« Pour l’Ecole, je veux de l’autorité et de la liberté »

Valérie Pécresse
« L’école, c’est la fabrique de la France »
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Discours de Valérie Pécresse sur la « Nation éducative »

Valérie Pécresse a prononcé à Venoy dans l’Yonne son discours sur la « Nation éducative » et a annoncé ses propositions pour l’École.

Le discours de Valérie Pécresse

Je veux dédier mon discours à Samuel Paty, professeur tragiquement assassiné il y aura bientôt un an pour avoir voulu faire aimer la Liberté et la Laïcité.

Comme tant d’autres enseignants, il avait pour métier et pour passion de transmettre à ses élèves les clés du savoir et le respect des droits et devoirs du citoyen.

Je veux placer la question de l’éducation au cœur de l’élection présidentielle car l’Ecole est la fabrique de la France. Au-delà de l’Ecole elle-même, c’est tout une Nation éducative qu’il faut construire, j’appelle à la mobilisation de tous pour que chaque enfant de France puisse avoir sa chance.

Comme je me suis engagée pleinement il y a dix ans pour nos universités en tant que ministre de l’Enseignement supérieur, je veux demain être la Présidente qui relève l’Ecole, c’est la préoccupation première de nos familles, c’est la condition de notre cohésion et même de notre survie en tant que Nation.

I. L’ECOLE DU RESPECT

L’Ecole doit être un sanctuaire. Je veux une école du respect. Pour bien enseigner, pour bien apprendre, nos enseignants et nos enfants ont d’abord besoin de se sentir en sécurité, dans un cadre serein. Notre pays doit protéger son Ecole de la violence et du désordre, en restaurant l’autorité et la discipline, et en affirmant la laïcité.

Dans beaucoup d’écoles, de collèges et de lycées de France, nous en sommes loin, malgré l’engagement de toute la communauté éducative. J’y suis confrontée tous les jours dans ma région, encore vendredi dernier en Seine-et-Marne. Aucun enseignant, aucun enfant ne doit se rendre en cours avec la boule au ventre !

Trop souvent, le système scolaire apparaît affaibli, face à ceux qui le désorganisent ou qui l’attaquent. Il faut à la fois garantir le respect du professeur, protéger les élèves contre le harcèlement scolaire de la part de leurs camarades, et prévenir les phénomènes de bandes qui se répandent dans tous les territoires.

L’éducation n’est pas seulement l’affaire des enseignants, mais d’abord celle des parents. Ils jouent un rôle central dans cette école du respect. Parce qu’ils sont souvent démunis face aux phénomènes nouveaux qui menacent nos jeunes, nous devons être à leurs côtés pour lutter contre toutes les addictions, contre le cyberharcèlement, contre la pornographie. Ils doivent être aidés et accompagnés, par exemple par des ateliers d’aide à la parentalité qui pourraient être organisés en lien avec les collectivités locales. Mais les parents doivent aussi assumer leurs responsabilités. Je souhaite que les maires puissent réunir des conseils des droits et devoirs des familles pour prévenir la délinquance des jeunes. Ils doivent redevenir obligatoires dans toutes les villes de plus de 15 000 habitants, pour examiner chaque situation, aider les familles, mais aussi pouvoir décider, si nécessaire, de sanctionner financièrement les parents manifestement défaillants en suspendant les allocations familiales. Il faudra prendre en compte chaque situation, on ne devra pas traiter de la même manière une mère seule dépassée par le comportement d’un de ses enfants et une famille qui, elle, pourrait prendre des mesures éducatives et faire preuve d’autorité.

Malgré la mobilisation au quotidien des chefs d’établissements, des professeurs, des surveillants, il y a encore des aberrations, comme la possibilité pour les élèves exclus de s’inscrire dans un autre établissement et d’y semer à nouveau le désordre. Il faut absolument y mettre fin. Je souhaite que les élèves exclus définitivement d’un établissement ne puissent plus s’inscrire dans un autre. Pour eux, nous créerons des structures de réinsertion scolaire avec un encadrement renforcé dans chaque département.

Sur le plan judiciaire, trop d’affaires sont classées sans suite et contribuent à la culture de l’impunité, le respect des professeurs n’est pas négociable. Je souhaite que le garde des Sceaux donne instruction à tous les parquets de France de poursuivre systématiquement tout outrage et toute agression de professeur. Il faut que des sanctions éducatives soient prononcées le plus rapidement possible pour les élèves, et que des peines planchers soient appliquées dès qu’un élève majeur ou un parent d’élève s’attaque à un professeur.

Enfin, n’oublions pas Samuel Paty ! Nous devons tout faire pour protéger nos enseignants, mais aussi nos adolescents, de la diffusion des thèses islamistes. Aujourd’hui, le ministère de l’éducation nationale est pris dans le piège du « pas de vague », ce qui le conduit à minorer la réalité. C’est dans les quartiers les plus soumis au communautarisme qu’il y a le moins de signalements d’atteinte à la laïcité. Cela prouve qu’il y a une forme de loi du silence qui doit être levée. Il faut sortir de cette omerta, et permettre à tout enseignant de signaler des faits de radicalisation à une structure dédiée gérée par les ministères de la Justice et de l’Intérieur.

II. INSTRUIRE MIEUX

Pour élever nos élèves, l’école doit d’abord instruire. Nous devons cesser de demander à l’Ecole de remédier à tous les maux de notre société. Il faut remettre le savoir au centre de l’Ecole. La priorité absolue doit être la maîtrise des savoirs fondamentaux, en ciblant d’abord les efforts sur l’école maternelle et l’école primaire.

Malgré l’engagement quotidien de nos enseignants, un jeune sur cinq a des difficultés de maîtrise de la lecture à 18 ans. Nous sommes les derniers d’Europe pour les mathématiques. Les derniers ! Nous avons de plus en plus de mal à recruter des enseignants. Et en même temps, nous avons l’école la plus inégalitaire d’Europe.  

Comment briser ce cercle vicieux ?

A l’école primaire, cela signifie consacrer deux heures de plus au français, et une heure de plus aux mathématiques par semaine, pour que ces matières représentent respectivement 50 et 25% des enseignements.

A la fin de l’école primaire, j’instaurerai un examen d’entrée en 6e qui garantira que tous les enfants auront acquis les bases pour réussir leur scolarité. Un effort d’accompagnement inédit sera mis en œuvre tout au long du CM2 pour les élèves les plus fragiles. Des classes de 6e de consolidation permettront aux élèves qui ont échoué à l’examen de se concentrer sur le français et les mathématiques, avant d’introduire progressivement les autres matières.

Chaque enfant de France doit avoir sa chance. Pour lutter contre le décrochage dès le plus jeune âge, je créerai une réserve éducative nationale, composée notamment de professeurs retraités rémunérés, pour organiser gratuitement l’aide aux devoirs et du soutien scolaire pour les enfants qui en ont le plus besoin, ainsi que des stages de remise à niveau pour les élèves volontaires pendant les vacances. Cette réserve pourrait aussi aider au remplacement d’un professeur absent.

Pour les adolescents, au collège et au lycée, la lutte contre le décrochage doit être un effort de tous : les élèves décrocheurs doivent être signalés par les chefs d’établissement, en temps réel, dans des fichiers tenus à jour, pour que chaque jeune se voie rapidement proposer une solution d’orientation ou de réinsertion, comme les écoles de la deuxième chance.

 III. PLUS DE LIBERTE POUR TOUS

Pour relever notre Ecole, nous devrons libérer des initiatives de la communauté éducatives et autoriser les innovations pédagogiques. L’uniformité de notre système décourage les meilleures volontés et, contrairement à ses objectifs, aboutit à creuser les inégalités.

Je veux donner la liberté à tous les directeurs et chefs d’établissement, et aux enseignants qui forment leur équipe, d’inventer les projets et les solutions adaptées pour la réussite de nos jeunes. Leurs écoles, leurs collèges, leurs lycées, leurs académies ne doivent plus être les derniers échelons d’une chaîne hiérarchique étouffante, mais des lieux d’initiatives et d’émulation.

Je donnerai plus d’autonomie à tous les établissements scolaires pour leur permettre, sous la responsabilité du chef d’établissement, de définir leur projet de réussite, en lien avec leurs territoires. Ils auront des budgets à dépenser en toute autonomie pour des innovations pédagogiques, une liberté de recruter des intervenants extérieurs.  Ils pourront conclure des contrats éducatifs locaux avec les villes, les départements et les régions.  C’est ainsi que toute la Nation participe à la réussite scolaire.

Je donnerai la personnalité juridique aux écoles primaires ayant une taille suffisante, et je confierai aux directeurs d’école un vrai rôle de chefs d’établissement auprès de leur équipe pédagogique. Ils auront la possibilité d’organiser les enseignements en fonction de la situation particulière de leur école, pour atteindre les objectifs fixés sur les enseignements fondamentaux.

Dans les quartiers populaires et les territoires ruraux, là où il y a le plus de difficultés scolaires et de recrutement de professeurs, je veux aller plus loin en créant un nouveau type d’écoles publiques sous contrat, inspirées des « Charter schools » britanniques ou suédoises. Ces écoles, ces collèges et ces lycées publics reposeront sur un triple contrat : un contrat avec l’Etat, pour déterminer un projet éducatif innovant ; avec les enseignants qui seront tous volontaires ; avec les élèves et leurs parents, qui doivent respecter une charte d’engagement. Le chef d’établissement aura ainsi une totale liberté de recrutement de ses équipes. Il ne sélectionnera pas ses élèves, mais ceux-ci devront respecter leurs engagements (présence, devoirs faits, discipline…), sous peine de devoir quitter l’établissement. Les écoles publiques sous contrat conjugueront le meilleur des méthodes pédagogiques du public et du privé. A la fin du prochain quinquennat, 10% des établissements publics pourraient ainsi être sous contrat.

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Je veux aussi plus de reconnaissance, pour nos enseignants.

Nul ne devient professeur par hasard. On le devient par vocation.  Parce qu’on a en soi l’amour du savoir et l’envie de transmettre. Or, chaque année, des centaines de postes restent vacants pour les concours de recrutement, le nombre de candidats diminue, les notes des admis aussi.

Pourquoi en est-on arrivé là ?

D’abord à cause du bizutage institutionnel qui consiste à envoyer systématiquement dans les établissements les plus difficiles les enseignants les plus jeunes. Il faut y mettre fin une fois pour toutes. Dans les quartiers les plus difficiles, nous devons envoyer des professeurs volontaires avec de vraies primes de fidélisation et des bonus de carrière.

J’organiserai au niveau régional le recrutement des enseignants certifiés. Comme les professeurs des écoles sont gérés au niveau départemental, c’est au niveau régional que se fera principalement la gestion des carrières des enseignants du secondaire. En complément de cette régionalisation, nous organiserons la mobilité géographique des enseignants entre les différentes régions, et faciliterons leur mobilité professionnelle vers tous les métiers de la fonction publique.   

Il faudra aussi relever les salaires des enseignants, surtouten début de carrière, c’est possible car l’administration de l’Education nationale coûte chez nous plus cher qu’ailleurs. En réduisant de 10% les coûts de cette lourde « administration administrante » et en donnant plus d’autonomie aux établissements, on pourra mieux rémunérer les enseignants en valorisant l’ensemble de leurs missions éducatives. Je veux aussi permettre aux professeurs des écoles de faire des heures supplémentaires.

Pour répondre à cette crise des vocations, je veux  diversifier le recrutement en créant des contrats de mission éducative de 5 ans. Ils seront destinés à des professionnels qui souhaitent entamer une seconde carrière et aux enseignants qui s’engageront dans les écoles publiques sous contrat. Ils mettront fin à la précarité des enseignants vacataires, qui représentent aujourd’hui 10 à 15% d’enseignants dans certaines académies.

UN CHEMIN DE REUSSITE POUR CHACUN

Chaque jeune a un talent, et notre devoir, c’est de le révéler. Aujourd’hui, alors que les métiers se transforment constamment, l’orientation personnalisée est la clé de la réussite de chacun. Et pourtant, elle reste le maillon faible de notre système éducatif.  Nous avons construit « une Ecole pour initiés ». Je refuse que notre société devienne une société de l’immobilité sociale !

Chaque enfant de France a le droit d’avoir accès aux bonnes informations, aux bons conseils, et au bon accompagnement. C’est pour cela que je veux confier la mission d’orientation à des intervenants missionnés par les régions dans les collèges et les lycées, en prise directe avec les évolutions du tissu économique et des territoires. L’Ecole doit s’ouvrir toujours davantage sur  le monde professionnel. Cette ouverture dépend trop aujourd’hui de la sociologie des parents d’élèves. Les entreprises doivent désormais s’engager partout et offrir aux jeunes de toutes origines sociales des opportunités d’échanges et de stage.

Parlons un peu de Parcoursup ! L’orientation des jeunes doit se faire sur des critères transparents et objectifs, pas dans l’opacité d’un algorithme. Je m’engage à faire de Parcoursup un vrai outil d’orientation sélective à l’université, fondé sur le mérite et la motivation de chacun.

Pour de nombreux élèves, l’apprentissage et l’alternance sont la clé de la réussite et d’une insertion professionnelle réussie. Depuis des décennies, l’Allemagne ou la Suisse nous montrent la voie. Les progrès récents de l’apprentissage doivent être confortés. Au-delà des primes liées à la COVID, je souhaite exonérer de toute charge patronale les entreprises de moins de dix salariés qui accepteraient de prendre en charge la formation d’un apprenti.

En revanche, les lycées professionnels ont été les grands oubliés de la réforme d’Emmanuel Macron. Je les confierai totalement aux Régions pour qu’elles puissent les rapprocher des entreprises de leur territoire et des centres de formation pour apprentis.

Donner une chance à chaque enfant de France, c’est aussi lutter contre l’autocensure des bacheliers qui voudraient suivre des études supérieures et ne le peuvent pas. 75% des bacheliers des grandes villes poursuivent leurs études à l’université, et seulement 50% des jeunes des territoires ruraux et des quartiers populaires. La vie est très chère dans les villes universitaires et, pour certaines familles, y envoyer son  enfant n’est pas envisageable. Je souhaite développer les partenariats entre les universités et les lycées pour que dans tous les départements, y compris dans les territoires ruraux, il soit possible de suivre un cursus universitaire à distance.  

Pour donner une chance à chaque enfant de France, je souhaite rétablir des bourses nationales au mérite pour les bacheliers défavorisés qui obtiennent la mention très bien au baccalauréat. Je veux aussi soutenir financièrement les Français qui n’ont pas le bac et qui veulent reprendre leurs études : contre les injustices de la vie, je défends le droit à une deuxième chance !

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Mesdames et Messieurs,

Oui nous devons, ensemble, relever notre école.

Pour construire cette Nation éducative, nous avons la conviction partagée que la France, par sa culture immense et par ses talents scientifiques et technologiques, est en mesure d’offrir à sa jeunesse l’un des meilleurs systèmes éducatifs du monde.

Ce qui est en cause, ce n’est pas le dévouement de nos enseignants, ni l’intelligence de notre jeunesse. Ce qui est en cause, c’est un système trop uniforme, trop corseté, soumis à la montée de l’incivilité et de la  violence.

La Nation éducative a besoin d’autorité car la transmission du savoir exige le respect. Respect du professeur, respect du savoir, respect du mérite.

La Nation Educative ne peut être construite à coups de directives venues du sommet. Il convient de libérer l’esprit de confiance et de responsabilité. Laissons place aux initiatives des chefs d’établissements et des enseignants. Donnons-leur le pouvoir d’innover ! Invitons les parents et les entreprises à participer à la tâche décisive et magnifique d’éduquer et d’entraîner la jeunesse vers sa réussite et son épanouissement. Ensemble, relevons l’école.

C’est ainsi que nous pourrons réconcilier notre jeunesse avec son pays, la France qui est à la fois sa chance et son avenir.