Les propositions économiques de Valérie Pécresse pour la présidentielle

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Interview de Valérie Pécresse dans Les Echos le 17 septembre 2021

Par Pierre-Alain Furbury à lire également sur Les Echos

La présidente de la région Ile-de-France expose aux « Echos » ses propositions en matière économique et sociale. Accusant Emmanuel Macron de « fuite en avant de dépenses », elle s’engage à « débureaucratiser massivement » et promet un « choc de transmission de patrimoine » via des donations davantage défiscalisées.

A l’approche de la fin du quinquennat, comment jugez-vous l’état du pays ?

En apparence, la reprise est vigoureuse après une forte récession. Mais en réalité, la France est dans une situation de très grande fragilité. Fragilité de notre capital humain : 6 millions de Français en recherche d’emploi et 1 million d’emplois non pourvus. Fragilité de nos finances publiques, extrêmement détériorées : on est dans l’« open bar » de la dépense publique. Fragilité encore, et perte d’indépendance, avec le creusement de notre déficit extérieur . Ce sont des signaux d’alarme très inquiétants. Il y a urgence à redresser la barre.

Quelle serait votre première décision à la tête de l’Etat ?

D’abord un audit du « quoi qu’il en coûte ». Puis, la reprise de toutes les réformes trop longtemps différées : retraites, chômage, décentralisation avec un réexamen des politiques publiques ministère par ministère. Ma stratégie économique, qui est aux antipodes de celle – suicidaire – de la décroissance, c’est produire plus, produire mieux et produire local. C’est une politique d’offre et de vraie revalorisation du travail. C’est dénormer, débureaucratiser massivement pour libérer les acteurs économiques, gagner du temps et de l’argent.

Faut-il réduire le nombre de fonctionnaires ?

Les fonctionnaires qui administrent, oui, pas les agents de terrain.

Dans quelle proportion ? François Fillon parlait en 2017 de 500.000 suppressions de postes…

L’objectif serait de supprimer en cinq ans 10 % de l’« administration administrante », c’est-à-dire des fonctionnaires qui gèrent des normes et des procédures en recentrant l’Etat sur ses fonctions essentielles – protéger, éduquer, soigner. Partout, des projets économiques et d’infrastructures sont bloqués par l’enfer bureaucratique. Ce n’est plus acceptable.

La politique du rabot ne marche pas

Cela fait vingt ans qu’on nous promet la simplification administrative ! Il faut la faire et ce dans chaque ministère. La politique du rabot ne marche pas ; je mettrai sur pied un « comité de la hache ». Dénormer doit être la priorité du pays, y compris en nous attaquant à des lois récentes plus contraignantes que la moyenne européenne.

Si on veut produire plus et mieux, il faut que la France redevienne une société de l’innovation et non plus de précaution excessive. Arrêtons de mettre des bâtons dans les roues de nos chercheurs et rassemblons recherche et industrie dans un même ministère pour mener des projets stratégiques d’innovation.

Il faut aussi supprimer tous les doublons, ce qui passe par une décentralisation par blocs de compétences, au plus près des territoires, mais avec des indicateurs de performance. Pôle emploi et les missions locales peuvent être confiés aux régions de même que la rénovation urbaine ou la présidence des Agences régionales de santé pour décloisonner la santé. Il faut que l’Etat lâche prise.

Vous critiquez beaucoup l’écologie…

Trop de normes tue l’écologie. Comme quand un lézard des murailles bloque une ligne de métro indispensable contre le fléau de la pollution de l’air. Je suis pour une écologie des résultats. Je poursuis l’objectif d’une France zéro carbone en 2050, qui impose à côté des énergies renouvelables de relancer l’industrie nucléaire et construire six EPR .

Pour aider à la transition écologique, je propose de fusionner le Livret A avec le Livret développement durable. Cela permettrait de mettre les ressources du Livret A au service de la transition écologique : 120 milliards d’euros de prêts pour le logement, les transports…

La France paraît de plus en plus radicale. Est-elle vraiment réformable ?

Les réformes sont indispensables. Celle des retraites , car nous devrons progressivement travailler jusqu’à 65 ans, mais en s’engageant à verser un minimum contributif égal au SMIC net en 2030 pour ceux qui ont cotisé toute leur vie. Celle de l’ Assurance-chômage , dont il faudra pousser plus loin la dégressivité avec un mécanisme plus incitatif à retrouver rapidement un emploi et des adaptations pour les salariés plus âgés.

Cela suppose du courage, mais le redressement de notre économie passe par le travail. Un travail qui doit payer davantage. Je propose de revaloriser les salaires en allégeant davantage les charges.

Nous sommes dans une situation ubuesque où nous avons des salariés au SMIC qui touchent entre 20 et 25 % d’équivalent salaire en prime d’activité payée par l’Etat ! Il faut remettre de la logique dans le système et augmenter les salaires nets pour faire en sorte qu’ils soient beaucoup plus élevés que les revenus d’assistance. Il faut faire disparaître cette économie souterraine que nous avons nous-mêmes générée.

Je veux augmenter encore la part de la protection sociale financée par l’impôt et accroître de 10 % les salaires nets jusqu’à 2,2 SMIC. C’est réaliste et supportable, puisque cette étatisation de la protection sociale serait financée au bout du bout par des économies budgétaires.

Vous dites vouloir produire plus. Cela signifie-t-il travailler plus ?

Oui. Avec les nouvelles manières de travailler comme le télétravail, il faut pouvoir faciliter la négociation entreprise par entreprise du temps de travail.

Faut-il remettre à plat la fiscalité ?

Ce qu’il faudra, c’est une vraie fiscalité européenne avec une taxe carbone aux frontières de l’Europe, de façon qu’elle se protège contre le dumping social et environnemental. Nous devons imposer la réciprocité, ou à défaut, la préférence européenne dans les commandes publiques. Créer un Haut Conseil de la souveraineté économique et numérique auprès du Premier ministre, qui autorise les investissements étrangers en France et le rachat de nos start-up, et vérifie le respect de l’engagement des investisseurs.

Votre programme peut-il être mis en oeuvre sans hausse d’impôts ?

Les baisses d’impôts de production actuelles sont en trompe-l’oeil car elles sont payées par un déficit abyssal. Je les rendrai pérennes. Si on veut une économie compétitive, il faut que la France arrête d’être championne du monde des impôts. Il faut dire la vérité : cela passe par une baisse de la dépense publique. Emmanuel Macron tient en apparence un discours pro-entreprises mais il est en réalité dans une fuite en avant de dépenses qui mettra l’Etat en banqueroute.

Quatre électeurs de François Fillon en 2017 sur dix ont toujours « confiance » en Emmanuel Macron…

Après 2022, les Français doivent savoir qu’ils devront payer le prix, d’une manière ou d’une autre, de cette ivresse de dépenses. Il faudra procéder très vite à une opération vérité du « quoi qu’il en coûte » . Parler de cagnotte, avec un déficit 2021 encore dégradé par rapport au déficit voté, n’est que de l’enfumage pour justifier qu’il n’y aura pas d’économies dans le budget.

Xavier Bertrand veut réduire les impôts de production de 30 milliards. Vous y êtes favorable ?

Je suis favorable à ce qu’on poursuive la baisse des impôts de production , mais à concurrence des économies que l’on fera.

Je souhaite un choc de transmission de patrimoine, tout de suite !

Faut-il supprimer les impôts sur les successions et donations, comme le propose Eric Ciotti ?

Je souhaite un choc de transmission de patrimoine, tout de suite ! Je propose un régime de donations défiscalisées jusqu’à 100.000 euros de la part des grands-parents, parents, oncles, tantes, frères et soeurs, tous les six ans.

Comment désendetter la France et à quelle échéance ?

Je sais les électeurs de droite extrêmement soucieux de l’ampleur de la dette, aujourd’hui à 117 %. Le premier impératif sera de la stabiliser, ce qui implique déjà de faire machine arrière toute. Je souhaite ensuite, sur dix ans, la ramener dans des proportions plus supportables, vers 100 % du PIB.

En quoi feriez-vous une meilleure candidate aujourd’hui, et une meilleure présidente demain, que Xavier Bertrand ou Michel Barnier ?

Ce que je dis, je l’ai fait dans ma région . J’ai supprimé 10 % des postes administratifs en six ans, baissé six années de suite les dépenses – ce qu’aucune autre région n’a fait – et tout réinvesti dans mes priorités : infrastructures de transport, lycées, sécurité, transition numérique et écologique.

Si les adhérents de LR refusent la primaire et optent pour une désignation du candidat en congrès, vous y soumettrez-vous ?

Ce n’est pas le mode de sélection que je défends. Je prêche pour un processus ouvert aux militants et sympathisants sur préinscription, pour gommer les inconvénients de la primaire de 2016 . Seule une primaire peut nous donner l’élan nécessaire. Et quand la droite s’élargit, elle gagne ; quand elle se rétrécit, elle perd. C’est le message que nous a toujours adressé Nicolas Sarkozy.