« L’école, c’est la fabrique de la France »

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Valérie Pécresse

French presidential candidate for Soyons Libres party Valerie Pecresse poses for a photograph during the parliamentary day of Les Republicains (LR), in Nimes, southern France, on September 9, 2021. (Photo by Pascal GUYOT / AFP)

Valérie Pécresse

ENTRETIEN – Valérie Pécresse présente son programme pour l’école. Elle veut un examen d’entrée en sixième.

LE FIGARO. – Dès votre déclaration de candidature, vous aviez insisté sur l’importance de l’éducation dans votre projet. Le niveau de l’école ne cesse de baisser. Comment parvient-on à s’y attaquer durablement?

Valérie PÉCRESSE. – La crise que traverse l’éducation impose un sursaut national, ce que j’appelle le projet de «nation éducative». L’école, c’est la fabrique de la France, à travers la transmission de nos savoirs, de notre histoire. Depuis des années, le niveau baisse, les inégalités se sont creusées et nous vivons une panne des vocations d’enseignants dramatique pour l’avenir. Nous devenons une société d’immobilité sociale. Ce n’est pas la France que je souhaite. Ma France donne à chaque enfant sa chance, grâce à l’école et par le travail.

Comment y arrive-t-on?

La priorité absolue, c’est de remettre les fondamentaux au cœur de l’école. Selon les enquêtes Pisa, la France a un des plus mauvais niveaux de mathématiques de l’OCDE. Près de 20 % d’une classe d’âge ne maîtrise pas suffisamment la lecture. Pour s’assurer que les enfants sachent lire, écrire, compter, je propose d’augmenter en primaire de 2 heures par semaine l’enseignement du français, une heure par semaine celui de mathématiques. Ça permettrait d’arriver à 50 % de français et 25 % de mathématiques en CP-CE1-CE2.

Beaucoup d’enfants finissent l’école primaire sans savoir ni lire ni compter. Comment prévient-on le décrochage scolaire?

J’instaurerai un examen avant la 6e, non pas pour bloquer leur entrée au collège, mais pour créer des classes de 6e de consolidation. Les enfants ayant échoué à l’examen y feraient massivement du français et des maths pour se remettre au niveau. Aujourd’hui, on laisse entrer au collège des jeunes qui ne pourront pas y réussir et vont inexorablement décrocher. Nous devons casser la spirale du décrochage scolaire, qui est source d’échec mais aussi d’indiscipline et de délinquance. L’enfant qui n’a pas les fondamentaux commence sa vie avec un lourd handicap.

Sauf qu’on manque de professeurs pour créer de nouvelles classes…

Je créerai une réserve éducative nationale, composée de professeurs retraités rémunérés, qui accompagnera les élèves avec de l’aide aux devoirs gratuite, dès le primaire jusqu’au lycée. Cette réserve permettrait aussi d’aider au remplacement sans délai d’un professeur absent.

Les professeurs se plaignent de passer plus de temps à maintenir la discipline plutôt qu’à enseigner. Comment les aide-t-on?

La crise des vocations s’explique en partie par la remise en question du respect du professeur. Si on veut replacer l’école au centre du village, nous devons restaurer l’autorité et la discipline. Je demanderai de poursuivre systématiquement tout outrage et toute agression de professeur. Il faut prononcer des sanctions éducatives le plus rapidement possible et les faire exécuter sans délai pour éviter l’impunité et la récidive. Et restaurer les peines planchers lorsque l’agresseur est un parent d’élève.

Aujourd’hui, ces actes inacceptables finissent trop souvent par des classements sans suite. Par ailleurs, les élèves exclus définitivement d’un établissement ne doivent plus être réinscrits automatiquement dans un autre, comme aujourd’hui. Je créerai pour eux des structures de réinsertion scolaire avec un encadrement renforcé dans chaque département.

Faut-il aller vers une sanction des parents d’enfants perturbateurs?

Absolument. La situation serait examinée dans les conseils des droits et devoirs des familles, présidés par les maires, qui devraient redevenir obligatoires dans les villes de plus de 15 000 habitants. Ils pourraient aller jusqu’à sanctionner financièrement les parents manifestement défaillants en suspendant leurs allocations familiales. L’école ne peut pas seule élever des enfants, les parents en sont les premiers responsables.

Le 15 octobre aura lieu un hommage à Samuel Paty. La laïcité est-elle vraiment mieux respectée dans les établissements scolaires?

Non, il y a dans certains établissements des professeurs qui vont enseigner la boule au ventre parce qu’ils ont peur devant leurs élèves. Face à la radicalisation islamiste, il faut instaurer une protection renforcée de tous les enseignants. Ils devraient pouvoir signaler les faits de radicalisation à une structure dédiée gérée par le ministère de la Justice et de l’Intérieur. Aujourd’hui, le ministère de l’Éducation nationale est pris dans le piège du «pas de vague», ce qui le conduit à minorer la réalité. C’est dans les quartiers les plus soumis au communautarisme qu’il y a le moins de signalements d’atteinte à la laïcité. Ça prouve qu’il y a une forme de loi du silence qui doit être levée.

Le ministère de l’Éducation reste toujours un «mammouth dur à dégraisser». Comment introduire plus de souplesse dans son fonctionnement?

Je veux donner beaucoup plus de liberté et d’autonomie à tous les établissements scolaires et leur permettre, sous la responsabilité du chef d’établissement, de définir leur projet de réussite, en lien avec les collectivités locales. Ils auront des budgets à dépenser en toute autonomie pour des innovations pédagogiques, une liberté pour recruter des intervenants extérieurs. Dans les quartiers populaires et les territoires ruraux, là où il y a le plus de difficultés scolaires et de recrutement de professeurs, je veux aller plus loin encore en créant un nouveau type «d’école publique sous contrat», sur le modèle des «charter schools» qui sont un grand succès.

Ces écoles, collèges ou lycées fonctionnent avec un triple contrat: avec l’État pour déterminer un projet éducatif innovant ; avec les enseignants qui sont tous volontaires ; avec les parents et les élèves qui doivent respecter une charte d’engagement. Le chef d’établissement a ainsi une totale liberté de recrutement de ses équipes. Il doit suivre les programmes fixés par le ministère, il ne sélectionne pas ses élèves mais peut les exclure en cas de manquements au contrat. À la fin du prochain quinquennat, 10 % des établissements pourraient être ainsi sous contrat.

Comment peut-on résoudre la crise des vocations?

Je souhaite régionaliser le recrutement des enseignants au niveau du Capes et la gestion de leur carrière pour mettre fin au bizutage actuel: le ministère continue d’envoyer les jeunes profs, malgré eux, dans les établissements les plus difficiles, parfois loin de leur région d’origine. Au contraire, nous devons y envoyer des enseignants volontaires, avec de véritables primes de fidélisation et des bonus de carrière. Il faut aussi diversifier le recrutement et encourager les deuxièmes carrières dans l’enseignement en créant des contrats de mission éducative de 5 ans, qui mettront fin à la précarité des enseignants vacataires. Ils représentent jusqu’à 10 à 15 % des effectifs dans certaines académies!

Faut-il doubler le salaire des professeurs comme le propose Anne Hidalgo?

C’est démagogique. Mais nos rémunérations restent en effet inférieures à celle de nos voisins surtout en début de carrière, car l’administration de l’Éducation nationale coûte chez nous plus cher qu’ailleurs. Si on donne plus d’autonomie aux établissements, on pourra mieux rémunérer les enseignants en valorisant l’ensemble de leurs missions éducatives. Il faut aussi permettre aux professeurs des écoles de faire des heures supplémentaires pour le soutien scolaire.