’une série de dysfonctionnements affectant notre procédure d’examen des demandes d’asile, la situation de nos hôpitaux psychiatriques, nos délais de jugement et surtout notre politique de reconduite à la frontière des clandestins.

Je veux restaurer la fierté française. Un pays fier de lui-même, c’est un pays qui fait respecter ses lois et ses frontières et qui est donc capable de renvoyer dans leur pays d’origine les clandestins. Souvenons-nous que le Président de la République avait annoncé vouloir faire exécuter 100 % des Obligations de quitter le territoire français (OQTF) prononcées à l’encontre des étrangers en situation irrégulière : encore une promesse sans lendemain !

Le nombre des interpellations d’étrangers en situation irrégulière (en métropole) a été peu affecté par la crise sanitaire : il est passé de 124 983 en 2019 à 107 515 en 2020 et 62 951 au premier semestre 2021. Je veux rendre hommage à l’action des forces de l’ordre qui n’ont pas relâché leurs efforts. En revanche, le nombre des éloignements effectifs s’est effondré de moitié, passant de 31 404 en 2019, soit un taux d’éloignement de 25,12 %, à 15 949 en 2020 (14,83 %) et 7809 au premier semestre 2021 (12,4 %). Sur huit étrangers interpellés en situation irrégulière en France, un seul sort effectivement de notre territoire !

Depuis un an, pour masquer cet échec, le gouvernement a assigné d’autres objectifs aux préfets. Il leur a demandé de concentrer leurs efforts d’abord sur les clandestins inscrits au FSPRT (fichier qui recense les individus susceptibles de commettre des actes terroristes), soit quelques centaines d’individus, puis sur ceux ayant commis des crimes ou délits graves sur notre sol, soit un millier d’individus. Bien sûr, ce sont les premiers à devoir être expulsés – y compris en cours de procédure judiciaire – ce qui n’a pas été le cas pour l’assassin du Père Maire. Mais cette stratégie est radicalement insuffisante. Elle refuse d’affronter la situation de l’immense majorité des clandestins entrés en France de manière irrégulière ou déboutés de leur demande d’asile ou encore reconnus majeurs alors qu’ils avaient tenté de se faire passer pour des mineurs non accompagnés. S’agissant de la lutte contre l’immigration clandestine, la politique du gouvernement, c’est l’arbre qui cache la forêt. Rien d’étonnant dans ces conditions à ce que le nombre des clandestins ne cesse d’augmenter dans notre pays, dépassant probablement 500 000 et alimentant ainsi la misère publique, l’économie souterraine et les trafics en tous genres dans les banlieues de nos grandes métropoles.

Présidente de la République, je romprai avec ce constat d’impuissance en mettant en œuvre quatre mesures fortes :

  • Je négocierai, en profitant en 2022 de la présidence française de l’Union européenne, la révision de la directive « retour » pour que les étrangers entrés dans un pays européen de manière irrégulière puissent être immédiatement reconduits dans leur pays alors que cette directive leur offre, de façon bien naïve, un délai de plusieurs semaines pour quitter « librement » le sol européen. C’est grâce à ce délai qu’un islamiste tunisien, entré illégalement en Italie, a pu commettre l’attentat de Notre Dame de Nice. Jusqu’à ce jour, Emmanuel Macron n’a pas su obtenir de nos partenaires cette révision.
  • Mais la France doit aussi balayer devant sa porte. Alors que le gouvernement, par une lâcheté coupable, a rangé dans un tiroir les propositions du Conseil d’Etat pour rendre plus efficace le contentieux des étrangers, je les soumettrai au Parlement. Nous interdirons notamment à un étranger de multiplier les demandes successives de titres de séjour pour des motifs différents. Je mettrai fin au scandale du maintien en France des demandeurs d’asile déboutés en obligeant les demandeurs à déposer leur demande dans nos ambassades ou à la frontière. Tous les demandeurs d’asile seront placés dans des centres dédiés pendant l’instruction accélérée de leur demande pour être éloignés sans délai en cas de rejet de celle-ci. Et, pour tirer les leçons du meurtre du père Olivier Maire, tout clandestin représentant une menace grave pour l’ordre public sera expulsé du territoire sans préjudice des poursuites judiciaires dont il pourrait faire l’objet.
  • Je laisserai six mois pour modifier leur attitude aux Etats qui refusent de nous délivrer les laissez- passer consulaires indispensables au retour de ceux de leurs ressortissants qui vivent clandestinement en France. Au terme de ce délai, si leur mauvaise volonté persiste, la France dénoncera les accords bilatéraux qui nous lient à ces pays en matière d’immigration et suspendra sine die tant la délivrance de nouveaux visas d’entrée que la poursuite des politiques de coopération dont ils bénéficient.
  • Enfin, je reprendrai résolument l’affrêtement des avions charters d’éloignement avec le soutien de l’agence européenne Frontex qui les finance tout en fournissant leur escorte. Je veux en effet une Europe qui protège. Il est incompréhensible qu’au premier semestre 2021, la France n’ait proposé à Frontex l’éloignement par charter que de 599 clandestins alors que l’Allemagne en éloignait par ce biais 2742 et l’Italie, réputée laxiste, 903. L’exemple de nos deux voisins montre que l’alibi de la crise sanitaire systématiquement mis en avant par le gouvernement français pour excuser ses piètres performances en matière d’éloignement ne tient pas. Le Président de la République se pose souvent en donneur de leçons sur la scène européenne, mais question résultats, il est bon dernier !

L’autorité ne se paie pas de mots. En ne reconduisant à la frontière qu’un clandestin sur huit, le pouvoir actuel signe, malgré ses gesticulations médiatiques, son impuissance sur l’immigration. C’est avec cette impuissance que je veux rompre.